Le fil d’Ariane #4 | Arrêt sur Images ou Arrêt sur actualité?

Kid_with_the_press_transCela fait maintenant près de 7 ans que je suis abonnée au site d’@si/Arrêt sur Images et 10 ans que je suis fidèlement cette émission de décryptage des médias, sous toutes leurs formes. Mais, je pense malheureusement que je ne renouvellerai pas mon abonnement en janvier prochain. Pourquoi? Tout simplement parce qu’@si n’est plus vraiment @si et semble vouloir s’engager résolument dans une toute autre ambition, que je ne trouve malheureusement pas très enthousiasmante: celle de devenir une banale caisse de résonances, se contentant de commenter l’information produite par d’autres, avec, en plus les mêmes travers que l’équipe de rédaction passe pourtant son temps à dénoncer chez les autres: un biais idéologique mal assumé (de plus en plus à gauche dans ce cas), un ton souvent narquois, doublé d’une ironie à deux balles, et une tendance à pontifier franchement irritante. En fait, je vais être plus crue encore: @si est en train de simplement devenir un blog collectif d’opinion, doublé d’un forum effectivement très actif. Tant mieux pour l’équipe.

Quand a commencé cette dégringolade? Je ne sais pas exactement, parce que ça s’est fait de manière subreptice, par petits glissements progressif, sans tambour ni trompettes. Mais, je dirais que ça remonte à la fin 2011, quand il s’est avéré que les réformes structurelles que les Français ont toujours refusé d’accomplir étaient incontournables et inévitables. Daniel Schneidermann et son équipe se sont alors progressivement métamorphosés en journalistes politico-économiques, invitant de plus en plus souvent des « experts » à s’exprimer non pas sur la médiatisation de ces problématiques, mais bien sur l’actualité en elle-même. Ces experts, au début, étaient effectivement le plus souvent des journalistes spécialisés, mais, peu à peu, les acteurs non-médiatiques ont commencé à être de plus en plus présents sur les plateaux. Jusqu’à faire progressivement disparaître les acteurs médiatiques.

Et maintenant, c’est carrément l’analyse de la couverture médiatique de l’actualité qui passe au second plan, ainsi que l’annonce comme si de rien n’était le courriel hebdomadaire résumant la dernière émission à visionner sur le site:

Exit donc le barrage de Sivens, dans le Tarn, aujourd’hui simplement « suspendu », mais dont nul ne sait si le chantier reprendra, après la mort du jeune écologiste Rémi Fraisse. Après des mois de silence, il a fallu cette mort pour que les grands medias s’emparent du dossier. Mais derrière les reportages sur les affrontements, derrière les polémiques politiques, au fond, ce barrage était-il, oui ou non, nécessaire ? Comment sa construction a-t-elle été décidée ? Et plus largement, pourquoi ces grands travaux (grand aéroport de Notre Dame des Landes, grand stade de foot à Lyon, ligne à grande vitesse) ne sont-ils aujourd’hui plus acceptés, et de plus en plus souvent regroupés, y compris par les « grands » medias, sous l’appellation de « grands travaux inutiles » ? Les élus locaux sont-ils de plus en plus mégalomanes ? Ou bien se heurent-ils à une prise de conscience écologiste de plus en plus aiguë ? Et serait-il encore possible, aujourd’hui, de percer le canal du Midi, ou les avenues haussmaniennes à Paris ? Nous posons cette semaine la question à deux agriculteurs, et à un journaliste, du site Reporterre. Notre émission est ici (1).

Donc, exit la question de la médiatisation du sujet, quoique peut laisser entendre le titre, et plus de journalistes. En effet, on apprend sur la page de l’émission que Barnabé Binctin, rédacteur en chef adjoint de Reporterre, n’intervient pas vraiment en tant que journaliste, mais en tant que militant. Mais, le site en lui-même fait, au mieux, dans le journalisme engagé, quand il ne verse pas complètement dans le militantisme. Et la lecture des résumés des vidéos de l’émission confirme que celle-ci n’aborde pratiquement plus la question de la manière dont les médias nationaux ou régionaux ont traité de cette actualité.

Même si @si continue ici ou là à analyser un peu les médias, il se contente le plus souvent de leur reprocher d’être trop à droite. Il y a bien encore les émissions 14H42 et C’est p@s qu’un jeu, qui s’intéressent aux univers numériques et du jeu vidéo, mais seule la première est régulière. Pour la seconde, il y a un numéro tous les 3-4 mois seulement. Et il y a encore les chroniques d’Alain Korkos, probablement les seules qui méritent encore vraiment le titre d’@rrêt sur images!

Malheureusement, je doute que cela suffise pour me retenir. En effet, il existe maintenant divers blogs et sites qui peuvent me proposer le même genre de contenu gratuitement. Quant à des commentaires de gauche sur l’actualité française, je peux les trouver aussi gratuitement sur des sites comme Rue89 ou Le Nouvel Obs.

A mon avis, @rrêt sur images devrait être renommé @rrêt sur actualité (avec un regard résolument de gauche).

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

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