Pourquoi ce blog?

Cela fait maintenant près de 20 ans que je suis présente, de multiples manières, sur la toile. J’ai presque grandi avec. En fait, mon entrée dans le domaine du numérique s’est fait à un moment un peu particulier: en 1996, alors que je débutais mes études et qu’Internet, grâce au Web, commençait à être popularisé et donc accessible à un public plus large, en-dehors du cercle stricte des universités, des militaires et des toutes grosses entreprises d’informatique. A cet âge-là, je pompais encore tout comme une éponge et mon éducation avait fait de moi une éponge avide! J’ai donc très rapidement appris non seulement les rudiments du HTML, mais aussi le fonctionnement de la socialisation sur la toile.

Alors oui, tout au début, sur les premiers site de discussion en direct par écrans interposés (« chat » pour faire court), je suis effectivement tombée sur les pervers de service qui ont essayé, en vain, de me rencontrer. Et oui, j’ai rapidement découvert que le Web était le paradis de la polémique stérile et, potentiellement, du débat. Malheureusement, c’est surtout la polémique stérile, souvent dans sa forme la plus brutale et nocive, à savoir le pugilat verbal, souvent accompagné de harcèlement, qui s’est développé, bien plus que le débat. Mais, ça ne m’a pas découragée, ni dégoûtée.

Appelez cela de l’endurance ou de l’entêtement, mais il se trouve que je continue d’essayer de débattre avec d’autres internautes. En fait, j’adore débattre et cela depuis toute petite, soit bien avant la création du Web! J’ai donc de l’entraînement! Au débat et à la polémique, parce que je crois qu’il n’y a pas plus humain que de céder à la tentation de la polémique. Et les occasions de trébucher ne manquent évidememnt pas sur les fora en-ligne, les réseaux sociaux, etc.

Néanmoins, ces dernières années, il me semble que cette prééminence de la boxe verbale devient problématique, même si je pense qu’elle a aussi son utilité. Mais, pas de manière aussi excessive.

 

Politiquement incorrects ou juste trop susceptibles?

Débat en France au 19è siècle

A la Chambre des députés, Le Petit Journal, 10 juillet 1898. Source: Le 19è siècle (1815-1914)

Ce qui m’interpelle, c’est le mode tellement tranché et intransigeant de ces interventions ainsi que leur ton péremptoire. Les contradicteurs, réels ou potentiels, sont traités d’office comme des détracteurs, des ennemis ou des adversaires illégitimes à abattre pour toutes sortes de raisons. Une telle attitude donne alors la très forte impression que de très nombreux participants à la sphère publique ne supportent pas la moindre objection, qu’ils semblent ressentir comme une tentative de les réduire au silence, un peu comme si la liberté d’expression supposait un droit automatique aux applaudissements ou du moins, à un accueil général bienveillant. Ainsi, il est courant de voir des intervenants poser comme des héros « politiquement incorrects » (entendez, anticonformistes), victimes d’une « pensée unique » « bien-pensante » et « élitiste », qui, à ce titre, jugent alors tous les coups permis pour se défendre. Ce genre d’affrontements virulents est devenu si répandu, pour ne pas dire généralisé, qu’il apparaît que le débat public tienne plus de la rixe collective que du duel à fleurets mouchetés.

Ceux qui ont un peu étudié l’évolution historique du fonctionnement des opinions collectives et des polémiques me diront qu’au début de la démocratie moderne, c’était bien pire. En effet, il n’était pas inhabituel que les politiques et les intellectuels s’envoient des noms d’oiseaux à la figure par presse interposée au cours de bagarres qui se résoudraient aujourd’hui devant les tribunaux. Il arrivait même assez fréquemment que les gens en arrivent aux mains lorsqu’ils se trouvaient physiquement dans le même lieu.

De nos jours, on tend à considérer ce genre de comportements comme de graves dérapages, symptomatiques d’une tendance à l’autoritarisme. Cependant, cette amélioration des manières publiques et politiques, avec un lissage du langage utilisé, semble avoir généré, de nos jours, un phénomène paradoxal: une sensibilité exacerbée à tout signe de dissension ou de désaccord. Il semblerait ainsi qu’une partie de nos concitoyens ne sachent pas du tout gérer le désagrément et l’inconfort que peuvent produire de vifs échanges contradictoires, au point d’en perdre fréquemment tous leurs moyens et capacité à se contrôler.

Tous bien-pensants, sauf moi!

Je ne vise personne en particulier. Les pourfendeurs auto-proclamés du « politiquement correct » et de ses avatars, la « pensée unique » et la « bien-pensance » se trouvent partout, à l’extrême-droite, à l’extrême-gauche et à l’extrême-centre! Il est donc inutile que je m’amuse à les recenser et à les pointer nommément du doigt ici! D’autant plus qu’on les retrouve aussi répartis sur un autre axe s’étalant entre deux pôles discursifs et idéologiques. D’une part, des discours, que l’on pourrait qualifier d' »élitistes », nous proposent un scénario cataclysmique d’une démocratie pliant sous le poids de sa propre liberté d’expression qui ferait que n’importe qui peut, à présent, prendre la parole et déployer une influence néfaste sur des pans entiers d’une populace citoyenne à laquelle on ne saurait faire une entière confiance. D’autre part, une conception des choses que l’on pourrait qualifier de populiste, nous décrit un processus de dévoiement de la démocratie par le haut, au cours duquel une « élite », constituée d’une nébuleuse d’universitaires, de journalistes, d’intellectuels et d’acteurs économiques multinationaux, aurait trahi le « peuple », en s’éloignant de lui et en lui volant le pouvoir.…Hou! Les vilains!

Des approches plus affinées et nuancées existent bien, mais elles sont malheureusement trop souvent enfermées dans ce que d’aucun appelle la tour d’ivoire académique ou confinée à des cercles confidentiels, peu actifs sur la toile. Il faut reconnaître qu’il n’est pas facile non plus de leur assurer une réception quelconque dans un espace public qui se fragmente de plus en plus depuis au moins 40 ans. Certains citoyens s’y intéressent beaucoup, mais ils constituent une minorité qui, en plus, a du mal à se faire entendre, à cause de la polarisation toujours plus forte des opinions en présence. Aujourd’hui, soit vous êtes pour à 190% ou vous êtes contre! Ceux qui choisissent la troisième voie du hummus, comme le disait avec humour un journaliste réclamant le droit de n’être ni « pro-israélien », ni « pro-palestinien », ont beaucoup de mal à ne pas se faire piétiner par tous les autres.

Qu’est-ce que j’espère accomplir avec ce blog?

Chercher à comprendre la notion de politiquement (in)correct et pourquoi tant de gens l’invoquemt

Tout d’abord, il y a cette manie de se positionner contre le « politiquement correct » (et ses avatars: conformisme, bien-pensance, pensée unique, etc.) en amont de toute entrée en matière dans un débat qui me semble si généralisée qu’elle m’irrite et m’interroge. Je pense qu’il y a là un angle d’approche intéressant à exploiter pour essayer de comprendre un peu mieux comment nos contemporains abordent la confrontation verbale dans l’espace public, qu’il s’agisse des lieux d’expression déjà bien implantés comme les lettres de lecteurs à la presse écrite, ou qu’il s’agisse de nouveaux médias numériques. Comme il me semble que c’est essentiellement sur des thèmes tels que l’identité nationale, le féminisme, les droits de l’homme et la justice, le multiculturalisme et l’universalisme, la démocratie et la relation Occident-Orient, ainsi que les questions de liberté d’expression que cette posture se manifeste, j’aurai tendance à me concentrer sur ces cas de figures, mais je pourrais encore allonger la liste plus tard.

Ce sera l’occasion de relayer auprès du grand public un certain nombre d’idées et d’axes de recherche concernant l’évolution de la communication et de la médiation dans la sphère publique telle qu’elle s’étend maintenant dans le numérique. Et de montrer que, contrairement à ce que croient certains, les universitaires ne vivent pas dans une dimension séparée de toute réalité objective! Je pense notamment à toutes les analyses portant sur les polémiques publiques, les modalités de débat en-ligne, le rôle des « trolls », etc.

Définir la limite entre scientisme et scepticisme

Ensuite, je voudrais également aborder une autre problématique, qui n’est pas sans lien avec la première: la manière dont la science est invoquée et utilisée dans des débats sociétaux impliquant une composante scientifique. Je pense notamment à la question de l’opposition entre nature et culture, surtout dans les débats sur le genre, à celle de l’avortement, de la tension entre écologie et modernité et à celle de la théorie de l’évolution. Dans pratiquement toutes les discussions publiques sur ces sujets, la science est mobilisée par tous les acteurs impliqués, mais quand on creuse un peu les propos des uns et des autres, on se rend compte qu’ils n’ont pas forcément la même définition de la science. Par contre, ils semblent tous d’accord pour lui donner un statut au-dessus de toutes les autres formes de connaissance….du moins, tant qu’elle va dans leur sens. Sinon, ils la vouent tout aussi vite aux gémonies. Ce sera l’occasion d’aborder divers thèmes tels que les représentations de la science dans le grand public, parmi les journalistes généralistes et les militants, les divers niveaux de significations que recoupent le terme « science », etc. Et d’encourager l’usage de l’approche scientifique telle que pratiquée par les « zététiciens » ou les « sceptiques ».

Contrer la désinformation et la ré-information

Je consacrerai aussi une partie de ce blog à une activité que j’avais aussi déjà commencée dans mon blog sur WordPress.com, à savoir la vérification de rumeurs ou d’informations me semblant infondées ainsi que leur éventuelle correction. En effet, un des problèmes que je suis loin d’être la seule à relever est la prévalence de la propagande concernant de nombreux thèmes. Comme le montre Gérald Bronner dans son ouvrage récent La démocratie des crédules, il devient difficile, pour toute personne qui n’a pas déjà une idée toute faite sur un sujet, de trouver des informations fiables et non-biaisées par un agenda politique. Et c’est ainsi que des idées fausses, des préjugés et de la mésinformation se renforcent au fur et à mesure que les gens les répètent et les relaient sur la toile. Il a aussi montré que, malheureusement, les auteurs de ces propagandes sont bien plus actifs que les gens n’ayant aucun agenda idéologique à faire avancer et que ceux qui essaient de les contrer sont très peu nombreux. Je voudrais donc ajouter ma petite pierre à cet effort. Et oui, je sais qu’il constitue un éternel recommencement, un vrai travail de sisyphe, quoi!

Jusqu’à maintenant, j’avoue que mon travail de démontage de rumeurs et d’informations erronées n’a pas été toujours très systématique ou cohérent. En gros, je me suis contentée de le faire quand je croisais sur la toile des propos particulièrement faux ou biaisés (souvent qualifiés par leurs auteurs de « politiquement incorrects » d’ailleurs) et que j’en avais le temps. Mais, je n’ai pas organisé cette démarche selon des thèmes spécifiques ou une périodicité. Elle a donc été au tout venant. Et il m’est aussi arrivé de me tromper, pas complètement, mais au moins partiellement dans certains de mes démontages, parce que je n’avais pas suffisamment creusé, essentiellement par manque de temps.

De plus, une bonne partie de cet effort s’est concentré sur les articles publiés par lesobservateurs.ch, un blog collectif d’opinion qui devait constituer un nouvelle plateforme d’informations supposée contribuer à enrichir la diversité du paysage médiatique suisse romand (PMSR). Si, je lui ai accordé un nombre plus élevé de billets qu’à d’autres sources d’information, c’est tout d’abord parce qu’il prétend vouloir secouer le PMSR et ré-apprendre aux journalistes professionnels leur métier, tout en se montrant incapable d’appliquer à lui-même les leçons qu’il dispense au reste des acteurs de l’espace public suisse. Honnêtement, autant d’inconséquences sur une si longue période (plus de deux ans, maintenant) ne pouvait qu’attirer l’attention! Mais, c’est aussi parce qu’il s’agit d’une des seules plateformes médiatiques romandes, lancée par un ancien professeur d’université, qui se complaisent à diffuser un discours particulièrement nocif, non seulement au niveau des idées, mais aussi et surtout au niveau du raisonnement en général. Cependant, je pense avoir pas mal fait le tour de ce collectif blogueur et je n’ai donc plus l’intention de trop m’y attarder. Cela ne signifie pas que je ne ferai plus de billets de « debunking » concernant leurs articles, mais ce sera uniquement s’ils permettent d’illustrer particulièrement un type ou un autre de désinformation.

Partager un peu de mon expérience du monde académique

Même s’il semble peu probable que je continue à travailler dans le milieu universitaire, du moins en tant que chercheuse, je voudrais utiliser ce blog pour rester en contact avec cet univers et les sujets que j’y ai étudiés (mais qui ne sont pas forcément directement liés aux thèmes évoqués ci-dessus), notamment l’évolution actuelle des industries du divertissement audiovisuel que j’ai analysée dans ma thèse de doctorat, terminée en octobre 2013. Au cours de cette recherche, j’ai aussi eu le plaisir de rencontrer un certain nombre de jeunes chercheurs qui, eux, continuent dans cette voie, et dont je pense relayer les travaux quand ils les publient sur des plateformes d’accès libre. Je re-publierai aussi les annonces de conférences et colloques ainsi que les appels à contribution dans les domaines que j’ai étudiés. Et je posterai aussi mes impressions concernant quelques travaux que l’on m’a soudainement proposé de réaliser à la suite de ma thèse. J’avoue que j’ai été surprise, parce que je pensais vraiment qu’une fois ma thèse terminée, je n’aurais plus grand-chose à produire dans le monde académique.

Un pied-à-terre numérique

Enfin, après 20 ans d’activités numériques tout-azimut, je me suis dit qu’il était temps d’avoir mon nom de domaine et mon chez moi, où je pourrais réunir à ma guise l’ensemble de mes multiples présences sur le Web. J’avais déjà commencé avec mon blog sur WordPress.com, mais il était vraiment temps que je me fasse mon propre espace. Et comme tout chez soi, ce site connaîtra évidemment quelques chamboulements occasionnels, histoire de changer la « déco » et le rangement de temps à autres!

A qui s’adresse ce blog?

Eh bien à tout le monde et donc à personne en particulier. En cela, je piétine complètement une des règles de base de la communication qui veut que l’on doit toujours connaître son audience ou son public. Mais, quand on démarre son propre petit média (oui, un blog est un média, en général d’abord, et parfois pour toujours, à toute petite échelle), il est souvent difficile d’avoir une idée claire de qui on cherche à atteindre, surtout si l’on a l’intention de traiter d’une grande diversité de sujets, comme c’est le cas ici. Mais, de manière générale, voici un peu comment je m’imagine mon audience:

  • Des gens qui aiment des textes relativement long et sont capables de les lire à l’écran.
  • Des gens qui sont actifs dans l’espace public et aiment débattre.
  • Des gens qui voudront me contredire.

Le premier point n’est pas une licence que je m’accorde d’écrire des tartines parce qu’incapable de synthétiser ma pensée. J’essaie toujours de résumer, mais dans un certain nombre de cas, je veux m’autoriser à élaborer un peu plus et donc proposer des textes qui soient plus long qu’un article de 2000 signes. Néanmoins, dans la mesure du possible, j’essaierai d’utiliser certains trucs de journalistes pour permettre à ceux que la lecture de longs textes à l’écran rebute de quand même pouvoir en comprendre les enjeux principaux. J’aurais aussi plusieurs types de billets de blog, à la longueur variable. Mon but n’est pas non plus d’assommer mon lectorat avec des analyses interminables.

Les deux autres caractéristiques reflètent mon envie de m’insérer dans des débats déjà en cours et d’aller à la rencontre de gens qui n’ont pas du tout les mêmes points de vue que moi. Toute la difficulté du maintien de se blog résidera d’ailleurs là, puisqu’il me faudra m’obliger à m’adapter autant que possible à diverses manières de débattre sur le Web et accepter que des gens me rentrent dans le lard sans ménagement, ce qui n’est jamais drôle!

C’est d’ailleurs à cause de ces contraintes que je ne suis pas sûre d’arriver à publier plus d’un  billet par semaine sur ce blog. En effet, entre la lecture, la recherche, l’analyse et tout le travail sur l’aspect rédactionnel, je me vois mal en faire plus. Après tout, ce blog n’est qu’un à côté et j’ai des tas d’autres obligations quotidiennes.

 

En bref….

….ce blog me servira de lieu où je peux partager les réflexions que m’inspirent mes rencontres avec ceux qui évoluent dans un espace public à la fois analogique et numérique. Ce seront des réflexions que j’essaierai d’articuler avec des analyses factuelles, nuancées, fines et justes, produites par des universitaires ou des gens ayant bien étudié le sujet. Et je travaillerai à emballer tout cela dans un papier solide, mais léger et agréable. Mon but principal est donc d’échanger avec d’éventuels visiteurs (que je vais en partie aussi chercher sur les réseaux sociaux…) afin de voir ce qui peut sortir de la confrontation de nos points de vue sur les thèmes évoqués ici.

Mais, j’ai aussi un autre objectif plus personnel et professionnel qui est de développer une écriture qui se trouve à la croisée entre la conversation en-ligne, le style académique et le format journalistique. Ce blog constitue donc aussi un terrain d’essais et d’expérimentations, où je m’autorise à me tromper, parfois lourdement, et même à trébucher 10 fois de suite sur la même pierre, jusqu’à ce que j’aie compris comment la contourner ou sauter par-dessus. J’espère donc attirer un public de gens s’intéressant à la politique et aux questions sociétales, que les longs textes ne rebutent pas forcément et qui voudront bien en discuter avec moi, mais qui m’obligeront aussi à développer un style allégé, vif, incisif, mais pas inutilement agressif, pour tenir la distance!

Ce qui veut dire que même ce texte pourrait bien être progressivement modifié! Ici, rien ne sera jamais permanent!

Un commentaire

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