Islamophobie ou légitime défiance? Égalité des sexes et démocratie: les Suisses face à l’intégrisme islamique par Mireille Vallette

A première vue, le titre de l’ouvrage pose une question devenue lancinante depuis les attentats du 11 septembre 2001, bientôt suivis d’autres actes terroristes en Europe et ailleurs dans le monde: Les discours négatifs sur l’islam et les musulmans qui se font entendre de plus en plus fortement et fréquemment dans nos espaces publics relèvent-ils de l’islamophobie ou de la légitime défiance? Le sous-titre indique l’angle d’attaque de cette problématique: l’égalité des sexes et la démocratie, posées comme fondements de la société suisse, confrontée à l’intégrisme islamique. Dit autrement, peut-on considérer comme de l’islamophobie la méfiance vis-à-vis des islamistes, alors qu’il a été largement démontré qu’ils sont, si ce n’est les auteurs et instigateurs de ces crimes, du moins leurs principaux inspirateurs? Sans compter qu’il a aussi été assez amplement prouvé qu’ils ont une conception fort peu féministe et démocratique de la société idéale.

Et déjà là, on se dit que quelque chose cloche. En effet, la critique des prédicateurs et militants d’un islam réactionnaire fondamentaliste fait-elle vraiment débat en Suisse et en Europe ainsi qu’en Amérique du nord en général? A part dans certains cercles assez confidentiels de l’extrême-gauche anti-impérialiste qui voit dans des groupements comme les Frères Musulmans une sorte de première ligne de résistance au néo-colonialisme politico-culturel occidental? Certes, ces mouvances peuvent donner ponctuellement de la voix, mais leur rhétorique me semble en réalité trouver bien moins d’écho dans les opinions publiques que celle dénonçant les dérives des fanatiques musulmans. Sans compter qu’on ne peut pas vraiment dire que les propos se voulant fortement critiques de l’évolution de l’islam et de ses adeptes en Europe ou ailleurs soient particulièrement censurées. Au contraire, on les entend constamment, notamment dans les médias des pays voisins, mais chez nous aussi. Après tout, je n’ai pas l’impression que les chroniqueurs de la Weltwoche, les spécialistes ès-islam politique à l’UDC, Andreas Thiel, etc., outre-Sarine, mais aussi les Marie-Hélène Miauton, Uli Windisch, Philippe Barrault, Oscar Freysinger (UDC), Slobodan Despot, ou même, tiens, Mireille Vallette, soient particulièrement censurés, ou même marginalisés médiatiquement.

Qu’est-ce qui préoccupe donc à ce point Mireille Vallette? Il s’avère assez vite que c’est le refus d’amalgamer musulmans lambda et fanatiques, les textes et leurs réceptions, les injonctions religieuses et leurs mises en pratiques, qui lui pose problème. Plus précisément, ce qui l’ennuie particulièrement, c’est le refus, par toute une partie des intellectuels libéraux et attachés à une approche rationnelle et factuelle de la réalité, d’adhérer à la thèse d’un affrontement avec l’islam, dérivée du « choc des civilisations » de Samuel Hunttington, interprété d’ailleurs de manière généralement caricaturale. En effet, cette vision se base sur le schéma simpliste (pour ne pas dire simplet) de la lutte inévitable entre deux blocs d’apparence bien définie et parfaitement irréconciliables: d’un côté, le monde judéo-chrétien, démocratique, libre, moderne, civilisé, et de l’autre, le monde arabo-musulman, théocratique, dictatorial, arriéré, barbare. On est loin de la théorie de Huntington qui identifie au moins une dizaine de blocs civilisationnels!

Dans cet ouvrage, elle va donc tenter de démontrer que non seulement ces libéraux ont tort, mais qu’en plus, ils se font les complices plus ou moins conscients d’un grand complot visant à transformer l’Occident en terre islamique, en califat. Plus exactement, elle va s’échiner à nous expliquer en long et en large que des personnalités comme Hafid Ouardiri, Tariq Ramadan ou, son frère aîné, Hani Ramadan, exercent une très importante influence, non seulement sur les « masses musulmanes », mais aussi sur les principaux acteurs du débat public ainsi que sur nombre de personnalités politiques et médiatiques.

Cependant, ses raisonnements laissent franchement à désirer et ne convaincront finalement que ceux à qui l’auteur s’adresse vraiment: des personnes qui ont décidé une fois pour toute que l’islam et les musulmans représentent réellement une menace pour notre société. Par contre, ceux qui, après avoir lu la préface dithyrambique de Me Poncet, s’attendaient à une analyse en bonne et dûe forme de l’activisme des intégristes musulmans en Suisse, ressentiront une consternation croissante devant le manque complet de rigueur intellectuelle dont elle fait preuve tout au long du texte. En effet, on reste absolument pantois devant l’accumulation de sophismes grossiers, de négligences dans le référencement des sources, de citations, souvent tronquées au point de les dénaturer, et d’assertions complètement gratuites. Ainsi, après avoir réussi l’exploit de lire cette prose en entier, on hésite entre hilarité et incrédulité en se rappelant qu’il ose comparer la pensée de Mme Vallette à celle de Socrate, Erasmes, Diderot ou Voltaire! La bonne blague que voilà!

Le pire, c’est qu’il n’y a rien d’original dans cette pensée soi-disant si fulgurante et foisonnante. Elle ne fait que reprendre et appliquer à la Suisse un discours belliqueux et identitaire qui se déploie depuis le milieu des années 90, à l’instigation de mouvements néoconservateurs nord-américains, bientôt relayés par des intellectuels européens. Au final, on en apprend plus sur sa méthode de travail et sur le mode de raisonnement des adeptes cette posture que sur l’islamisme dans nos sociétés.

Méfiance envers l’islam: musulmans coupables et victimes en même temps

D’entrée de jeu Mireille Vallette assène sa conviction: les gens ont raison de craindre non seulement le terrorisme islamistes, mais aussi l’éventualité de l’instauration de la « charia », dans nos sociétés. Faisant sienne une affirmation du néoconservateur Daniel Pipe, qu’elle cite en ouverture du premier chapitre, elle estime ainsi qu’ils traitent de problèmes bien réels. Les insulter est à la fois injuste et délégitimant, alors que leurs préoccupations sont réelles et légitimes – il faut les aborder (p. 13). Cela n’aurait donc rien d’islamophobe, dans la mesure où la phobie se définit comme une peur irraisonnée et infondée. Or, selon elle, ce genre de développement sociétal est tout à fait vraisemblable et même probable. Toute sa démarche consiste justement à démontrer que ce scénario catastrophe peut très bien se réaliser, et cela, tout en justifiant la défiance vis-à-vis de l’islam largement répandue dans nos sociétés, où, jusqu’à nouvel ordre, prédomine pourtant encore la loi de la majorité démocratique. Elle ne semble donc pas voir que dans un tel contexte populaire (et populiste), les probabilité de voir un jour la charia intégrée aux législations de nos pays sont vraiment très maigres, pour ne pas dire insignifiantes.

Sa démonstration s’appuie essentiellement sur un postulat: si les musulmans, dans l’ensemble, sont a priori peu enclins à l’obscurantisme ou à la lutte contre l’Occident judéo-chrétien (p. 15), ils sont malheureusement très manipulables par les intégristes. Ces derniers se serviraient de deux phénomènes sociaux.

D’une part, la peur. Pour Mireille Vallette, il va sans dire que ce qu’elle perçoit comme l’apathie des masses musulmanes à l’égards des islamistes est à mettre au compte des […]menaces [qui] se sont multipliées envers les musulmans critiques et les apostats, l’un étant très vite assimilé à l’autre […], et du […]nombre croissant de musulmans [se battant]pour les droits humains [qui] doivent être protégés nuit et jour (p. 18). Cela en refroidirait plus d’un.

D’un autre côté, à part ces rares progressistes, la très grande majorité serait incapable de se détacher d’une lecture littérale du Coran et de la Sunna, ce qui faciliterait alors évidemment grandement le travail des mouvements radicaux. Si elle ne le dit pas aussi crûment dès le départ, elle l’affirme sans ambages plus loin dans l’ouvrage (p. 51):

Mais comment faire sans remettre en cause la parole d’Allah? En 2004, Fawzia al-Ashmawi tente l’exercice dans un entretien avec Le Courrier à l’occasion d’un congrès qu’elle a organisé avec des coreligionnaires. (5) Et démontre par le concret l’obstacle incontournable, spécifique à cette religion: son texte de référence, le Coran, est censé être la parole de Dieu. Obstacle auquel les théologiens en ont ajouté un deuxième: Mahomet est traité lui-même à l’égal d’un Dieu, puisque rien de ce qu’il a dit ou fait ne peut être contesté ou critiqué. Bien au contraire, c’est à cette aune forgée au VIIe siècle que tout comportement est jugé.

Il n’y aurait donc qu’un seul Coran, une seule Sunna et une seule lecture qui s’imposerait mécaniquement à l’ensemble des musulmans. La chose serait ainsi entendue: [C’est] l’islam qui fabrique le croyant, pour reprendre une jolie formule du professeur Schulze, récemment interviewé par Le Temps. Ce qui explique les très forts doutes qu’elle exprime vis-à-vis des positions adoptées par les personnalités musulmanes interviewées par Le Temps du 21 mars 2006, concernant la condamnation à mort pour apostasie d’un humanitaire afghan par un tribunal islamique (p. 20):

Mais que pense-t-il de ce qui se fait à Karbala et à Kaboul? Le président de la Ligue des musulmans de Suisse, Adel Mejri, refuse lui aussi de s’exprimer, et commente: « La Ligue des musulmans de Suisse ne souhaite entrer en matière que sur les questions liées aux musulmans en Suisse, mais pas en Afghanistan, en Irak ou en Arabie saoudite. » (3) Le Coran est-il différent là-bas?

Non seulement cela, mais cette lecture des textes serait incapable d’évoluer. Or, ces textes, qui remontent pour la plupart aux premiers temps de l’islam, sont évidemment incompatibles avec la plupart des valeurs qui fondent nos sociétés démocratiques. On serait donc face à un vrai problème, d’autant plus que, comme elle l’affirme, nous serions confrontés à une immigration musulmane massive et que le fait de vivre chez nous ne semble pas avoir encouragé ces nouveaux arrivés à réviser les textes qui leur serviraient de boussole pour s’orienter dans la vie (p. 20):

Choisir en toute liberté sa religion et y renoncer tout aussi librement est un des droits fondamentaux de la Déclaration des droits de l’homme. De même que le droit de chacun(e) à épouser qui il (elle) veut. Et pourtant, confirme Hafid Ouardiri, « le droit musulman interdit le mariage d’une musulmane avec un chrétien ». Contrairement à l’homme musulman, qui a lui le droit d’épouser une chrétienne. Ce qui s’explique par « le rôle dévolu par l’islam à l’homme, qui doit pourvoir aux besoins de la famille.» (4)La présence massive de musulmans venus chercher une vie meilleure dans nos pays aurait pourtant dû faire évoluer le droit musulman, puisque fort peu d’hommes peuvent, avec leur seul salaire, pourvoir aux besoins d’une famille, même composée de deux enfants seulement.

Il n’y a cependant pas besoin d’être docteur en théologie ou en philosophie pour se rendre compte que Mme Vallette commet ici une énorme faute de logique et contre-sens quand elle affirme que la parole d’Allah ne saurait être interprétée parce qu’elle est divine. N’importe quel professeur de français de collège vous dira que ce n’est pas la nature de l’auteur qui conditionne la réception d’un texte par le lecteur, mais celle du lien entre les deux. Plus l’écart physique, social, temporel et culturel est grand, plus la probabilité du malentendu et de l’incompréhension augmente. En d’autres termes, à moins de vivre dans la tête de l’auteur d’un texte, on ne peut jamais être tout à fait sûr de son intention et de la signification qu’il attribue aux mots et aux idées qu’il a exprimés. On est donc forcément dans l’interprétation. Bien sûr, celle-ci a des limites de vraisemblance définies par le contexte et ce que l’on sait de l’auteur, mais plus ces informations sont clairsemées, plus il est difficile de prétendre à une compréhension fiable de ce qu’il a pu vouloir dire.

Il en va naturellement de même pour les textes sacrés, y compris le Coran. Car combien même on accepterait la prémisse proprement miraculeuse d’une connivence spirituelle parfaite entre Dieu, Mohammed et ses condisciples qui aurait permis de retranscrire la parole divine sans la moindre erreur dans le Coran, il se trouve qu’aucun autre des milliards de musulmans ayant existé depuis la « Révélation » n’a jamais pu prendre part à cette fusion des grands esprits, pas même les contemporains du Prophètes et de son entourage. De plus, les informations sur Dieu et le contexte divin dans lequel il opérait au moment où lui est venue l’idée de se confier à un énième Prophète étant extraordinairement rares, et vue la distance spatio-temporelle existant entre les musulmans d’aujourd’hui et Mohammed ainsi que ses proches, on peut donc considérer, sans trop de risque de se tromper, que la compréhension du Coran est bien affaire d’interprétation. Plus exactement, elle ne peut qu’être affaire d’interprétation. Quant aux Hadiths, elles ont toujours fait l’objet de dispute, de nombreux penseurs et intellectuels remarquant que leur nombre n’a eu de cesse de croître au fil du temps, rendant la nature de toute Hadith nouvellement « redécouverte » assez douteuse.

Il n’y a donc, à priori, aucune raison pour un musulman d’adhérer forcément à une lecture de ces « Saintes Écritures » plutôt qu’à une autre, même s’il croit à la thèse du Coran incréé. D’ailleurs, les musulmans persuadés de détenir la seule et unique interprétation correcte des mots de Dieu sont assez nombreux et ils se bagarrent fréquemment, plus ou moins violemment, à ce sujet! De fait, même si certains centres religieux ou communautaires en Europe tentent d’enseigner une version réactionnaire de l’islam, cela ne signifie pas que les parents accepteront forcément cet enseignement, ni même que d’autres interventions éducatives, scolaires par exemple, ne primeront pas dans l’esprit de ces enfants. Mme Vallette n’est donc pas en mesure de postuler une relation transcendantale directe entre ce que ce que disent le Coran et les Hadith, ce qu’enseignent les imans et ce qu’en retiennent les enfants ainsi que les fidèles!

C’est pourtant sur ce sophisme qu’elle base presque entièrement sa thèse à charge contre les islamistes et/ou les musulmans. En effet, elle reste constamment dans cette ambiguïté tout en glissant régulièrement des intégristes vers la « majorité silencieuse » dans ses constats. Il découle de cette logique qu’à moins d’une prise de distance claire, nette et massive de la part de nos concitoyens musulmans (mais très peu probable selon sa propre logique), elle ne voit aucune raison de leur accorder la moindre confiance. C’est ainsi qu’elle en appelle directement aux adeptes « modérés » de l’islam à s’élever contre les injustices perpétrées au nom de cette religion partout dans le monde (p. 21):

Pourquoi les mouvements de protestation contre ces jugements ne sortent-ils pas de vos rangs ? Notre démocratie vous permet de mener en toute liberté des combats contre les injustices des pays islamiques. Vous et vos pairs avez-vous intercédé en faveur de l’Afghan Sayed Pervez Kambaksh ? Cet étudiant en journalisme a été condamné à mort en janvier 2008 pour blasphème : il avait reproduit un texte dénonçant l’oppression des femmes et critiquant l’interprétation coranique des religieux.

Que pratiquement aucun musulman en Suisse (ou même en Europe) ne soit originaire d’Afghanistan ne semble pas lui poser problème. A partir du moment où une personne se considère musulmane, l’auteur la tient pour comptable de ce que font tous les autres musulmans du monde. C’est ainsi qu’elle leur demande [s’il n’y a] pas une légère contradiction à dénoncer à hauts cris l’islamophobie de nos sociétés, mais jamais les entraves à l’exercice des religions et des droits humains, infiniment plus graves, dans la quasi-totalité des pays islamiques ? (p.21). Comme s’il fallait se transformer soi-même en champions de la défense des Droits de l’homme sur toute la planète pour avoir la légitimité de demander que les siens soient respectés!

De fait, à la lire, les discriminations, subies par certains musulmans et dénoncées par de nombreux acteurs sociaux et politiques, ne constitueraient qu’une peccadille insignifiante face aux dangers que les fanatiques islamistes feraient peser sur nos sociétés. En effet, selon elle, l’islam, seule religion qu’il serait impossible de réformer, menacerait particulièrement, et plus que tout autre courant religieux ou philosophique, deux piliers de nos sociétés modernes: le principe de l’égalité hommes-femmes et la démocratie.

L’islam, le plus grand ennemi de la femme à ce jour

La critique de l’islam représente l’occasion en or pour nombre de commentateurs de l’actualité, notamment chez ceux se déclarant politiquement incorrects, de se découvrir une soudaine fibre féministe, alors qu’ils passent un temps considérable à conchier le féminisme à l’œuvre dans nos sociétés. Vive les ex-musulmanes ayant proclamé leur apostasie urbi et orbi, comme Taslima Nasreen, Ayaa Irshi Ali, Wafa Sultan, et haro sur les Elisabeth Badinter, Caroline Fourest, Isabelle Alonso, les FEMEN, Judith Butler, et les théoriciennes « du djendeur », etc, qui veulent détruire la famille traditionnelle!

A priori, Mme Vallette qui se dit féministe, devrait être exempte de ce genre de biais. Sauf que….sauf que je dois avouer que je ne l’ai jamais lue ou entendue s’exprimer sur la problématique de l’émancipation des femmes en-dehors d’un discours critique envers l’islam. Pourtant, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué. Or, malgré de longues recherches sur le Web et dans les archives électroniques de presse, je n’ai trouvé aucune prise de position de sa part sur des questions relevant du féminisme en général. En fait, pour dire la vérité, je ne trouve pratiquement aucune prose de Mme Vallette avant 2009. Du coup, le sentiment qu’ici aussi, le féminisme est instrumentalisé dans une toute autre optique que l’amélioration du sort des femmes est très fort. Cette impression est encore renforcée par la manière dont elle attribue principalement ou uniquement à l’islam des pratiques sexistes dont il est pourtant loin d’avoir le monopole. Eh oui, les femmes ne sont pas forcément féministes et il n’y a aucune raison de croire Mme Vallette sur parole comme le fait Me Poncet.

La maltraitance des femmes particulièrement au cœur de l’islam?

Ainsi, à la page 44, l’auteur nous fait cette déclaration assez surprenante:

Un des fondements de la religion islamique traditionnelle est la discrimination des femmes. En cela elle s’éloigne peu des autres religions. Il existe cependant une grande différence: cette discrimination est inscrite dans le Coran censé être la parole de Dieu, confirmée par les paroles de Mahomet, reprise et aggravée par le code de conduite, code civil et code pénal que représente la charia. Cette discrimination est pratiquée et enseignée dans les nombreux lieux de culte et associations culturelles islamiques où l’on formate les deux genres à l’inégalité. Des milliers d’enfants les fréquentent pour des cours de religion ou de langue arabe. Des milliers de petites filles apprennent que Dieu les a fait naître inférieures, destinées à procréer et à servir leur maître.

Outre l’absence totale de références, ce qui fait qu’on ne sait absolument pas d’où elle tire ces affirmations, elle reste dans un flou artistique qui caractérise d’ailleurs une bonne partie de sa prose. Pour quelqu’un qui prétend suivre l’évolution de l’islam depuis 30 ans, c’est quand même assez étonnant! Ainsi, qu’est-ce qui lui permet d’écrire que les religions sont fondées sur la discrimination des femmes? Affirmer qu’il existe des règles discriminantes pour les femmes dans nombre de religions est une chose. Prétendre que ces règles en constitueraient la base ou même le cœur en est une autre. Par ailleurs, elle ne semble pas se rendre compte que pour les extrémistes des autres monothéismes, les « Saintes Écritures » représentent bien la parole de Dieu incarnée. C’est en tous cas vrai pour nombre de catholiques intégristes et de protestants fondamentalistes. Naturellement, si on suit sa logique consistant à se méfier des gens pour qui la parole divine ne peut être remise en cause, alors, on devrait craindre aussi les brebis du christianisme. Après tout, qu’est-ce qui nous garantit que les chrétiens pratiquants d’aujourd’hui ne se font pas manipuler en sous-main par des leaders fanatiques? Surtout qu’il ne s’agit ici pas de fantasmes. Les mouvements chrétiens fondamentalistes ont entrepris, de longue date, de noyauter les sociétés grâce aux réseaux de notables dont ils font souvent partie, ainsi que le montre bien Caroline Fourest dans ses ouvrages.

Mme Vallette avait certes d’abord écrit au début du chapitre 2, consacré au traitement des femmes par l’islam, que [l]es revendications des intégristes ne cessent d’occuper l’actualité et au nom de la religion, de nombreuses pratiques contraires à nos valeurs sont prônées. Celles qui concernent les femmes sont particulièrement nombreuses (p. 24). Mais, elle s’est souvent montrée incapable de citer le moindre exemple concret! Ou alors, elle ignore royalement les sources disponibles. Ainsi, concernant les femmes qui porteraient le foulard islamique ou le voile volontairement, elle assène: Des chercheurs pourraient éclairer les raisons de cette manifestation de servitude volontaire (p. 26). Or, ces recherches existent bien et depuis les affaires du « foulard » en France dans les années 80. Je pense notamment aux travaux des sociologues Farhad Khosrokovar et de Françoise Gaspard (Le foulard et la République) et d’Elisabeth Altschull (Le voile contre l’Ecole) ou encore de Yolande Geadah (Femmes voilées. Intégrismes démasqués)! Concernant le nombre-même de femmes voilées partiellement ou intégralement, ainsi que pour les statistiques de fillettes allant voilées à l’école en Suisse, c’est aussi au tout venant, avec pratiquement aucun exemple précis et encore moins de sources correctement référencées (pp. 28-33). Et dans les quelques cas où elle a des exemples, elle doit aller les chercher au fin fond des archives des années 90, c’est-à-dire, il y a plus de 10 ans (par rapport à la date de publication de son livre, au début 2009)!

Quand elle n’a pas du mal à trouver des faits récents pour illustrer ce qu’elle considère comme un danger immédiat et constant de l’islam pour les femmes, elle tend à lui attribuer des attitudes sexistes qui sont en fait très répandues, quand elles ne sont pas carrément généralisées, toutes obédiences religieuses ou culturelles confondues. C’est ainsi que les revendications de certains milieux musulmans conservateurs qu’elle dénonce, aussi bien en Suisse qu’ailleurs en Europe (pp. 34-39), ont souvent été inaugurées bien avant par des mouvances chrétiennes ou juives conservatrices. Parmi celles-ci, on compte notamment les demandes d’exemptions de cours de biologie, de natation ainsi que de camps de vacances où la ségrégation garçons-filles n’est pas garantie. Pour ce qui est de la problématique du mariage forcé, si elle reconnaît à demi-mot que la pratique n’est pas l’apanage de l’islam, elle rend l’immigration musulmane responsable de sa recrudescence dans le pays, en faisant dire au rapport de l’association Surgir ce qu’il ne dit pas (p. 42).

Mais, bien qu’elle se révèle incapable de démontrer en quoi l’islam aurait comme objectif fondateur l’oppression des femmes, elle ne peut s’empêcher d’affirmer à la fin du second chapitre que le statut des femmes dans les sociétés islamiques est plus grave que dans les autres cultures et en sortir paraît insurmontable (p. 52). De toutes évidences, elle n’a jamais entendu parler de ce que vivent les femmes hindoues, par exemple!

L’islam et l’excision: des affirmations inexactes ou même fausses, en vrac

L’excision est probablement, selon Mireille Vallette, l’exemple le plus concret de la menace que l’islam représente pour les femmes. Si elle accepte que cette religion n’a pas inventé cette pratique très ancienne, elle estime qu’elle ne l’a pas découragée, bien au contraire. A la lire, l’excision serait une des principales caractéristiques de la femme musulmane, en sus du voile. En d’autres termes, une vraie musulmane est une musulmane excisée et voilée. Or, outre l’impossibilité d’aller à l’encontre des prescriptions religieuses, ce qui expliquerait que les autorités religieuses refuseraient soi-disant de condamner cette pratique, elle nous explique en long et en large que les organisations internationales, de peur d’être accusées d’islamophobie, refuseraient de faire le lien entre islam et mutilations génitales féminines (MGF). C’est ainsi que les grandes institutions onusiennes, supposées contribuer à l’émancipation des femmes, baisseraient lâchement leur culotte face aux intégristes, ralentissant alors drastiquement les efforts pour faire disparaître ces actes barbares. Quiconque est un tantinet familiarisé avec ces questions ne peut qu’être abasourdi par autant d’affirmations gratuites et fausses. D’ailleurs, elles sont fréquemment mal ou pas du tout sourcées. Je ne vais pas m’étaler ici sur toutes ses imprécisions, inexactitudes ou même erreurs factuelles, que je liste dans un autre billet consacré à la vérification de ses assertions.

Mais, il y en a un exemple qui mérite d’être mentionné ici, parce qu’il s’inscrit bien dans cet effort qu’elle déploie à faire absolument de certaines mœurs, existant pourtant dans diverses traditions religieuses, l’apanage de l’islam. De plus, il illustre de manière assez spectaculaire sa négligence en matière de sources et de recherche d’informations complètes:

A la page 54, elle assène l’affirmation suivante:

Le fait est qu’il n’existe aucun pays majoritairement chrétien ou animiste qui excise. En revanche, parmi les pays quasi exclusivement musulmans qui mutilent au moins 90% de leurs filles, nous trouvons l’Égypte (80 millions d’habitants), le Mali (11 millions), la Guinée (9 millions), la Somalie (8 millions), la Mauritanie (3 millions). Soit au minimum du minimum, plus de 110 millions de musulmans !

Outre qu’on n’a aucune idée d’où viennent ces statistiques ou même de quand elles datent, il s’avère qu’elle se trompe complètement sur l’absence de MGF dans les pays à majorité chrétienne. Ainsi, le Cameroun, l’Ouganda, le Libéria, le Burkina Faso, le Bénin, le Togo, le Ghana, la République de Centre Afrique, le Sud Soudan, la Côte d’Ivoire, le Kenya, etc., connaissent bien l’excision. Sans compter que les populations non-musulmanes dans des pays comme le Mali, l’Égypte ou l’Éthiopie excisent aussi leurs filles et cela sans y être obligés par les musulmans, comme le relève Sami Aldeeb, pourtant peu susceptible d’islamophilie ou de christianophobie. Enfin, même si le Bénin, le Burkina Faso, l’Ouganda et le Togo ont certes décidé d’interdire cette pratique, la mise en œuvre de cette législation reste très lente et lacunaire. Donc, oui, on continue d’y exciser les fillettes, même si des progrès se font en la matière. Par ailleurs, dans le nord du Nigéria, majoritairement musulman, la prévalence de l’excision est de l’ordre de 1-2%, alors que dans le sud, majoritairement chrétien et animiste, elle est de l’ordre de 60% de la population féminine de 15-49 ans (p.3)!

Enfin, tout au long de cette très mauvaise démonstration, elle oublie complètement que dans de nombreux pays musulmans, on ne mutile absolument pas les parties génitales des femmes. Ainsi, les musulmans des pays du Maghreb, de Turquie (sauf pour certains Kurdes, vivant proches du kurdistan irakien), des Balkans, du Caucase, d’Iran et d’Asie Centrale, ne font pas du tout subir ce sort à leurs filles. Et, à ma connaissance, la plupart des musulmans vivant dans nos sociétés n’infligent pas non plus cette torture à leurs filles et à leurs femmes.

La démocratie face à l’islam

En plus d’être l’ennemi implacable des femmes, l’islam serait aussi incompatible avec la démocratie, à moins de renoncer à des pans entiers de ses textes sacrés, ce qui serait, d’après Mme Vallette, impossible. Enfin, quoique…

Quoique. Elle ouvre le quatrième chapitre, intitulé Le terreau idéologique, sur cette citation de Sophie Bessis, chercheuse et spécialiste du monde arabe (p. 61):

Comment quitter l’inusable carcan d’une tradition figée par le discours religieux, qui les étouffe tous, hommes et femmes en même temps, même si les premiers ont le pouvoir pour eux ? Comment se débarrasser d’un Dieu qu’on a privé d’esprit pour le transformer au fil des siècles en un méticuleux greffier de minables interdits?

Là, de nouveau, le manque de rigueur de Mme Vallette lui joue des tours. En effet, ces propos sont ceux d’intellectuels musulmans du début du 20ème siècle rapportés par l’historienne, dans son ouvrage de 2007, Les Arabes, les femmes et la liberté! Voici le passage complet:

Fin du XIXe siècle et début du XXe. En Égypte et ailleurs, des hommes cherchent à sortir les Arabes de leur trop longue somnolence. Comment changer leur monde pour lui faire épouser le siècle qui s’annonce ? Comment quitter l’inusable carcan d’une tradition figée par le discours religieux, qui les étouffe tous, hommes et femmes en même temps, même si les premiers ont le pouvoir pour eux ? Comment se débarrasser d’un Dieu qu’on a privé d’esprit pour le transformer au fil des siècles en un méticuleux greffier de minables interdits ? Comment construire l’avenir si l’on garde les femmes en prison ? De l’Égyptien Kacem Amin au Tunisien Tahar Haddad, bien des penseurs arabes tiennent en ce temps-là les propos les plus osés contre ce qu’on a fait de leur islam. Leurs écrits sont violents comme des cris d’alarme. Tous sont alors convaincus que le progrès tant souhaité de leurs sociétés passe par celui des femmes. Celles de cette époque prennent part à ce bouillonnement. Nombre d’entre elles aspirent à changer de statut, réclament l’abolition de la polygamie et des privilèges masculins, veulent travailler hors du foyer et cesser de dépendre, pour tout acte de la vie, du père, du frère ou du mari. » (Les Arabes, les femmes et la liberté, de SOPHIE BESSIS)

En proposant une version tronquée de cet extrait du livre, Mme Vallette change complètement sa signification. Ainsi, d’une pensée assez audacieuse pour son temps, venant d’intellectuels musulmans, des femmes comme des hommes (en bleu), le propos devient une sentence, de la part d’une spécialiste, à l’égard des musulmans, décrits comme irrémédiablement englués dans des textes sortis d’un autre âge. De cette manière, cette conviction de Mme Vallette se trouve, comme par miracle, confirmée par une autorité en la matière.

C’est cette conviction qu’elle va marteler tout au long de la deuxième partie de sa démonstration. Même si elle prend parfois la précaution de préciser qu’elle vise essentiellement les intégristes, elle laisse entendre qu’ils auraient une grande influence sur « la morité silencieuse », car affirme-t-elle, leurs écrits sont très appréciés des musulmans d’Europe et d’Amérique du nord. C’est ainsi que, concernant un recueil de fatwas, compilées par le Conseil européen pour la fatwa et la recherche, spécifiquement destiné aux communautés d’Occident, elle nous dit qu’il connaît un grand succès. Comment le sait-elle? C’est simple: Au Salon du livre genevois, par exemple, il occupe chaque année une place de choix sur le stand des femmes musulmanes (p. 62). Ce qui ne nous dit rien de sa réception, ni même du nombre d’exemplaires vendus. Enfin. Passons. A la page 68, après nous avoir fait découvrir un florilège de ces fatwas, accompagné de commentaires lapidaires, mais ne nous apprenant pas grand-chose, elle nous annonce que Le licite et l’illicite en islam, un ouvrage d’Al-Qaradawi, éminence grise des Frères musulmans en Occident et membre de ce conseil européen pour la fatwa mentionné ci-dessus, serait le plus lu par les musulmans d’Occident après le Coran. Sur quoi se base-t-elle pour affirmer cela? Mystère et boule de gomme!

Mais, on comprend bien que pour l’auteur, si l’origine du danger se trouve dans les organisations islamistes internationales comme les Frères musulmans, dont aucun expert ou personne un tant soit peu informée ne nie à priori la force de frappe idéologique ou même guerrière, c’est bien l’ensemble des musulmans qui pose problème. En effet, dans une telle dynamique collective où la masse serait presque hypnotisée par quelques chefs de file, il devient impossible de savoir à quel musulman se fier, puisque chacun est au pire un intégriste pratiquant la langue de bois ou au mieux, une grenade au repos qui n’attend que d’être dégoupillée par ces mêmes intégristes.

Les musulmans embrigadés dans des lieux obscurs

Elle développe particulièrement cette idée dans le chapitre 5, qu’elle ouvre sur une citation tirée du livre de Johan Bourlard, Le Jihâd (p. 75):

Enfin, quelles que soient les idées émises par les uns et les autres au sujet de l’islam, il y aura toujours deux problèmes auxquels le monde musulman sera confronté: l’absence d’autorité centralisée – du moins dans le monde sunnite – et le double langage pratiqué par les adeptes d’une islamisation lente mais certaine des sociétés et des consciences masquées par des discours d’adhésion aux valeurs de la modernité.»

 

Si l’absence d’autorité centralisée n’est, à priori, pas forcément un sujet de préoccupation (la plupart des religions ayant connu une large diffusion dans le monde ne connaissent pas d’autorité centralisée….c’est tout particulièrement le cas du protestantisme), la question du double langage pratiqué par les intégristes constitue une problématique avérée. On reprend donc un peu espoir en se disant que Mme Vallette semble se décider à aborder, enfin, un élément vraiment pertinent pour la compréhension de ces mouvements islamistes.

Malheureusement, elle est très loin d’égaler le travail d’enquête et de déchiffrage déjà réalisé par Caroline Fourest ( Tirs croisés, 2003, Frère Tariq, 2004, La tentation obscurantiste, 2005), qu’elle cite pourtant à deux reprises, mais pas dans ce chapitre. D’ailleurs, j’ai remarqué que plusieurs éléments qu’elle amène à charge sont probablement inspirés des ouvrages de la journaliste indépendante française. De fait, non seulement, Mme Vallette ne propose rien de vraiment nouveau, mais en plus, son manque de rigueur habituel fait qu’en plus des assertions non-sourcées ou référencées de manière incomplète, elle a aussi tendance à sauter du coq à l’âne et à tomber dans la confusion.

Ainsi, elle nous affirme sans aucune référence que [la] pensée qui vise à réduire les cultures nationales au profit de la communauté musulmane du monde, l’Oumma, jouit d’une fortune croissante (p. 75). Qu’est-ce à dire? On n’en saura pas plus. Mais, la preuve noire sur blanc arrive quelques pages plus tard, quand elle nous annonce qu’un congrès de la Ligue des musulmans de Suisse en 2004, auquel étaient invitées des stars de l’islamisme international, n’a attiré que 600 personnes, essentiellement des familles, alors qu’elle en espérait au moins 2000 (p. 78)! Ooops! I did it again, comme disait l’autre! De fait, malgré ses énumérations d’associations, souvent minuscules, et de personnalités intégristes résidant en Suisse ou seulement de passage, elle n’arrive pas vraiment à prouver de manière convaincante en quoi celles-ci auraient une influence conséquente et concrète sur la vie des musulmans en Suisse. Même la référence à un rapport sur les dangers de l’extrémisme en Suisse, commandité par la Confédération, ne rend pas sa thèse plus convaincante. Et pour cause! Elle charcute littéralement le texte en question, le dénaturant complètement (pp. 96-97) (comme je le montre dans ce billet).

Par ailleurs, comme relevé tout au début de cette recension, Mme Vallette ne ménage pas non plus tous ceux qui montrent la moindre faiblesse envers les islamistes. Si l’on peut effectivement comprendre certaines de ses critiques vis-à-vis d’une certaine extrême-gauche anti-impérialiste, qui a tendance à voir en chaque musulman une victime potentielle ou avérée de la domination occidentale, il se trouve qu’elle a un peu trop tendance à les amalgamer avec d’autres courants, véritablement laïcs, qui ne partagent pas sa paranoïa vis-à-vis des musulmans et refusent de transformer la laïcité en bélier anti-musulman (p. 110).

Ce courant entraîne une spirale d’intolérance qui s’exprime aussi parmi les défenseurs de la laïcité. Combien de bonnes âmes sont-elles prêtes à se jeter sur le moindre crucifix laissé dans l’espace public afin de prouver qu’elles ne privilégient aucune religion, et surtout pas la leur?

Or, la réalité est toute autre. Si les laïcs se jetaient sur le moindre crucifix dans l’espace public, ils se transformeraient en laïcistes et partiraient en guerre contre chaque église! Il s’agit, bien évidemment, du combat contre les crucifix dans les classes d’écoles publiques! Et ce combat remonte bien au début du 20ème siècle. Il n’a donc rien à voir avec l’islam en Europe! Simplement, les mêmes qui passent leur temps à vitupérer contre la présence de cette religion dans nos pays sont généralement les premiers à hurler au déni de culture et de patrimoine quand il est demandé de conserver la neutralité religieuse des écoles publiques ou de toute autre institution étatique. C’est ainsi que l’UDC, par exemple, qui prétend se battre contre l’inflitration islamique dans les institutions et la société suisses, est le même parti qui refuse le principe de la laïcité, s’il s’agit de retirer des crucifix des salles de classe d’écoles publiques! La réalité est celle d’un Kulturkampf mené par des partis de la droite identitaire et ses alliés religieux, pas d’une défense de la démocratie! Et cela, elle semble l’oublier aussi.

Pas touche à l’islamisme! Vraiment?

Cette accusation à l’égard des défenseurs de la laïcité est intégrée dans son autre grande thèse, à savoir qu’il serait impossible de critiquer l’islamisme ou quoi que ce soit lié à l’islam en Europe sans risquer de se faire accuser d’islamophobie. La citation d’Ayaan Hirsi Ali, qu’elle propose en chapeau du chapitre 7, parle même carrément d’un tabou (p. 111):

La critique de l’islam est un tabou inscrit au cœur même de la religion. Mais que les sociétés européennes, héritières des Lumières, s’imposent à elles-mêmes ce tabou, voilà qui est totalement nouveau. Et stupéfiant !

Tellement tabou d’ailleurs que l’on n’entendrait jamais un seul musulman dénoncer les actes terroristes perpétrés en leur nom par des fanatiques. Vous en voulez une preuve? Et bien, c’est simple, [l]e spécialiste français Antoine Basbous, qui s’est déplacé dans divers pays musulmans, […] [n’a] pas rencontré un seul Arabe, tous milieux confondus, qui ait condamné sans réserves les attentats du 11 septembre. (p. 117). Si c’est l’expert ayant voyagé dans tout le monde arabe qui vous le dit, y a pas à en douter! Tant pis si on tombe en plein dans l’argument d’autorité le plus grossier. Qu’il ait étudié le monde arabe en long et en large ne signifie pas qu’il a rencontré chaque Arabe et que l’on puisse donc déduire de ce « constat » qu’aucun Arabe musulman n’a jamais dénoncé, en privé ou en public, ces exactions.

En revanche, les musulmans, notamment les intégristes, auraient toute largeur pour attaquer ceux qui osent malgré tout émettre des critiques envers cette religion ou ses dérives fanatiques (p. 122):

Dans tout l’Occident, la liberté d’expression se réduit sans cesse à propos de l’islam, alors que les musulmans intégristes bénéficient de toutes les plates-formes médiatiques possibles pour développer leurs thèses perverses.

Ils seraient même soutenus par des milieux politiques européens complaisants, prêts à leur passer n’importe quoi, alors qu’ils réagissent au quart de tour lorsque des « chrétiens » font preuve d’intolérance ou expriment des opinions réactionnaires (p. 123):

Ils peuvent même professer des rejets sectaires sans susciter la moindre réaction. Mais lorsqu’un Italien, député chrétien et futur membre de la Commission européenne déclare: « L’homosexualité est un péché», il provoque des réactions scandalisées dans l’ensemble des milieux politiques européens, de la droite modérée à l’extrême gauche, qui protestent avec véhémence contre cette intolérance.

C’est ainsi que [l’]autocensure [tournerait] à plein régime (p. 123). Enfin, sauf dans le cas de Mireille Vallette, sans peur et sans reproche, naturellement! Or, elle ne semble pas vraiment risquer grand-chose. En effet, à ma connaissance, elle n’a jamais été menacée par qui que ce soit et le pire qui lui soit arrivée, jusqu’à maintenant, c’est de se faire contredire à la radio ou dans la presse écrite!

L’ONU: un des derniers bastions des valeurs occidentales sur le point de tomber?

Les islamistes ne tenteraient pas uniquement d’imposer leurs valeurs au niveau national, mais aussi sur la scène internationale, en agissant de manière concertée dans l’une de ses principales institutions: l’ONU. Les pays islamiques auraient ainsi pris la tête d’une grande conspiration mondiale pour abattre la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (p. 126):

Le socle des droits de l’homme sur lequel l’ONU a été bâtie s’affaisse sous les coups de boutoir des totalitarismes réunis, pays islamiques en tête.

Le Conseil des Droits de l’Homme serait ainsi devenue la principale arène du combat entre la lumière (les USA et Israël) et le côté obscur de la force (les pays musulmans). Elle s’en prend tout particulièrement à Doudou Diène, alors Rapporteur spécial des Droits de l’Homme, accusé d’être un des poissons-pilotes chargés de faire avancer la cause de l’islam conquérant (p. 129). Malheureusement, son obsession de l’islam lui met des œillères qui l’empêchent de voir et de prendre suffisamment en compte d’autres acteurs alliés aux tendances musulmanes réactionnaires effectivement assez bien représentées dans les enceintes onusiennes. Je pense notamment aux chrétiens fondamentalistes et à certains mouvements juifs ultra-orthodoxes, qui ont eux aussi accès aux travées de l’ONU, que ce soit par le biais de l’accréditation pour des ONG représentant ces courants, ou par celui de représentants de pays-membres, notamment du côté des Africains et de l’Amérique latine!

Caroline Fourest, dans son opus Tirs croisés, décrit assez bien comment ces acteurs travaillent main dans la main pour faire capoter les initiatives concernant l’avancement des droits de la femme, des LGBT et des enfants, sans compter leur obsession du blasphème. De fait, si dans leurs esprits, les adeptes d’autres religions sont à priori des ennemis, cela n’empêche pas les extrémistes chrétiens, musulmans et juifs de s’unir contre leurs ennemis communs: les laïcs et les démocrates qui refusent de voir les lois divines prévaloir sur les lois des hommes. Il s’avère ainsi que l’approche de la journaliste française, qui constate un conflit entre « théocrates » et « laïcs », pour faire simple, permet de bien mieux expliquer ce qui se passe à l’ONU que celle postulant un « clash des civilisations » entre le monde judéo-chrétien et les Arabo-musulmans.

La Suisse, première (ou dernière) ligne de résistance à l’islam conquérant?

Face à ces démissions politiques coupables devant l’avancée des islamistes, les Suisses tiendraient bon encore et toujours, jusqu’à représenter une sorte de village gaulois résistant à l’envahisseur. C’est en tout cas à cela que fait penser les éloges de Mme Vallette pour l’initiative UDC contre la construction de nouveaux minarets. En effet, pour elle, les minarets sont un symbole de l’islam politique conquérant. D’où tire-t-elle une telle analyse? On ne le sait pas vraiment, mais pour elle, c’est une certitude:

Beaucoup d’opposants aux minarets ont peu d’intérêt pour l’architecture. Ils estiment en revanche que la démocratie et les droits des femmes méritent de traiter cette revendication pour ce qu’elle est: une nouvelle offensive de l’islam politique et une occasion de plus de se poser en victime de l’islamophobie helvète.

Sauf qu’on a un peu du mal à imaginer l’UDC et ses partisans afficher une soudaine fibre féministe et laïque! Après tout, les mêmes n’ont eu de cesse de s’opposer presque systématiquement à tous les projets de lois visant à améliorer l’égalité entre hommes et femmes et faciliter l’émancipation féminine ou à renforcer la laïcité dès lors qu’il s’agit d’empêcher l’entrisme du christianisme intégriste dans les institutions étatiques. Et, tout d’un coup, ils s’en soucieraient?

Et je dois avouer qu’au cours des multiples débats en ligne que j’ai eus avec des partisans de cette initiative, aucun n’a jamais été capable de me dire en quoi ce texte avait un quelconque lien avec la préservation des droits de la femme en Suisse, ni même en quoi il permettrait de freiner l’avancée d’un islam politique! Je n’ai eu droit grosso modo qu’à deux types de réponses. La première était une injonction à quitter la Suisse pour aller vivre en Arabie Saoudite, histoire que je puisse aller constater de visu si c’est mieux là-bas qu’ici. L’autre était que ce vote enverrait un message d’avertissement aux musulmans de Suisse! Quand je leur demandais ce que ces derniers étaient censés comprendre de ce message, j’avais alors droit à toutes sortes d’exemples d’horreurs se déroulant en Arabie Saoudite, au Yémen, en Algérie ou au Pakistan….alors que 95% des musulmans établis en Suisse viennent des Balkans et de Turquie….Mais, apparemment, pour eux (comme pour Mme Vallette), le fait qu’ils soient musulmans signifiait forcément qu’ils partagent la même mentalité, les mêmes pratiques et dogmes religieux que les musulmans du monde arabe ou d’Asie Centrale! Du coup, dans ce contexte-là, le « signal d’avertissement » résonnait plus comme un blâme collectif par procuration et une occsation de se défouler un bon coup sur des populations trop peu et mal organisées pour défendre leur image dans l’espace public.

Mais, tout cela ne pose aucun problème à Mme Vallette. Non, ce qui la stupéfie, c’est la capacité des intégristes à utiliser ce genre de situations à leur avantage (p. 136):

Les minarets illustrent la capacité des intégristes à faire de l’adversité un atout supplémentaire. Il est probable que les premières associations suisses à réclamer cet appendice ne voulaient qu’une décoration leur rappelant un symbole architectural de l’islam. La fronde qui s’est levée a suscité davantage: la mutation d’une anecdote en un nouvel élément de l’avancée réactionnaire de l’islam.

Ou quand elle affirme, sans vraiment le réaliser, que les gens qu’elle soutient représentent les meilleurs alliés de l’islamisme militant! Tout ça….pour ça! Ainsi, elle exprime noir sur blanc ce que nombre d’opposants à cette initiative répétaient: les quelques demandes pour la construction de minarets n’étaient en rien motivées par un quelconque « islam politique » ou rigoriste ou même la volonté de se montrer conquérant. Mais, en en inventant un problème pressant et une menace pour la démocratie, l’UDC a simplement servi la soupe aux islamistes avec une louche en argent! Si ce vote n’avait pas un potentiel aussi délétère, ce serait du plus haut comique!

Les études sur les populations musulmanes de Suisse? Inexistantes ou forcément politiquement correctes!

C’est probablement dans son chapitre sur la majorité silencieuse (des musulmans) que Mireille Vallette fait preuve de la plus grande inconstance et ambiguïté. En effet, après avoir passé une bonne partie de son livre à nous seriner que l’islamisation rampante de l’Europe et de la Suisse avance à grands pas et que les extrémistes ont une influence avérée sur le reste des musulmans dans nos pays, voilà qu’elle nous annonce qu’elle ne saurait trancher sur la position réelle de ces populations vis-à-vis de la pensée intégriste (p. 142).

La grande majorité musulmane, celle qui ne s’exprime pas, partage-t-elle les idées intégristes ? Quelle est leur audience auprès d’elle ? La question est récurrente. La tendance à considérer que cette majorité est plutôt semblable à la majorité non musulmane de Suisse est aussi répandue que la conviction qu’elle partage la vision des guides spirituels qui nous occupent. On ne tranchera pas. Mais quelques considérations de bon sens s’imposent.

Et selon elle, on ne risque pas de trancher la question puisqu’elle nous assène, quelques paragraphes plus bas, qu’il n’y aura probablement pas la moindre étude sur le sujet, parce que cela serait jugé islamophobe (p. 142):

La question est donc de savoir dans quelle mesure les musulmans résistent et résisteront à ce courant. Pour l’heure, la connaissance de cette influence en est à ses balbutiements et elle risque de le rester longtemps encore, puisque toute étude sur la question serait taxée ipso facto d’islamophobe.

Sur quoi se fonde-t-elle pour affirmer cela? On ne le saura naturellement pas. Mais, bonne âme, elle va quand même accorder un brin d’attention aux travaux du GRIS (Groupe de Recherche sur l’Islam en Suisse). Mais, cela ne veut pas dire qu’elle va vraiment consulter la littérature du groupe. Non, un rapide tour sur son site Web, le survol d’un article publié dans une revue spécialisée et la consultation d’articles de presse relatant les activités de l’équipe lui suffisent apparemment largement pour juger de ces recherches. C’est ainsi que la plupart de ses critiques se réduisent à des affirmations lapidaires et complètement gratuites, généralement sans aucune citation, ni exemple concret (p. 143):

Les membres du GRIS ont des convictions bien ancrées: ils répètent à l’envi que les musulmans de Suisse forment une mosaïque très diversifiée et qu’aucune généralisation sur leurs convictions et pratiques n’est possible. Pourtant, les mêmes rappellent, lorsque l’argument les sert, que près de 90 % de ces musulmans sont « Européens» – si proches de notre culture –, car venant de deux origines seulement: l’ex-Yougoslavie et la Turquie (déjà incluse en Europe par les chercheurs).

Le GRIS nous affirme tout aussi assidûment que l’écrasante majorité des musulmans est très modérée et en route pour une harmonieuse intégration. Les Suisses sont invités à favoriser cette dernière en acceptant leurs revendications, et voués à l’islamophobie (thème de leur premier colloque) s’ils s’y opposent. Combattre l’islamophobie est d’ailleurs un des objectifs majeurs du GRIS. Il étudie avec minutie les problèmes que l’hostilité des Suisses pose à ces musulmans, il ignore en revanche les problèmes que la frange réactionnaire de ces musulmans.

En quoi est-il faux ou erroné d’expliquer que les musulmans de Suisse constituent une population diverse? Où le GRIS demande-t-il que les Suisses acceptent toutes les revendications des musulmans sous peine de se faire taxer d’islamophobie? On ne le saura pas. On est simplement censée la croire sur parole.

Heureusement, pour contrer cet horrible politiquement correct académique, il reste, mais oui, mais oui, encore et toujours, la presse généraliste! C’est ainsi qu’elle a déniché un article de L’Hebdo qui lui semble bien plus sérieux que les recherches du GRIS, puisqu’il confirme (ou semble confirmer) sa thèse de l’influence avérée des extrémistes sur les musulmans (p. 147):

Loin des propos tendancieux de nos universitaires, L’Hebdo a voulu savoir, par le biais d’un sondage, ce que pensent les musulmans de Suisse des convictions et comportements liés à l’islam intégriste. Les résultats ont paru en décembre 2004. (2) Les réponses réfutent quelques leitmotivs qu’on avait cru fondés et que répètent notamment les chercheurs du GRIS. L’une de ces fables veut que seuls 10 à 15 % des musulmans présents en Suisse sont pratiquants. Dans le sondage, ils sont plus de 60 % à se dire « très ou assez pratiquants». Ce taux n’est pas différent parmi les croyants balkaniques dont on nous assurait que leur dévotion frôlait le zéro.

Mais, même l’article de l’Hebdo ne trouve pas une grâce complète à ses yeux. Sa critique à l’égard des conclusions que le magazine tire de ce sondage révèle toute l’étendue de son refus opiniâtre de tout élément qui pourrait lui causer la moindre dissonance cognitive. Ainsi, là où les auteurs du sondage voient une bonne raison d’être rassuré, pour elle, ce n’est qu’à condition que la dynamique [aille] dans le sens de l’ouverture. Cependant, elle estime que c’est l’inverse qui se produit, tant en Suisse qu’en Europe et dans le monde (p. 148). Sur quoi se base-t-elle pour affirmer cela? Très simple. Dans notre pays, un seul mouvement musulman s’affirme ouvertement partisan de notre système politique et de nos valeurs, le Forum suisse pour un islam progressiste, basé à Zurich. Il ne compte qu’une centaine de membres. CQFD! On retombe aussi sec sur sa thèse de départ: seule une infime minorité de musulmans est capable de remettre en cause les « Saintes Écritures » et donc de se conformer aux valeurs de notre société. Les autres se laissent forcément manipuler puisqu’ils ne manifestent publiquement aucune protestation contre le fanatisme.

En tous cas, le moins que l’on puisse dire est que, pour Mme Vallette, la question de l’influence des intégristes sur les masses musulmanes en Europe est tout à fait clairement tranchée.

Toute à la fin de ce chapitre, elle opère une transition assez inattendue et étrange. De la question de l’intégration des musulmans, elle passe soudainement à celle….des étrangers en général, quelle que soit leur religion! On a alors droit à une espèce de sermon sur l’inefficacité des tentatives visant à cacher aux citoyens la difficulté d’intégrer des populations venant de cultures très différentes (qui inclut même la culture portugaise!) de celle qui prévaut en Suisse. Que vient faire cette discussion qui atterrit en bout de course presque comme un cheveux sur la soupe? On ne le comprend pas vraiment.

En conclusion: un livre qui fait du sur-place

Ce n’est pas la conclusion de l’ouvrage qui apportera un éclaircissement, parce que Mme Vallette se contente d’y ressasser encore et encore ces deux principales thèses:

  1. Les masses musulmanes silencieuses se font manipuler par la minorité extrémiste.
  2. Il n’est plus possible de les critiquer sans se faire taxer d’islamophobie par les intégristes et leurs acolytes de la gauche laïciste.

En fait, au lieu de synthétiser son cheminement et de résumer le trajet parcouru depuis le début de son livre, comme il se doit dan une conclusion, elle continue sur sa lancée, ajoutant des exemples tirés de faits divers pris en vrac ça et là. Comme si le simple empilement d’anecdotes, sélectionnées uniquement pour leur capacité à illustrer l’opinion de Mme Vallette, pouvait tenir lieu de démonstration. Et naturellement, ce n’est pas à ce stade qu’elle corrige ses mauvaises habitudes.

Le bilan de cet ouvrage est donc plutôt maigre. On se dit même: Tout ça, pour ça. Mais, pouvait-on vraiment s’attendre à autre chose vue la méthode de l’auteur consistant essentiellement à rechercher dans la presse écrite et dans quelques textes plus spécialisés des confirmations à ses idées préconçues? Même si elle n’arrive pas à complètement ignorer des faits qui la contredisent, elle évite de justesse la dissonance cognitive en ayant recours à toutes sortes de biais et de stratagèmes discursifs, comme la délégitimation de telle ou telle source, la minimisation de tel ou tel événement ou élément venant nuancer ou contredire sa pensée, quand elle ne se trompe pas carrément, prenant ses cauchemares pour la réalité. Ce dernier cas de figure se manifeste dans sa manière parfois incroyablement biaisée de lire ses sources, qu’elle référence souvent mal ou pas du tout.

Il me semble que l’on peut juger cet ouvrage un peu comme les scientifiques jugent l’œuvre de Freud: tout ce qui est valable dans ses thèses viennent d’autres courants de pensée et chercheurs, et tout ce qui vient de lui ne tient pas la route. Il en va de même pour ce livre de Mireille Vallette: les quelques éléments d’analyse qui reflètent vraiment la réalité ne viennent pas d’elles, et ses propres apports personnels, qui constituent le gros de cette prose, ne résistent pas deux minutes à un examen même superficiel. On en en apprend donc moins sur l’état d’esprit des musulmans de Suisse ou même des citoyens non-musulmans que sur celui de Mireille Vallette et, honnêtement, il n’est ni stimulant, ni engageant. Là où Me Poncet voit du Socrates, du Descartes ou du Galilée, je vois tout simplement une pensée ankylosée et circulaire, et, à mon avis, ces grands penseurs se sentiraient légèrement insultés d’être ainsi associés à ce genre prose, s’ils étaient encore vivants!

C’est ainsi qu’il n’est en fait pas très utile de lire ce livre pour savoir ce qu’il contient. On peut se contenter du premier chapitre. Le reste n’est rien d’autre qu’une accumulation d’exemples anecdotiques, dont l’importance est souvent vastement exagérée, servant à alimenter une analyse qui tourne en rond et ne fait que ressasser les convictions de son auteur. Elle s’échine ainsi à désespérément chercher des points d’ancrage dans la réalité pour une vision de l’esprit, conçue hors-sol et en grande partie déconnectée des faits. En d’autres termes, il n’y a aucune progression dans son raisonnement. Elle fait simplement du sur-place. Ce qui est vite ennuyeux et lassant.


Genre: pamphlet
Thèmes: démocratie, féminisme, intégrisme musulman, islam, islam politique, islamisme, islamophobie, suisse

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

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