Dider Raoult, le génie de la chloroquine qui sauvera le monde du COVID-19

Alors que la pandémie de covid-19 fait rage, le microbiologiste Didier Raoult propose un remède. Trump est convaincu, mais les recherches de Raoult sont-elles fiables, dans ce cas-ci et en général?


Note préliminaire

Ceci est une traduction de l’excellent article, sur les méthodes on ne peut particulières du prof. Didier Raoult, directeur de l’IHU de Marseilles. Je trouvais qu’il donnait un bon aperçu des raisons qui font que beaucoup de monde (moi y compris) doute de ses allégations sur la chloroquine. C’est assez long, mais je vous assure que c’est vraiment instructif.

N’hésitez pas non plus à explorer le blog Better Science de Leonid Schneider, journaliste scientifique indépendant allemand, qui m’a donné l’autorisation de republier son texte traduit.

Je tiens aussi à remercier Marc Robinson-Rechavi et Yann Duroc pour leur relecture attentive de cette traduction et leurs précieux conseils sur les termes techniques.


La pandémie du COVID-19 est sur le point d’être stoppée nette dans son élan par un “génie” français, avec un passé de publication de données manipulées. Le charismatique Didier #Raoult1, directeur de l’Unité de recherche sur les maladies infectieuses et tropicales émergentes (URMITE) à Marseilles, a trouvé un remède : la modeste chloroquine, une substance bon marché et non-brevetée, utilisée pour traiter la malaria ainsi que des pathologies auto-immunes telles que le lupus et l’arthrite rhumatoïde. Jusqu’à ce jour, cette substance n’a jamais montré d’efficacité dans les thérapies antivirales testées, mais cela n’a pas empêché le Dr. Raoult de décider que la chloroquine peut guérir les infections au coronavirus, en dépit de sérieux effets secondaires. Pour le prouver, il a traité 26 patients de son institut avec le dérivé hydroxy-chloroquine, seul ou combiné avec l’azithromycine, un antibiotique (c’est-à-dire, avec une action antibactérienne.) L’essai clinique n’a pas été mené de manière aléatoire [randomized, NDT], n’a reçu une autorisation du comité d’éthique qu’après son lancement et  n’a pas été vraiment contrôlé : 16 des patients du groupe contrôle ont été pris en charge dans des cliniques différentes.

Après quelques ajustements (patients retirés, données extrapolées), une pré-publication a été publiée en même temps qu’un article relu par les pairs, dans une revue que Raoult contrôle essentiellement en personne. Ensuite, un avocat, avec qui Raoult a établi un partenariat2, a présenté le remède miracle sur Fox News, qui est la chaîne que le président des USA, Donald Trump, regarde toute la journée pour s’informer. Par la suite, Trump a twitté ceci:

Un chaos s’en est suivi. À travers le monde, des gens se sont précipités sur les pharmacies et les magasins pour animaux à la recherche de chloroquine. Certains se sont tués avec des produits de nettoyage d’aquarium (à base de chloroquine, ndt)3, l’Inde a interdit l’exportation de chloroquine4, tandis que le gouvernement français a décidé de déployer la chloroquine comme traitement du COVID-195. Tout cela sur la foi d’un tweet de Trump, lui-même fondé sur la promotion de l’étude de Raoult par Fox News.

Philippe GAUTRET , Jean Christophe LAGIER , Philippe PAROLA , Van Thuan HOANG , Line MEDDED , Morgan MAILHE , Barbara DOUDIER , Johan COURJON , Valerie GIORDANENGO , Vera ESTEVES VIEIRA , Herve TISSOT DUPONT , Stephane HONORE , Philippe COLSON , Eric CHABRIERE , Bernard LA SCOLA , Jean Marc ROLAIN , Philippe BROUQUI , Didier RAOULT Hydroxychloroquine and Azithromycin as a treatment of COVID-19: preliminary results of an open-label non-randomized clinical trial medRxiv (2020)  doi: 10.1101/2020.03.16.20037135 and International Journal of Antimicrobial Agents (2020) doi: 10.1016/j.ijantimicag.2020.105949

Tout cela contrevient aux règles d’un essai clinique correct. Mais, le professeur Raoult n’est pas un grand fan des études contrôlées aléatoires, ainsi que le montre un utilisateur de PubPeer qui a traduit un de ses interviews6.

Je n’ai jamais fait d’essai randomisés […] L’effet de truc
randomisé, ça a peut-être de l’effet sur les gens ayant eu un infarctus
du myocarde, mais en faire avec des maladies infectieuses, ça ne rime à
rien.

Comme l’a indiqué Elisabeth Bik7, cette étude a été relue par des pairs en moins de 24 heures. Que le rédacteur-en-chef de cette revue soit Jean-Marc Rolain8, à la fois un co-auteur du papier et un subordonné de Raoult à l’IHU, n’y est probablement pas étranger. Bik a aussi listé d’autres problèmes avec ce travail, comme celui-ci:

En fait, les auteurs n’ont jamais montré les résultats du jour 14 non plus. Ils ont également refusé de partager leur données secondaires finales9, soit “l’efficacité clinique du traitement au moment de l’apyrexie, de la normalisation de la fréquence respiratoire, la durée moyenne du séjour hospitalier et le taux de mortalité”. En gros, personne n’a à savoir si la thérapie a eu un quelconque bénéfice clinique pour les patients.

Il est à noter que les patients du groupe contrôle était beaucoup plus jeunes que ceux du groupe traité. Ce qui est assez pratique, parce que le COVID-19 n’est généralement pas dangereux pour les jeunes personnes. L’âge moyen du groupe contrôle était de 37 ans, celui du groupe traité à l’hydroxy-chloroquine était de 53 ans. De plus, comme Bik le fait remarquer:

Les patients traités à l’hydroxy-chloroquine se trouvaient tous à Marseilles, tandis que les patients du groupe contrôle étaient hospitalisés soit à Marseilles, soit dans d’autres centres hospitaliers.

En février 2020, Raoult expliquait que le COVID-19 n’est statistiquement pas plus mortel que les accidents de trottinettes.

Mais, même alors, d’autres manipulations semblaient encore nécessaires. La charge virale des patients du groupe contrôle a été analysée par RT-PCR quantitative et de manière peu rigoureuse comme l’explique Bik10:

Il est à noter particulièrement que les patients 6 et 8-16 du groupe contrôle n’ont pas subi les mêmes analyses. Leur PCR du jour 0 n’ont pas été exprimé en valeur CT (le nombre de cycles au-delà duquel la PCR devient positive, plus le nombre est bas, plus le virus est présent), mais en indiquant ‘résultat positif / négatif’, ce qui suggère qu’un test différent a été utilisé. […] Plusieurs patients du groupe témoin n’ont même pas de résultats PCR au jour 6, ce qui fait qu’on ne sait pas comment ils ont été comptés dans les résultats du jour 6.

Table S1
Table supplémentaire 1 (Table S1) de Gautret et al., les cadres de couleurs ayant été ajoutés par Elisabeth Bik.

Certains patients du groupe témoin n’ont été testés que tous les deux jours, parfois supposés positifs après coup, d’autres n’ont pas été testés du tout au jour 0, comme l’a remarqué un commentaire sur PubPeer11. Ensuite, les auteurs ont simplement changé les résultats du groupe témoin de patients entre le papier “en cours d’impression” et la version finale, comme l’a observé un autre lecteur de PubPeer12:

En cours d’impression au 17 mars 2020:

Au 20 mars, “On dirait que tous les ND (Pas de PCR) dans le tableau ont été remplacés par des POS (patients non-traités)

Un autre utilisateur de PubPeer a refait les analyses, parce qu’un “nombre important de patients non-traités n’ont pas été testés par PCR (ND)”13. Une fois que les résultats des ND ont été ignorés, il n’y avait plus de différence significative entre les patients du groupe témoin et ceux qui ont été traités à la chloroquine.

Non seulement il a fallu ajuster les résultats du groupe contrôle, mais 6 patients ont mystérieusement disparu du groupe traité, comme l’a indiqué Bik:

Bien que l’étude ait débuté avec 26 patients dans les groupe HQ (Hydroxy-Chloroquine, NDT) et HQ+AZ (Hydroxy-chloroquine + Azithromycine, NDT), seules les données de 20 patients sont fournies, parce que tous les patients ne sont pas restés jusqu’au bout de l’essai de 6 jours. Les données pour ces 20 patients semblent particulièrement belles; en particulier, les patients qui ont reçu le double traitement ont guéri très rapidement.

Qu’est-il arrivé aux 6 autres patients du groupe traité? Pourquoi ont-ils abandonné l’essai en cours de route? Trois d’entre eux ont été transférés aux soins intensifs (probablement parce que leur état s’est encore aggravé) et un est mort. Les deux autres patients se sentaient soit trop nauséeux pour continuer, soit on arrêté le traitement, soit ont quitté l’hôpital […]. Donc 4 des 26 patients n’étaient pas du tout en train de guérir.

Il semble donc que les auteurs aient simplement retiré les patients gênants de leur analyse avant de publier leur étude. Ils ont cependant laissé leur précédente évaluation en ligne 14. Celle-ci montre des résultats légèrement différents. Comparez ici le point du jour 6:

PCR résultats au jour 6
Présentation PowerPoint sur le site de l’institut.

Et maintenant, voici qu’un essai clinique correct randomisé et controlé a été réalisé en Chine sur le traitement du COVID-19 avec de la chloroquine. Les auteurs de Chen et al. 2020 rapportent 15:

Un des patients du groupe HCQ (Hydroxy-chloroquine, NDT) a vu son état de santé se déteriorer sévèrement au cours du traitement. Au 7è jour, l’acide nucléique du COVID-19 était négatif dans les prélèvements de la gorge chez 13 patients (86.7%) du groupe HCQ et chez 14 (93.3%) des patients du groupe contrôle (P>0.05).La durée moyenne de l’hospitalisation jusqu’à ce que la conservation de l’acide nucléique soit négative a été de 4 jours (1-9) pour le groupe HCQ, ce qui est comparable au groupe contrôle (2 jours (1-4) (U-083.5, P>0.05)). Le temps moyen jusqu’à la normalisation de la température corporelle dans le groupe HCQ a été de 1 jour (0-2) après l’hospitalisation, ce qui est aussi comparable au groupe contrôle (1 (0-3)).La progression radiologique a été montrée sur les images CT chez 5 patients (33.3%) du groupe HCQ et chez 7 patients (46.7%) dans le groupe contrôle, et tous les patients ont montré des signes d’amélioration après les examens de suivi. Quatre patients (26.7%) du groupe HCQ et 3 patients (20%) du groupe contrôle ont eu des diarrhées ou des problèmes rénaux passagers.

Professeur Didier Raoult

Mais, et si Raoult avait raison et que son traitement marchait???

Je vous entends déjà me poser cette question. Après tout, Raoult est une star de la recherche française: Il publie un nouvel article “près de chaque jour ouvré”, grâce aux 800 employés qui travaillent sous ses ordres, comme un billet de blog le mentionne16, et il est si important qu’il a nommé deux espèces de bactéries d’après lui-même: Raoultella planicola et Rickettsia raoulti.

Eh bien, Elisabeth Bik a trouvé quelques exemples très graves de falsification de données dans un article co-écrit par Raoult datant d’il y a 15 ans.

Florence Fenollar , Stéphane Sire , Nathalie Wilhelm , Didier Raoult Bartonella vinsonii subsp. arupensis as an agent of blood culture-negative endocarditis in a human Journal of Clinical Microbiology (2005)
doi: 10.1128/jcm.43.2.945-947.2005

Les gels sont de toute évidence faux ou falsifiés à l’aide de photoshop. Dans au moins un cas, une des bandes dans le gel a été effacé de manière numérique. Et là, un Raoult plus jeune a co-écrit un papier de l’UMRITE Marseilles et ce n’est pas vraiment mieux.

Miguel A. De La Cruz , Weidong Zhao , Carine Farenc , Grégory Gimenez , Didier Raoult , Christian Cambillau , Jean-Pierre Gorvel , Stéphane Méress A toxin-antitoxin module of Salmonella promotes virulence in mice PLoS Pathogens (2013) doi: 10.1371/journal.ppat.1003827

Une ligne de gel a été recopiée trois fois, tandis que les flèches indiquent d’autres manipulations d’image dans cette figure. Le dernier auteur, Stéphane Méresse, ne semble pas nier  que l’image ait été manipulée.

Cette image n’aurait jamais dû être publiée et nous présentons nos excuses pour cette faute. Ci-dessous, deux expériences similaires qui mènent au même résultat

Attrapé en pleine manipulation de données? Remplacez les avec autre chose, sans impact sur leurs conclusions. Aussi facile que de retirer des patients de l’analyse ou de deviner les résultats de PCR. La culture de la recherche à l’UMRITE a également produit cette beauté, également co-signée par Raoult.

Aurélien Fotso Fotso , Oleg Mediannikov , Didier Raoult , Claude Nappez , Michel Drancourt , Michel Azza Monoclonal Antibodies for the Diagnosis of Borrelia crocidurae American Journal of Tropical Medicine and Hygiene (2016) doi: 10.4269/ajtmh.15-0436

Voilà une magnifique falsification. Des bactéries fractales, comme l’a commenté quelqu’un sur Twitter. Bik a aussi découvert celle-ci, un collage de mircoscopie co-signé par Raoult, il y a 19 ans.

S Meconi , C Capo , M Remacle-Bonnet , G Pommier , D Raoult , J L Meg Activation of protein tyrosine kinases by Coxiella burnetii: role in actin cytoskeleton reorganization and bacterial phagocytosis Infection and Immunity (2001) doi: 10.1128/iai.69.4.2520-2526.2001

Les flèches montrent que les cellules ont été collées par manipulation numérique. La découverte de ces fraudes publiées par Raoult n’est, il se trouve, pas une grande surprise.

Plus récemment, le laboratoire de Raoult a légèrement obscurci une image en 3D d’un Western blot et l’a ré-utilisée pour une autre bactérie. Personne n’a rien dit.

Cadres rouges: la vignettes R (R.conorii Serum IFA-negative sur un
protéome 2D de R. conorii) et la vignette E (R. africae serum
IFA-negative sur R. africae – protéome 2D) semblent très similaires”

Ma Kowalczewska, A N’Djatchi , C Nappez , S Alwassouf, P Decloquement, N Armstrong, K El Karkouri, S Edouard, D Raoult Identification of rickettsial immunoreactive proteins using a proximity ligation assay Western blotting and the traditional immunoproteomic approach Comparative Immunology Microbiology and Infectious Diseases (2018) doi: 10.1016/j.cimid.2018.06.004

En 2012, le magazine Science a publié un article sur les exploits scientifiques de Raoult, dans lequel étaient nichés, au milieu des louanges, des descriptions de ses méthodes brutales et de son manque d’intégrité scientifique basique17. Quelques citations:

Cependant, Raoult est aussi connu pour ses inimitiés et son mépris pour ceux qui sont en désaccord avec lui. “Les gens n’aiment pas parler à son sujet, parce qu’il a beaucoup d’influence. Il peut vous rendre la vie très difficile”, raconte un des chercheurs français contactés par Science et qui n’ont accepté de parler de Raoult qu’à la condition de pouvoir rester anonyme. “Peu de ses anciens collègues scientifiques se réjouiraient d’un énième portrait de lui dans les médias”, a écrit dans un email à Science, Jean-Michel Claverie, de l’Université d’Aix-Marseilles, qui a rompu les ponts avec Raoult en 2006, après 5 ans de collaboration.

Et puis:

Mais, certains scientifiques gromellent que les manuscrits qui sortent du laboratoire de Raoult contiennent souvent des erreurs, par exemple, en raison d’un manque de contrôle des séquences génétiques.

En effet, des problèmes au sujet d’une étude sur un modèle de souris pour le typhus a mis son laboratoire dans une situation critique en 2006. Un des relecteurs pour Infection and Immunity, une revue publiée par l’American Society of Microbiology (ASM), a découvert que quatre illustrations dans un des manuscrits en révision étaient identiques à celles du manuscrit original, bien qu’elles étaient supposées décrire différentes expériences.

Dans une lettre à l’ASM, mise à disposition par Raoult, le deuxième auteur, Christian Capo, et le dernier auteur, Jean-Louis Mège, le chef du groupe, ont accepté d’endosser “l’entière responsabilité” du problème, qui n’impliquait, selon eux, que deux illustrations. Dans cette lettre, Capo écrit qu’il a fait une erreur involontaire; Mège écrivit que Capo avait ultérieurement manqué de soumettre le manuscrit révisé aux autres auteurs, qui étaient alors en vacances, avant de le re-soumettre. Mais après avoir consulté son comité éthique, l’ASM a interdit aux 5 auteurs, Raoult inclus,de publier dans ses revues pendant une année. “Nous ne sommes pas entièrement convaincus par les explications fournies”, ont écrit les dirigeants de l’ASM à Mège. “Une représentation inexacte des données….est un affront à la conduite éthique de la recherche scientifique. »

Capo et Mège acceptèrent la décision, mais Raoult écrivit à l’ASM pour lui dire qu’il ne se sentait pas en faute et qu’il s’agissait là d’une “punition collective”, qui était “parfaitement injuste”. Il fit appel de l’interdiction de publier, également au nom de deux autres co-auteurs, mais perdit. Furieux, ils démissionna du conseil de rédaction de deux autres revues de l’ASM, annula son adhésion à l’American Academy of Microbiology, le groupe honorifique de l’ASM, et a interdit aux chercheurs de son labo de soumettre des articles aux revues de l’ASM, dans lesquels il avait publié plus de 230 études. Son nom n’est apparu que dans deux revues de l’ASM depuis lors, les deux publiées en 2010. Pour laver son honneur, Raoult a fait suivre sa correspondance avec l’ASM à des collègues français en 2007, accompagnée d’une lettre dans laquelle il se défend. “Si j’avais été aux USA, je les aurais poursuivi devant les tribunaux”.

Raoult n’a pas apprécié la couverture de son génie par Science. Il a ainsi contraint le magazine à publier un erratum, dans lequel il accuse même de manière totalement erronée, les auteurs de faire de la propagande cachée pour Danone:

CE FUT UN HONNEUR D’AVOIR MON PORTRAIT TIRÉ PAR SCIENCE. Cependant, j’ai été surpris que 20% de l’article soit consacré à l’affaire avec l’American Academy of Microbiology (ASM), dans laquelle j’ai été une victime collatérale d’une sanction collective (il n’y a plus eu de responsabilité collective en France depuis la Seconde Guerre Mondiale). Je n’ai pas dirigé l’étude et je n’ai pas vérifié les dernières versions. La faute de C.Capo se résume à une simple inversion d’image (et non pas quatre, comme affirmé dans le portrait Science). Cette étude a depuis été publiée (1). En janvier 2007, j’ai reçu l’un des plus grands honneurs de l’ASM – la conférence ICAAC – ce qui a permis de lever tous les doutes sur mon intégrité scientifique.

Traiter ses critiques de nazis ou de collabos est une pratique courante dans le monde académique français, surtout quand on se retrouve mis sur la touche pour des manipulations de données. Mais, vous commencez probablement à comprendre que Raoult n’est pas exactement un homme sympathique et qu’il n’est pas prêt à accepter les critiques ou les désaccords. Il a aussi des façons bien à lui d’obtenir les résultats qu’il veut de ses subordonnés.

Ironiquement, Raoult est tellement imbu de lui-même qu’en 2018, il a publié un éditorial pour enseigner à la France….un peu d’intégrité scientifique18. C’était à l’occasion de l’affaire Catherine Jessus, que j’avais moi-même accidentellement causée19.

En 2017, La direction de Raoult a été remise en cause à cause d’un scandal de harcèlement et d’agression sexuelle à l’UMRITE, une affaire impliquant au moins six victimes20, que le directeur avait décrit comme “une histoire d’amour qui a dérapé”21. L’auteur de ces délits a finalement été licencié, mais Raoult n’a pas fait montre d’une gestion exemplaire de cette affaire, bien au contraire. Cet article de MarsActu raconte que Raoult a tenté de dissimuler l’affaire pendant deux ans, tout en tentant de faire virer la victime22:

Pour les syndicalistes de la CGT qui rendaient publique cette sanction lors d’une conférence de presse ce lundi, ces comportements ne sont pas le fruit de la dérive d’une seule personne mais relèvent d’un système mis en place autour de la personnalité du directeur de l’Urmite, Didier Raoult. « Je suis sidérée par le fait que le directeur de l’Urmite ait pu ne pas signaler des faits de harcèlement à sa hiérarchie et à ses tutelles pendant deux ans ». […]« Les supposées victimes et celui qu’elles ont désigné comme leur agresseur ont été installés dans des laboratoires contigus au sein des nouveaux locaux de l’IHU » […]« Nous venons d’être informés que monsieur Raoult a l’intention d’exclure madame A de l’Urmite. C’est inadmissible »

Il apparaît aussi que Raoult a menacé l’autre victime, une étudiante étrangère, l’avertissant qu’elle ne pourrait pas finir sa thèse si elle donnait l’alerte. Raoult a rejeté toutes ces accusations contre lui-même et toute responsabilité. En réalité, l’institut dans son entier est dirigé comme s’il s’agissait de son propre fief, comme l’a décrit un rapport d’évaluation critique en 201523 (discuté dans un autre billet de ce blog24). Il semblerait ainsi que le harcèlement et les abus contre les étudiants et les employés soient monnaie courante sous le joug de Raoult, comme un rapport syndical l’évoquait en 201725:

Plusieurs étudiants ou anciens étudiants ont témoigné d’horaires sans limites, de contraintes de travail en horaires décalés, de travail de nuit ou le week-end. Ils semblent avoir une énorme pression pour les résultats. Leur présence sur les publications semble se faire en fonction des besoins des responsables. La visite des CHSCT a permis de mettre en évidence le fait que, jusque-là, les blouses ne leur étaient pas fournies, qu’ils devaient donc s’en procurer une par leurs propres moyens et qu’ils devaient les laver à l’extérieur, malgré la manipulation dans le laboratoire d’agents pathogènes.

Nous sommes au courant de nombreuses demandes de mutation, formulées par des ITA, mais aussi des chercheurs, INSERM, CNRS et Aix-Marseille Université. Cela semble ne pas avoir alerté les tutelles sur la situation des personnels dans l’unité.
Le responsable de l’école doctorale aurait eu à gérer un nombre non négligeable de réaffectations d’étudiants de l’URMITE dans d’autres unités, en cours, voire en fin de thèse.

En 2017, des employés ont écrit une lettre dénonçant la dictature de Raoult26. L’institut a réagi en écrivant une lettre au Ministre de la Recherche27, lui annonçant la décision de punir les lanceurs d’alerte (cf ce billet de blog28), que Raoult décrit comme “cinq ou six râleurs jaloux” et des “frustrés”. Ceci est très révélateur de la manière dont l’UMRITE est dirigée29:

Un ancien ingénieur de recherche de l’Urmite, explique ainsi que Didier Raoult semble fonctionner « avec un tableau dans la tête ». « Un tableau à entrées multiples avec deux colonnes. Il vous considère plus ou moins bien selon votre statut, médecin, pharmacien, chercheur, ingénieur…. Et plus ou moins bien selon que vous êtes un homme ou une femme, explique-t-il. Nous avions des réunions de groupe le vendredi et j’ai souvent vu des femmes partir en pleurs. »

Raoult exige des résultats de ses serfs, de manière inconditionnelle:

Ces tensions dans le travail sont également ressenties par certains doctorants qui décrivent des situations de harcèlement moral. « Notre directeur de recherche, proche de Didier Raoult, avait beaucoup de mal à supporter la pression que ce dernier lui mettait pour obtenir des résultats, explique l’un d’eux. Du coup, de manière pyramidale, cette pression retombait sur nous »._Il a ainsi le souvenir de réunions « work in progress » où les étudiants dont le travail ne convainquait pas étaient humiliés par les directeurs de recherche, Raoult en tête.

En mars 2018, à la suite du scandale des abus sexuels qu’il a essayé de dissimulé en menaçant les victimes, Raoult annonçait30:

“Je vous remercie d’avoir décrit ce lieu comme un lupanar. J’ai fait installer un distributeur de préservatifs”

 

Maintenant, considérons tout cela. Des études signées ou co-signées par Raoult contenaient des données falsifiées, au point qu’il a même été interdit de publication par l’ASM pendant une année, ce à quoi Raoult a répondu par des menaces de procès. C’est un maniaque du contrôle patriarcal et une brute qui punit violamment tout désaccord et use de menaces contre des lanceurs d’alerte et des victimes pour obtenir leur obéissance. Il est pathologiquement réfractaire à toute critique et se croit omniscient: en 2013, Raoult ainsi nié le changement climatique d’origine anthropique31, et avant cela, le microbiologiste avait nié l’évolution dans un ouvrage de 2011, intitulé “Dépasser Darwin”32. Sa nouvelle étude sur la chloroquine comme remède au COVID-19 est de toute évidence au mieux très bancale.

Devrions-nous vraiment faire confiance à ses affirmations et mettre nos vies entre ses mains?

Mise à jour du 07.04.2020

Le 4 avril, après avoir été alerté sur twitter et dans la section des commentaires, j’ai relayé une déclaration de la Société internationale de chimiothérapie microbiale (International Society for Microbial Chemotherapy – ISAC), qui édite le Journal of Antimicrobial Agents (IJAA) [dans lequel l’article sur l’essai clinique du prof. Raoult a été publié NdT]. Cette révélation a été depuis reprise par les médias internationaux et attribuée à Retractation Watch. Cette déclaration, signée Andreas Voss, le président de la société, a été publiée le 3 avril:

L’ISAC partage les préoccupations exprimées au sujet de cet article récemment publié dans l’International Journal of Antimicrobial Agents (IJAA). La direction de l’ISAC estime que cet article ne correspond pas aux attentes standards de la Société, particulièrement en ce qui concerne le manque de meilleures explications des critères d’inclusion et du triage des patients, pour s’assurer de leur sécurité. Malgré ce qui a été suggéré en ligne sur la fiabilité du processus de relecture de l’article par les pairs, celui-ci adhère aux règles de la relecture par les pairs de l’industrie. Étant donné son rôle de Rédacteur-en-Chef de cette revue, Jean-Marc Rolain ne s’implique pas dans la relecture du manuscrit par les pairs et n’a aucun accès aux informations concernant la relecture par les pairs. L’entière responsabilité de ce processus a été délégué à un rédacteur-adjoint. Bien que l’ISAC reconnaisse l’importance d’aider la communauté scientifique par la publication rapide de nouveaux jeux de données, cela ne peut pas se faire au prix d’une réduction d’un examen scientifique minutieux et des meilleures pratiques. Les deux Rédacteurs-en-Chefs de notre journal (IJAA et le Journal of GLobal Antimicrobial Resistance) sont en parfait accord à ce sujet.

J’ai contacté Voss et lui ai demandé si cet article serait retiré. Il m’a répondu ceci:

ISAC n’est pas l’éditeur. C’est Elsevier et comme, selon eux, toutes les règles du standard industriel ont été suivies, un retrait n’est pas ce qu’il ont en vue. Il a alors ajouté: Nous possédons le JGAR, pas l’IJAA. Cependant, l’IJAA est une « revue officielle de la société » et à ce titre, nous nous sentons responsables. C’est pourquoi nous avons exprimé nos préoccupations.

Il apparaît donc qu’Elsevier est intervenu et a dit non.

L’institut de Raoult nous explique pourquoi la médecine basée sur les preuves est fausse.

Mise à jour du 10.04.2020

La déclaration de l’ISAC a maintenant été remplacée et antidatée. Comme me l’a dit Voss, ceci est arrivé sur ordre d’Elsevier, qui semble avoir décidé que les scientifiques de l’ISAC ne sont pas qualifiés pour se former une opinion sur un essai clinique. La déclaration originelle de l’ISAC, datée du 3 avril, a été supprimée et remplacée par une déclaration conjointe de l’ISAC et d’Elsevier. Le premier paragraphe critique a disparu, mais ceci a été ajouté:

En ce moment, se déroulent de nouvelles relectures indépendantes par les pairs pour évaluer le mérite des préoccupations exprimées au sujet du contenu de ce travail de recherche. Puisque ce processus d’évaluation post-publication est en cours, il serait prématuré de le commenter. Les auteurs de l’étude ont été contactés et il leur a été demandé de répondre à ces préoccupations. Suivant la nature de leur réponse, une correction à ce dossier scientifique pourrait être considérée en accord avec la politique d’Elsevier et du Comité sur l’éthique des publications (COPE): https://www.elsevier.com/editors/perk/corrections-to-the-record

Références


  1. Fiche wikipédia sur Didier Raoult ↩︎

  2. Chloroquine May Fight Covid-19—and Silicon Valley’s Into It, Adam Roger, Wired, 03.19.2020 ↩︎

  3. A man thought aquarium cleaner with the same name as the anti-viral drug chloroquine would prevent, Washington Post, Katie Shepherd, 03.24.2020/ ↩︎

  4. India bans exports of drug touted by Trump as potential Covid-19 treatment, Statnews, Ed Silverman, 03.24.2020 ↩︎

  5. Décret n° 2020-314 du 25 mars 2020 complétant le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, JORF n°0074 du 26 mars 2020 texte n° 31 ↩︎

  6. Comments on: Hydroxychloroquine and Azithromycin as a treatment of COVID-19: preliminary results of an open-label non-randomized clinical trial, #42 Scotopteryx Mucronata ↩︎

  7. Thoughts on the Gautret et al. paper about Hydroxychloroquine and Azithromycin treatment of COVID-19 infections, Elisabeth Bik, Science Integrity Digest, 03.24.2020 ↩︎

  8. International Journal of Antimicrobial Agents – Editorial Board ↩︎

  9. EU Clinical Trial Register ↩︎

  10. Cf. 7 ↩︎

  11. Comment on Gautret et al. by #16 Julien A. R. Amat, 03.22.2020 ↩︎

  12. Comentaire sur Gautret et al. par #30 Potentilla Millefolia, 03.23.2020 ↩︎

  13. Commentaire sur Gautret et al., #32 Siphonaria Tasmanica, 03.23.2020 ↩︎

  14. https://ars.els-cdn.com/content/image/1-s2.0-S0924857920300996-gr2.jpg ↩︎

  15. http://www.zjujournals.com/med/EN/10.3785/j.issn.1008-9292.2020.03.03#1 ↩︎

  16. Le Professeur Didier Raoult : Rebelle Anti-Système ou Mégalomane sans éthique ?, Les Crises, 26.03.2020 ↩︎

  17. Sound and Fury in the Microbiology Lab, Science 02 Mar 2012: Vol. 335, Issue 6072, pp. 1033-1035 ↩︎

  18. Raoult – De la tricherie dans les publications scientifiques, Didier Raoult, Le Point, 06.06.2018 ↩︎

  19. Tag: catherine-jessus ↩︎

  20. Communiqué de Presse sur l’UMR URMITE – 13 novembre 2017 – Marseille, CGT-FERC ↩︎

  21. L’unité de Didier Raoult : « Paradis de la recherche » pour les uns, enfer pour d’autres, MarsActu, Benoît Gilles, 20.07.2017 ↩︎

  22. L’Institut hospitalo-universitaire de Marseille en maladies infectieuses -diagnostic et propositions – Rapport, 2015 ↩︎

  23. Ibidem ↩︎

  24. cf. note 18  ↩︎

  25. cf. note 20  ↩︎

  26. Ibidem ↩︎

  27. Ibidem ↩︎

  28. cf. note 18 ↩︎

  29. Les prédictions climatiques sont absurdes !, Didier Raoult, Le Point, 08.10.2013 ↩︎

  30. Ibidem  ↩︎

  31. Ibidem  ↩︎

  32. Dépasser Darwin, Didier Raoult, Plon, 2010 ↩︎

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

6 commentaires

  1. Je me demande, si vous êtes tellement sûres que ce mec et fou, pourquoi il y des clinical trials partout dans le monde avec (hydroxy)chloroquine et pourquoi des grands pharmas comme Sanofi et Novartis ont augmente leurre production de Plaquenil? Et comment expliquez vous les témoignages des gens qui disent qu’après 1-2 jours de ce traitement ils sont passés de « presque mort » à « presque aucun symptôme »?
    Comme pour le cancer terminal, ce médicament est administré aux gens qui sont « on a death bed ». Donc avec un organism tellement faible, 90% shut-down, le succès de tout traitement sera moins glorieux que dans le début de la maladie, ce n’est pas choquant qu’ils n’ont pas tous guéri le Covid.
    Évidement, il ne faux pas manger le Plaquenil comme des bonbons, ce n’est pas un vaccin; il faut être sûre qu’il n’y a pas une histoire de problèmes cardiaques. Évidement qu’il faut prioritized les malades de Lupus, et assurez les doses pour eux tout d’abord.
    Mais j’ai l’impression qu’il y’a des gens qui prient que ce combo de drogues ne marchera pas car il déteste ce docteur français et Trump (plus tôt Trump car je sais ce que je vois, vis et entends aux US), un point où ils préfèrent laisser les gens sur respirateurs mourir à la place d’essayer ces médicaments.

    • On part d’essai in vitro chinois, et de la mise en place d’un protocole en Chine avec l’hydroxychloroquine. La notoriété du Pr Raoult avec son annonce choc ainsi que son amplification par les médias a également ajouté au fait, en situation de crise, tout le monde cherche à savoir si ce médicament a des effets dans cette indication.
      D’autant plus que les études du Pr Raoult sont inutiles et ne démontrent rien, malgré des affirmations certaines du Pr. Il y a une discordance réelle entre les faits et le discours, mais ce discours vient d’un type qui est néanmoins un confrère, donc on cherche, pour trouver la réponse.

      Il est naturel que Novartis et Sanofi aient augmenté leur production dans la polémique actuelle, dans l’éventualité ou les recommandations officielles généralisaient la mise en place de ce protocole, si jamais les études s’avéraient positives.

      Le témoignage des gens qui se disent guéri en 2 jours, ne peut pas constituer une preuve de l’efficacité d’un médicament dans une pathologie qui n ‘est pas vécu de la même façon par chaque individu. C’est la base en médecine et c’est pourquoi l’utilisation d’un groupe dit « contrôle » avec des individus comparables permet de s’affranchir de l’hypothèse que l’effet soit du à l’évolution naturelle de la maladie plutôt qu’à la prise du médicament.

      La plupart des scientifiques sont hostiles au Pr Raoult, parce que ses études sont débiles (dans tous les sens du terme) et qu’il arrive à affirmer avec certitude qu’elles démontrent le contraire, c’est profondément faux et choquant pour qui sait un tant soit peu manipuler les chiffres. C’est comme si un mathématicien venait expliquer à un enfant qui ne sait pas encore compter que 2+2 font 5, c’est évident que c’est faux pour quiconque sait compter, tout prof de math qu’il est , tout le monde sait qu’il dit un mensonge, sauf l’enfant de 5, c’est exactement ce qu’il se passe.
      Il a réssi à embrigader des tonnes de gens à base de sophismes évidents, en exploitant leur ignorance des mathématiques et de la statistique, c’est profondément révoltant.
      L’argument d’autorité joue également, c’est un « grand professeur », il y a des incompétents et des fous partout, malheureusement. Les scientifiques se basent sur les faits pas les titres.

      Donc au final, en toute évidence, on a un grand professeur qui a abusé de son titre, falsifié des études pour avancer une association de médicaments (un peu au hasard) qui a priori ne fonctionne pas mais en plus provoque un effet toxique cardiaque synergique (2 allongement de QT, qui seraient en toute logique contre indiqués), bafoué la science, refusé de donner les preuves de ce qu’il avançait, fait perdre du temps à tout le monde en racontant n’importe quoi sur les essais randomisés (ce qui laisse à penser vu comment il s’exprime dessus à sa conférence, qu’il n’en a pas compris les principes, c’est effrayant à ce niveau).
      Au final on a un type qui ment, falsifie, et fait son avancement personnel au détriment de la vie des gens (une association de médicament pas efficace et en plus largement toxique), et qui en plus fait perdre du temps à la recherche, comment voulez vous que les médecins et les scientifiques l’apprécient.

      Vous ne vous rendez pas compte de notre point de vue ce qu’il se passe est criminel.

    • Où voyez-vous que cet article prétend que ce « mec » est fou? (Je dis cet article et pas « je », parce que si vous ne l’aviez pas vu, cet article est une traduction de celui en anglais, publié par Leonid Schneider, un journaliste scientifique indépendant allemand).

      Quant à savoir pourquoi il y a des essais cliniques un peu partout avec l’hydroxychloroquine, c’est assez simple. D’une part, comme celui mené par Raoult et son équipe est complètement foireux, on est donc bien obligé de le refaire correctement pour se faire une idée de l’efficacité de cette substance sur la charge virale de ce coronavirus chez l’être humain. D’autre part, il faut voir qu’il y a eu de fortes pressions politiques, notamment en France, pour que des projets comme Discovery, incluent un bras hydroxychloroquine.

      Concernant les témoignages, ceux-ci se trouvent à l’étage le plus bas de la pyramide des preuves en science. Les gens ne sont, pour la plupart, pas du tout outillé pour distinguer entre l’effet d’un médicament et d’autres facteurs, tels que l’évolution naturelle de la pathologie, leur propre réponse immunitaire, et l’éventuel effet d’autres médicaments qu’ils prennent pour d’autres pathologies. Et il faut voir que plus de 95% des personnes infectées guérissent de cette maladie et que plus de 80% d’entre elles n’ont pas de symptômes ou seulement des symptômes très légers. De ce fait, je vois mal comment elles pourraient distinguer entre l’effet de l’hydroxychloroquine et ces autres facteurs spécifiques au covid-19. Bref, je n’ai pas grand-chose à expliquer sur ces témoignages si ce n’est qu’ils ne constituent absolument pas une preuve de l’efficacité de l’hydroxychloroquine.

      Concernant le fait de donner ce médicament en début de maladie, ainsi que je viens de le dire, celle-ci disparaît au bout de quelques jours, sans provoquer de symptômes ou presque pas de symptômes, chez plus de 80% des gens. Leur donner de l’hydroxychloroquine alors qu’ils n’ont pratiquement pas de symptômes ne permet pas de dire si cette substance est efficace ou pas, parce que justement, leur système immunitaire peut alors être un facteur confondant. Pour pouvoir évaluer l’efficacité de la chloroquine, il faudrait pouvoir faire un essai clinique aléatoire en double-aveugle, sur au minimum 15 jours, ce que n’a pas fait Raoult, afin de justement pouvoir distinguer clairement entre le facteur immunitaire et le facteur hydroxychloroquine. Et il faut aussi se rappeler que la 1ère étude de Raoult disait que son traitement est efficace sur les cas de symptômes modérés à sévères, c’est-à-dire des gens déjà à un stade avancé de la maladie. C’est pour cela que les autres hôpitaux et les essais cliniques qui ont décidé de tester l’hydroxychloroquine la donnent à des gens ayant des symptômes modérés à sévères et non pas à des gens asymptômatiques ou presque sans symptômes. Ils ne font que suivre ce que Raoult et son équipe ont écrit dans leur article. Le problème, c’est que Raoult n’a eu de cesse de dire une chose dans ses publications et autre chose sur les réseaux sociaux et dans les médias grand public. Or, d’après ce que je vois, très peu de gens ont lu les publications de Raoult et ils se fient essentiellement à ce qu’il raconte sur YouTube.

      Évidemment, il ne faut pas manger le Plaquénil? Vraiment? Pourtant, c’est Raoult lui-même qui, dans une interview au 20 MInutes du 26 février (https://www.20minutes.fr/sante/2727411-20200226-coronavirus-faute-medicale-donner-chloroquine-contre-virus-chinois-selon-professeur-didier-raoult), affirmait qu’il fallait « se jeter » sur l’hydroxychloroquine. C’est aussi lui qui prétend que le Plaquénil a moins d’effets secondaires que le Doliprane (https://www.humanite.fr/chloroquine-emmanuel-macron-sengage-pour-didier-raoult-686694?fbclid=IwAR1hXtjbQ7RcD9ICwxZ87zI-2yHy6iuj98cQxqvyiEEYKfa1–NVKY7U-6Y). En d’autres termes, pendant près de trois semaines, il n’a eu de cesse de minimiser les effets secondaires de l’hydroxychloroquine et de la chloroquine, en prétendant que tous ceux qui objectent à son protocole à cause du problème des effets secondaires sont des imbéciles qui n’y comprennent rien. Et quand derrière, vous avez Trump qui affirme urbi et orbi que l’hydroxychloroquine est un cadeau de Dieu et qu’on peut en prendre sans autre, et que Raoult lui-même se vante que sa solution est promue par Trump, sans jamais mettre en garde quiconque contre le problème de l’automédication, alors, oui, les gens peuvent penser qu’on peut « manger » du Plaquénil sans autre. Je vous signale que de nombreux médicaments sont pris en automédication, parce qu’on considère que leurs effets secondaires ne surviennent qu’à partir de doses très élevées et que la plupart des gens sont peu susceptibles d’en prendre par erreur. Quand un « grand » scientifique « mondialement connu » vous présente un médicament comme étant aussi anodin que de l’aspirine, alors, oui, les gens vont penser qu’ils peuvent en prendre en automédication sans problème. Et les gens vont d’autant plus avoir ce réflexe si on est dans une situation de grave crise sanitaire qui les fait angoisser énormément et qu’on leur dit qu’il existe un médicament miracle qui pourrait résoudre ce problème avec un minimum d’effets secondaires.

      Vous avez l’impression que des gens prient pour que ce combo de drogues ne marchent pas et préféreraient laisser les gens mourir plutôt que de le recommander? Avez-vous lu l’article ou bien vous êtes-vous arrêtée au titre? Parce que je vous signale qu’il y a d’excellents arguments pour ne pas se précipiter sur ce combo de médicaments. Lisez donc avec un peu d’attention ce que disent les gens qui objectent à ce traitement avant de leur faire d’odieux procès d’intention.

  2. Bonjour Ariane Beldi
    J’ai lu votre article ci-dessus avec beaucoup d’intérêt. Il rejoint avec plus de détails ce que j’écrivais sur cet article de Gautret et al. le 21 mars dernier.
    Lorsque j’ai lu le titre, qui est la première chose que j’ai vue, j’ai été perturbé, je l’avoue. Et inquiet. Et puis j’ai lu. Et j’ai compris que le titre se voulait peut-être ironique.
    Je pense personnellement qu’un point d’interrogation à la fin, ou bien l’ajout de « Ou pas ! » clarifierait les chose.
    C’est mon avis et je souhaitais le partager avec vous.
    Bonne continuation et prenez soin de vous.

    • Bonjour,

      Merci de votre passage et de votre commentaire! Avez-vous un lien vers votre texte concernant Gautret et al.? Je le mets volontiers en complément.
      Concernant le titre, je n’ai fait que le traduire. Tout le texte est une traduction de l’article de Leonid Schneider, un journaliste scientifique indépendant allemand, mais qui écrit en anglais, sur le blog Better Science. Comme je sais que nombre de francophones ne maîtrisent pas assez bien l’anglais pour lire un si long article, je me suis dit que ce serait une bonne chose de le traduire. Mais, du coup, je suis restée aussi fidèle que possible au style du billet de blog original. Je ne pense donc pas changer le titre. Et si quelque-part, ça attire des gens qui pensent sérieusement que ce billet de blog fait la louange du génie de Raoult, pourquoi pas? Même si j’avoue que je n’avais pas pensé à cela avant que vous ne fassiez votre commentaire. Pour moi, le côté ironique était tout à fait évident.

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