Vaccin: la protection des plus faibles doit passer avant le choix individuel

Voici un argumentaire intéressant contre l’obligation vaccinale que la France veut introduire, mais dont on ne peut suivre la toute dernière partie. En effet, les auteurs finissent par ériger l’autonomie du patient au-dessus des intérêts des plus faibles. Cela, à mon sens, me paraît inacceptable.

A ce jour, la méfiance des Français vis-à-vis des vaccins serait une des plus élevées au monde selon une étude récente par la London School of Hygien and Tropical Medicine. Si l’on veut rétablir cette confiance, la coercition ne paraît pas la meilleure stratégie. Des campagnes d’informations et un soutien aux médecins traitants semblent plus indiqués. En effet, la population se fie encore beaucoup aux généralistes de famille. 

Le vaccin, un choix relevant de la gestion de sa propre santé?

Les auteurs développent, en toute dernière partie, l’argument selon lequel cette obligation s’oppose à la tendance à une autonomie croissante du patient par rapport au médecin. On retombe alors dans la logique voulant que la vaccination relève d’un choix personnel et de la gestion de sa propre santé. Or, la prise de vaccins concerne avant tout de la responsabilité individuelle vis-à-vis de la collectivité. On ne vaccine pas que pour se protéger soi-même. On le fait aussi pour participer à la protection de groupe qu’il faut ériger autour des personnes à la santé très vulnérable et pour qui la vaccination est contre-indiquée. Parmi ces personnes, on trouve les nouveaux-nés, les patients atteints de pathologies immuno-déficientes ou souffrant de conditions ayant fortement réduit leurs capacités immunitaires, ainsi que des vieilles personnes déjà gravement malades, etc. Cela fait pas mal de monde à protéger.

Sur ce volet, je pense que l’obligation vaccinale peut se justifier, malgré la défiance des Français. D’une certaine manière, c’est comparable aux impôts. Les impôts sont une obligation individuelle vis-à-vis de la collectivité. On ne peut pas choisir si l’on paie des impôts ou pas ou même combien on en paie. Tout cela est décidé par le législateur. Il existe bien sûr de l’évasion et des fraudes fiscales. Mais, personne n’imagine supprimer l’obligation de payer ses impôts à cause du refus de certains de contribuer à l’intérêt collectif. Il en va de même, à mon sens, pour les vaccins.

Le vaccin relève d’une responsabilité individuelle vis-à-vis de la collectivité

Les auteurs avancent aussi l’argument que l’on risque de pousser des parents à déscolariser leurs enfants si les écoles publiques se mettent à exiger que ceux-ci soient vaccinés pour les autoriser à venir en classe. Ce raisonnement ne tient pas plus la route. On a eu droit au même argument pour le voile. Son interdiction allait, soi-disant, priver des milliers, peut-être même des dizaines de milliers d’adolescentes de scolarisation. Les parents refuseraient de les envoyer à l’école si elles ne peuvent y porter le foulard/voile islamique. La réalité est que les parents faisant passer la pudeur de leur fille avant leur éducation les ont scolairsées dans des écoles privées musulmanes. Pour les parents qui refusent de faire vacciner leurs enfants, l’option est la même: trouver des écoles qui acceptent leurs enfants non-vaccinés. Ou alors, ils peuvent aussi leur faire l’école à la maison.

Nos sociétés permettent déjà un très fort individualisme et nous donnent la liberté de mener nos vies à peu près comme nous le souhaitons, bien plus qu’il y a à peine une quarantaine d’années. Mais, si elles ne veulent pas exploser en une myriades de petites communautés se tournant mutuellement le dos, ou pire, se faisant la guerre, il est normal que certaines règles communes s’imposent à tous. C’est d’autant plus vrai si elles ont clairement une utilité et des avantages qui dépassent largement leurs défauts et effets secondaires désagréables. L’obligation vaccinale se justifie tout à fait par la nécessité de protéger la santé des plus faibles. Si certains refusent de se vacciner, qui plus est pour des raisons complètement irrationnelles, alors, qu’ils en portent les conséquences eux-mêmes. Mais, je ne vois pas pourquoi tout le monde devrait les subir à leur place!

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

3 commentaires

  1. Merci pour ce lien.

    Je suis assez partagé sur la question et pense que nous avons là une occasion d’évaluer le résultat: si la couverture vaccinale remonte à 95% rapidement avec une politique autoritaire alors le gouvernement aura eu raison, c’est en fait l’occasion de valider ce choix qui il faut bien l’admettre est arbitraire. Après les principes philosophiques sur l’autonomie du patient ou la solidarité sont secondaires.

    En même temps je comprends le point de vue des auteurs sur le risque de déscolarisation dans des établissements hors-contrat, c’est une question de balance bénéfice/risque pas évidente: Si tu supposes qu’une frange d’arriérés irréductibles vont regrouper leur gamins non-vaccinés dans une même école, le risque épidémique pour toute l’école est considérable. Ce type de risque est-il plus important qu’une dilution des enfants non-vaccinés dans la population de façon à leur offrir une immunité de groupe malgré la bêtise de leur parents?

    Une remarque au passage à propos de l’immunité de groupe: Il n’y en a pas pour le tétanos, la bactérie est présente dans la nature et le risque d’infection est constant.

    La chose par contre qui ne me plaît pas du tout c’est cette phrase à la fin de l’article “[L’information à la population] devrait s’appuyer sur une évaluation scientifique indépendante des bénéfices et risques de chaque vaccin, qui reste à produire.”
    W.T.F. ? On se croirait sur un blog anti-vaxx, ils n’ont pas accès à PubMed à la CNGE ?

    • ” Ce type de risque est-il plus important qu’une dilution des enfants non-vaccinés dans la population de façon à leur offrir une immunité de groupe malgré la bêtise de leur parents?”

      D’une certaine manière, on reste dans la même logique de l’Etat qui vient combler les lacunes dans la capacité des gens à prendre leurs responsabilités. Du coup, cela valide alors aussi la réponse autoritaire de cet Etat. En effet, si certains parents pensent qu’ils peuvent légitimement se soustraire à la nécessité collective de faire vacciner leurs enfants tout en leur permettant de bénéficier de la protection de groupe, alors, on peut considérer que ces gens agissent comme des profiteurs en puissance, voire même comme des parasites. En gros, ce qu’ils font, c’est de dire à tout le monde que les vaccins étant dangereux, il n’est pas question pour eux de se soumettre à ce danger, mais, en même temps, ils veulent pouvoir bénéficier de la protection générée par le reste du groupe qui, lui, accepte de prendre ce risque. Or, dans un fonctionnement collectif, démocratique ou pas d’ailleurs, on ne tolère jamais longtemps les gens qui essaient d’avoir des avantages sans en payer le prix, c’est-à-dire des privilèges, voire de vrais passe-droits. Du coup, vient un moment où la coupe est pleine et l’Etat décide alors d’utiliser ses prérogatives.

      Ensuite, si des parents préfèrent faire passer leur idéologie avant la santé de leurs enfants, de nouveau, je ne vois pas pourquoi la collectivité devrait en payer le prix. C’est problématique pour ces quelques enfants, mais on ne peut pas céder au chantage implicite de ces parents qui utilisent alors leurs enfants pour obtenir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crêmière en plus.

      “Une remarque au passage à propos de l’immunité de groupe: Il n’y en a pas pour le tétanos, la bactérie est présente dans la nature et le risque d’infection est constant.” C’est vrai.La protection de groupe ne vaut que pour les maladies contagieuses, pas celles qui s’attrapent par contact direct avec l’agent pathogènes. Néanmoins, la plupart des vaccins concernent des maladies qui s’attrapent par contagion.

      “La chose par contre qui ne me plaît pas du tout c’est cette phrase à la fin de l’article “[L’information à la population] devrait s’appuyer sur une évaluation scientifique indépendante des bénéfices et risques de chaque vaccin, qui reste à produire.””

      Je pense qu’il s’agit simplement là d’une sorte de concession aux anti-vaxx. Après tout, l’article vient de leur assémer une fois de plus que la plupart des leurs croyances sont fausses, alors, c’est une sorte de main tendue, pour leur expliquer que la plupart des chercheurs/universitaires sont tout à fait d’accord que l’évaluation scientifique doit être indépendante et fiable. De notre point de vue, c’est une vraie lapalissade, mais pas pour les anti-vaxx, qui font de cette problématique l’un des principaux axes de leur argumentation. En gros, tout scientifique ou groupes de scientifiques qui les contredit ne peut qu’être vendu aux intérêts de big pharma. Je ne sais pas vraiment quel peut être l’effet d’une telle main tendue, mais je pense que c’est l’intention des auteurs.

  2. Hello Ariane, typo dans le 3eme paragraphe ” la responsabilité individuel ” (a supprimer après correction).

    Merci pour votre vigilance ! Je vais corriger !

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