Au fil des débats #7-2 | Avaaz et la désinformation totale sur le glyphosate

Modèle en 3D de la molécule de glyphosate

Source: Wikimédia. Crédit: Benjah-bmm27Travail personnel, Domaine public. Cliquez pour agrandir.

Mardi soir, j’ai reçu un email de l’organisation Avaaz demandant à ses membres de donner un dernier coup de pouce financier pour obtenir la victoire dans son combat contre le glyphosate et Monsanto. Bien que ce ne soit pas le premier message de propagande totalement incorrecte que je reçois de l’organisation, celui-ci m’a particulièrement fait sortir de mes gonds.

Outre une bonne dose de désinformation sur le glyphosate et Monsanto, il se trouve que les auteurs de cet email perpétuent une vision fixiste de la nature que ne renieraient pas les créationnistes. Or, ce n’est pas à coups de slogans basés sur des superstitions modernes ou réchauffées à la sauce new age que nous pourrons affronter les défis environnementaux et économiques qui se présentent à nous, notamment du fait du réchauffement climatique. Ce dont nous avons besoin, c’est de de rationnalité, pas de salmigondis pseudo-écologique.

Avaaz ferait donc mieux d’utiliser son immense réseau et ses capacités de mobilisation pour des projets réellement écologiques. En effet, avec l’action que propose l’organisation, on risque juste de jeter de l’argent par les fenêtres tout en mettant des millions d’agriculteurs et de nombreux commerces de l’agro-alimentaires en difficultés! Sans compter que ce genre de tactique communicationnelle ne fait qu’accentuer la confusion qui règne déjà au sein du grand public sur ce qui constitue de la science ou pas. Mais, peut-être ne peut-on pas vraiment attendre autre chose d’une organisation comme Avaaz, si les soupçons exprimés par Wackes Seppi (qui se réfère à cet article dans un billet consacré au financement de l’organisation) devaient un jour se confirmer. 

Avaaz sur le glyphosate et Monsanto

Capture d’écran du email d’Avaaz sur Monsanto et le glyphosate. Cliquez pour agrandir.

Intitulé Mettons à bas le modèle Monsanto, le email demande aux internautes de contribuer financièrement à ce qu’Avaaz présente comme le dernier effort vers l’interdiction en Europe de “l’herbicide mortel sur lequel repose le modèle économique de Monsanto!” Selon les auteurs de l’appel, Le glyphosate détruit tout sur son passage, sauf les plantes génétiquement modifiées de Monsanto, transformant notre planète en des déserts écologiques où rien ne pousse sauf une seule plante OGM. C’est une vision de fin du monde

Dans toutes ces lignes, la seule once de vérité concerne l’information selon laquelle l’UE pourrait, effectivement décider de ne pas renouveler la licence de commercialisation du glyphosate, le bannissant de facto des ventes dans les pays membres. Tout le reste est simplement faux. Complètement faux.

Le glyphosate: le désherbant total le moins toxique et polluant actuellement sur le marché

En effet, rien ne permet, en l’état des connaissances scientifiques actuelles, d’affirmer que le glyphosate serait un herbicide mortel qui détruirait tout sur son passage. Et il faut dire que cela fait plus de 40 ans qu’il est utilisé dans des désherbants totaux dans le monde entier. Du coup, les probabilités qu’on découvre qu’il serait une catastrophe humaine et catastrophe majeure sont proches de zéro.

En effet, des milliers d’études ont été menées pendant ces décennies sur cette substance et son utilisation dans différentes formulations. Or, à ce jour, aucune n’est parvenue mettre en évidence un lien de cause à effet entre cette substance et une quelconque pathologie, même chez les professionnels. Seules des corrélations ont pu émerger. 

D’ailleurs, l’OMS et la FAO viennent de réitérer le consensus scientifique selon lequel il n’existe, à ce jour, aucune preuve d’un danger avéré que le glyphosate ferait courir à l’être humain (pp. 19-25) dans le cadre d’un usage réglementaire. Et si pour certains d’entre vous, les discours scientifiques ne signifient rien et que vous avez besoin de preuves individuelles, du type témoignage, alors regardez donc ce gaillard s’envoyer un cocktail à base de glyphosate et de liquide de fracturation hydrolique ! Je vais vous gâcher le suspense: Il survit à sa boisson et ne semble même pas avoir de maux d’estomac!

Concernant l’environnement, les assertions d’Avaaz sont également fausses!  Le glyphosate ne laisse pas un désert intégral sur son passage, tuant tout à part une seule plante OGM. Primo, les variétés transgéniques tolérantes au glyphosate (RR – RoundUp Ready, soit capable de tolérer ce produit) sont assez nombreuses: on a du maïs RR, du coton RR, du colza RR, du soja RR, etc. Ensuite, comme le montre le rapport du comité conjoint de la FAO et de l’OMS mentionné ci-dessus, le glyphosate se dégrade assez rapidement (environs 30 jours) et s’il peut rester des traces infimes au-delà de ce délai, elles sont sans effet sur l’environnement et finissent aussi par disparaître. En réalité, il s’agit probablement de l’un des herbicides totaux les moins toxiques et polluants actuellement disponible sur le marché.

Une vision complètement caricaturale du modèle économique de Monsanto

Comme de nombreux discours anti-OGM, celui d’Avaaz laisse entendre que le glyphosate aurait été inventé par Monsanto pour protéger ses OGM tolérant le RoundUp (RR), formant ainsi un tandem inséparable, sur lequel reposerait tout son modèle économique. Or, il se trouve que ce produit est aussi largement utilisé en Europe…là où pourtant seule une variété de céréal transgénique a été autorisée (et uniquement en Espagne)! S’il devait faire mourir tout ce qui n’est pas un OGM RR, l’Europe devrait être un immense désert!

Les variétés transgéniques RR ont été créés à cause du succès du glyphosate, pas le contraire

Par ailleurs, le glyphosate est tombé dans le domaine publique….à peu près au moment-même où Monsanto commercialisait ses premières variétés génétiquement modifiées par transgenèse, au début des années 1990. Cela signifie qu’à ce jour, des dizaines d’entreprises actives dans l’agro-chimie vendent des herbicides à base de glyphosate! De fait, le RoundUp est un herbicide qui existe depuis le début des années 70, soit près de 20 ans avant la mise sur le marché des premiers OGM végétaux! Si Monsanto a créé des variétés transgéniques dites RR, c’est justement à cause du succès de ce produit! Pas le contraire!

De plus, l’entreprise est à l’origine de nombreuses autres variétés transgéniques, dont les fameuses BT, c’est-à-dire, des plantes capables de produire une toxines, normalement générées par la bactérie Bacillus thuringiensis, qui s’attaque aux cellules digestives de certains insectes parasites dont les larves rongent l’intérieur des tiges ou des racines de certaines plantes de culture. Utilisées selon les règles, ces plantes permettent alors de réduire drastiquement les quantités de pesticides utilisées traditionnellement.

En d’autres termes, cela fait belle lurette que le RoundUp n’est plus le produit phare de Monsanto et son modèle modèle économique n’est certainement pas celui proposé par les auteurs de ce texte! Un petit tour sur le site de Monsanto permet d’ailleurs de se rendre compte que le modèle de l’entreprise repose sur une large gamme de technologies, impliquant notamment des variétés obtenues par des méthodes tout ce qu’il y a de plus classique!

Une vision délirante du glyphosate

Ce qui suit est encore plus dingue:

Pire encore, ce produit est de plus en plus utilisé, à tel point que l’on le retrouve dans 90% de notre corps. Selon une nouvelle étude, il serait même probablement cancérigène!

Dans 90% de notre corps? Avec une affirmation aussi extraordinaire, on aimerait bien avoir des sources….Or, je ne retrouve ce nombre dans aucun des articles listés à la fin du email. Par ailleurs, il ne s’agit pas d’une “nouvelle étude” qui aurait montré que le glyphosate serait probablement cancérogène, mais d’une évaluation par le CIRC, remontant à mars 2015, sur la base de milliers d’études (autant pour la nouveauté!).

Vous me direz que je pinaille avec les mots, mais il se trouve qu’une évaluation et une étude sont deux choses totalement différentes! L’évaluation se “contente” de passer en revue les études existantes, d’évaluer leur pertinence et leur protocole ainsi que la fiabilité de leurs résultats, puis en tire des conclusions sur l’état des connaissances en la matière. Une étude vise à tester une hypothèse construite sur la base d’observations préalables d’un phénomène et s’appuie sur un protocole qui doit correspondre à un certain nombre de normes visant à garantir une fiabilité minimum. Ensuite, elle est partagée avec le reste de la communauté scientifique dans une revue à comité de lecture pour une éventuelle reproduction, si elle attire l’attention d’autres chercheurs.

Pas de preuves scientifiques pour soutenir les assertions d’Avaaz sur le glyphosate

Par ailleurs, comme je l’ai dit plus haut, l’OMS, l’institution dont dépend le CIRC, conjointement avec la FAO, a aussi publié une évaluation du danger du glyphosate pour la santé, sur la base des mêmes études, et conclut qu’il n’était justement probablement pas cancérogène pour l’être humain. A noter qu’il ne s’agit pas de la première, puisqu’elle fait suite à d’autres évaluations réalisées à intervalls réguliers depuis plus de 15 ans. L’apparente contradiction entre les deux conclusions proviendrait en fait d’une légère différence d’angle d’attaque, le CIRC évaluant la possibilité que le glyphosates soit cancérogène, tandis que le comité conjoint de l’OMS/FAO aurait évalué les risques que ce danger se présente en fonction des divers usages du glyphosate. Mais, dans aucun des deux cas, l’OMS ne clame que le glyphosate est cancérogène, ni même qu’il s’agit forcément d’un poison mortel quelle qu’en soit l’utilisation. La règle de la dose qui fait le poison demeure dans ce cas aussi.

La semaine dernière, nous avons remporté une grande bataille pour bloquer le renouvellement de l’autorisation du glyphosate en Europe. Tout le monde nous avait dit que c’était impossible, mais nous avons prouvé le contraire! Pavel Poc, un responsable politique très engagé sur cette question, a même déclaré: “Avaaz est sans aucun doute un moteur de la lutte contre le glyphosate”. 

C’est peut-être le seul brin de vérité dans ce tissu de désinformations. Oui, les pressions publiques exercées par Avaaz ainsi que d’autres lobbies écologistes et de l’industrie du bio ont été bien plus efficaces qu’on ne pouvait l’imaginer. Et si ces mouvements arrivent à leur fin, alors, je doute fort qu’ils puissent s’attendre à une reconnaissance débordante de la part des agriculteurs européens. En effet, comme il le laissent fortement entendre plus bas dans l’email, ils n’ont aucune idée par quoi remplacer le glyphosate, notamment dans l’agriculture à grandes échelles.

Dévoiement de la science en pseudo-science

Mais,  la suite est aussi croustillante:

L’UE doit encore se prononcer pour ou contre une interdiction définitive. C’est le moment ou jamais: si nous sommes 40 000 à contribuer dans les prochaines 24h, nous pourrons mettre en place un plan pour financer des études scientifiques indépendantes, maintenir la pression sur les responsables politiques et remporter une victoire en Europe de sorte d’entraîner le monde entier à sa suite — contribuez maintenant , l’équivalent d’un verre ou d’un repas, et rendons cette victoire possible.

Compte tenu des sommes demandées (entre 2CHF et 32CHF par don), et si 40’000 personnes acceptent de mettre la main au porte-monnaie, on peut estimer que l’organisation devrait récolter entre 80’000CHF et 1’200’000CHF. Des sommes rondelettes,  mais loin de suffire pour réaliser des études en bonne et dûe forme! Et oui,  la science,  surtout menée correctement,  ça coûte cher! A titre de comparaison,  la fameuse étude de Gilles-Eric Séralini (2012) sur le maïs NK603 et le glyphosate avait coûté 2 millions d’Euros et sa reproduction par des équipes universitaires, mandatées par l’UE, est chiffrée à plus de 3 millions d’Euros!  Donc,  on se demande bien qu’elles études Avaaz pense financer avec les dons de ses adhérents.

Obliger la science à dire ce qu’on a envie de lui faire dire sur le glyphosate

En fait, un début de réponse apparaît dans la liste d’actions qu’Avaaz compte entreprendre avec les dons de ces membres:

  • Financer la recherche scientifique indépendante  dont nous avons désespérément besoin pour réfuter les études financées par les multinationales. 
  • Démultiplier la pression sur les responsables politiques et les pays clés afin qu’ils restent fermes contre le glyphosate.
  • Formuler des alternatives réalistes et durables aux herbicides provoquant les mêmes ravages que le glyphosate — c’est crucial pour emporter l’adhésion de tous les agriculteurs et responsables politiques.
  • Mobiliser rapidement les citoyens à chaque réunion de commission, chaque comité, chaque obscur processus bureaucratique au cours desquels l’UE essaie de se défausser de sa responsabilité de prendre une décision claire (une de ces réunions aura d’ailleurs lieu la semaine prochaine!)
  • Transposer ce combat à l’échelle internationale — les États-Unis, le Canada, le Brésil et quelques autres pays pourraient bientôt décider à leur tour d’interdire ou non le glyphosate.

Oui, vous avez bien lu:  il s’agit pour eux de publier des études, visant à démontrer que le glyphosate serait un poison mortel dévastant tout sur son passage (sauf UN OGM!), qui viennent apporter l’autorité de la science à leurs convictions. Mais du coup, ce n’est plus de science dont on parle, mais d’une arnaque intellectuelle, s’appuyant sur l’ignorance du grand public en matière de méthode scientifique pour lui faire prendre des vessies pour des lanternes. En effet, avec une telle approche, je doute fort qu’Avaaz puisse trouver une équipe scientifique véritablement indépendante, parce qu’en réalité, l’intérêt partisan et politique se trouve au cœur du projet. Un protocole véritablement scientifique ne vise pas à confirmer absolument une conclusion préconçue!

Cela veut dire que les dés seraient pipés dès le début et il est à peu près certain que les chercheurs qui seraient d’accord de se livrer à cette parodie de science ne seraient que des militants en blouse blanche, à l’instar de l’équipe d’un certain Gilles-Eric Séralini, connu pour sa “science” anti-OGM, dont l’indépendance est essentiellement rhétorique et donc, “théorique”!

Avaaz recherche des experts en glyphosate!

D’ailleurs, l’appel lancé par l’organisation en post-scriptum laisse un peu pantois: Au cours des 18 mois à venir, les voix des scientifiques, des médecins et des agriculteurs seront essentielles. Si vous êtes oncologue, scientifique dans un domaine lié à la réautorisation du glyphosate, ou agriculteur/trice ayant une expérience de ce pesticide ou de méthodes alternatives et durables, vous pouvez vous signaler auprès de l’équipe d’Avaaz ici

En d’autres termes, cela signifie que, jusqu’à maintenant, aucun scientifique, aucun expert, n’a été consulté par Avaaz, alors que cela fait supposément des mois que l’organisation est engagée dans ce combat contre le glyphosate et Monsanto. On se demande donc sérieusement sur quelles bases elle a décidé de combattre ainsi cet herbicide et l’entreprise qui l’a breveté, il y a près de 40 ans!

Tout cela constitue déjà un dévoiement grave de la science, mais la suite est encore pire, puisqu’il est évident que ces “études” prétendument “indépendantes” serviront alors d’alibi scientifique permettant de justifier une pression continue sur les responsables politiques de certains pays. Ces études pseudo-scientifiques devront également permettre de convaincre les agriculteurs que tout cet activisme est pour leur bien et de conforter les opinions publiques déjà convaincues de la nocivité de la “chimie”, afin de les garder sur le pied de guerre.

On est donc en train de transformer la science en simple argument d’autorité à agiter quand le reste échoue. C’est dire le peu de cas que ces activistes d’Avaaz font de cette approche du monde qui a pourtant tant apporté à nos sociétés!

Une vision fixiste de la nature que ne renieraient pas les créationnistes

Passons les paragraphes d’auto-congratulations, pour nous concentrer sur la conclusion de la lettre, une  véritable élégie à la Terre qui constituerait à elle-seule un “vaste” et “fragile” écosystème, une sorte de jardin d’Eden flottant tout seul dans l’espace, dans lequel nous, humains, aurions débouler de nulle part pour y semer la mort et la destruction. Une vraie vision d’apocalypse que les fondamentalistes religieux en tous genres apprécieraient!

Notre planète est un vaste écosystème, extraordinairement fragile et interdépendant, et le modèle agricole de la terre brûlée de Monsanto est en train de tout bouleverser. Les scientifiques nous avertissent: la biodiversité est certainement en train de se rapprocher de “points de rupture”, qui provoqueront l’effondrement de plus en plus d’écosystèmes, dans une réaction en chaîne qui nous échapperait complètement. L’humanité est devenue très puissante, mais nous n’en sommes pas devenus plus sages, et menaçons la survie de la planète dont nous dépendons tous, comme pour le changement climatique.

On ne va pas trop s’attarder sur la fabulation totale concernant l’existence d’un modèle agricole de la terre brûlée proposé par Monsanto. En effet, elle constitue une insulte à peine déguisée envers tous les agriculteurs du monde développé qui utilisent les techniques modernes d’agriculture et qui seraient apparemment assez stupides pour se couper la branche sur laquelle ils sont assis.

Par contre, on aimerait bien savoir de “quels points de ruptures” Avaaz parle. Des points de rupture par rapport à quoi? Et quels scientifiques? Avaaz se garde bien de citer qui que ce soit….peut-être parce qu’elle n’a encore consulté personne jusqu’à ce jour, comme l’indique implicitement son post-scriptum?

Ici, la biodiversité est traitée comme une espèce de capital naturel qui aurait été planté sur cette planète une fois pour toute et dans lequel l’être humain aurait été parachuté par une sorte de deus ex machina, détruisant tout sur son passage.  C’est une vision fixiste de la nature que ne renieraient absolument pas les créationnistes, mais qui ne correspond en rien à ce que la science nous dit du fonctionnement du vivant.

Le fait est que depuis les débuts de la vie sur Terre, il y a environs 4 milliards d’années, celle-ci a toujours trouvé des moyens de se faufiler entre les obstacles et de se renouveler.  On appelle cela plus communément l’évolution.  Or, l’être humain étant lui aussi un produit de ces processus, on ne peut le traiter comme s’il était un élément extérieur à la nature, avec laquelle il n’entretiendrait qu’un simple lien de dépendance, ce qui l’obligerait alors à prendre soin de celle-ci en retour pour son propre bien. 

La dichotomie homme-nature n’a donc pas lieu d’être. Il nous est impossible de nous extraire de la nature et d’échapper à son fonctionnement. Ce que nous créons s’appuie sur des processus chimiques et physiques qui nous pré-existent. Cela implique que ce que certains désignent de manière dédaigneuse par le vocable “chimie”, signifiant par là des productions qui leur semblent non-naturelles, voire contre-nature, est en fait parfaitement naturel.

Maintenant, ce qui est naturel n’est pas forcément sans danger, loin de là. Mais, pour évaluer le degré de dangerosité d’une action de l’être humain pour l’environnement et/ou pour lui-même, il importe de s’appuyer sur la réalité du monde vivant telle que décrit par la science, pas sur des superstitions réchauffées à la sauce new-age. Or, c’est exactement ce que fait cet appel d’Avaaz, avec sa pseudo-écologie.

En conclusion….

Il apparaît que l’activisme d’Avaaz se base avant tout sur une posture philosophique non-assumée, c’est-à-dire le rejet de l’agriculture moderne, qui s’incarnerait dans le glyphosate et Monsanto. Mais, il n’y a pas une once de fondement scientifique dans leurs assertions, lesquelles sont même parfois carrément des fabulations tirées d’on ne sait trop où. Et le problème, c’est que les militants regroupés autour de cette plateforme reconnaissent, même si ce n’est qu’à demi-mots, qu’ils n’ont pas vraiment de solutions de rechange, puisqu’ils la cherchent encore.

Ce n’est donc pas du tout ainsi que l’on pourra relever les défis posés par les problèmes de pollution et le réchauffement climatique. Au contraire, ce genre de politique mal avisée risque de nous faire perdre un temps et des ressources financières précieuses pour rien.

Je laisse ici le mot de la fin à Jean-Yves Nau qui résume assez bien la situation dans un article récent publié sur Slate.fr:

Au final, l’incapacité institutionnelle européenne d’organiser une évaluation indiscutable du risque sanitaire profite aux deux camps qui s’affrontent. Chacun use du flou ambiant pour, paradoxalement, conforter sa position et –de bonne foi ou pas– nourrir ses convictions. L’affrontement est ici d’autant plus violent que chaque camp sait qu’il n’existe pas de réel substitut chimique au glyphosate. La seule solution «non-chimique» dans la guerre aux mauvaises herbes est connue de longue date: il faut de labourer la terre. Or, le faire de manière mécanique, c’est aussi altérer l’environnement via les tracteurs, les carburants, les gaz à effet de serre, les érosions des sols. Ne reste plus, dès lors, que la rotation des cultures, et in fine, le labour au cheval. De bien belles cartes postales.

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

4 commentaires

  1. Ah, ici on croit en la modernité.
    Je suis arrivé ici en cherchant pourquoi Avaaz a proclamé le 23 juin que grâce à elle l’EU n’avait pas renouvelé l’autorisation du glyphosate, et le 1er juillet je tombe sur un article du Monde selon lequel l’autorisation a été renouvelée pour 18 mois.
    Que Avaaz soit une organisation douteuse ne l’est pas (douteux).
    Mais que Monsanto soit un empoisonneur l’est encore moins.
    L’agriculture “moderne” ! Ah, oui, l’industrie agroalimentaire et la finance ? Tu parles d’un cadeau à l’humanité.

    • A la modernité? Et qu’applez-vous modernité? Par ailleurs, en quoi Monsanto serait un empoisonneur? Ah oui, si je pose la question, c’est dans l’espoir que vous me sortiez un scoop. Tous les autres mythes éculés et largement débunkés, je les connais déjà (Tout est bien résumé ici: https://sceptom.wordpress.com/2015/05/18/monsanto-est-il-nefaste-franklin-veaux/). Et ça ne m’intéresse plus tellement de devoir y répondre.

      Ensuite, oui, l’agriculture moderne et l’industrie agroalimentaire sont effectivement un vrai cadeau pour l’humanité. Sinon, pouvez-vous nous dire à quand remonte vos souvenirs de la dernière famine que vous avez dû endurer? Ou vos parents? D’ailleurs, à part quelques consommateurs occidentaux aisés et une infime minorité de paysans espérant faire leur beurre de cette niche, pratiquement personne ne souhaite revenir à l’agriculture d’il y a 150 ans (aussi appelé agriculture bio ou encore agro-écologie, la distinction entre les deux concepts n’étant que rarement claire dans la tête de ces mêmes consommateurs se réclamant de “Mère nature”).

      Enfin, je ne vois pas pourquoi vous me parlez de la finance. Le sujet de ce billet concerne la propagande d’Avaaz et le fait qu’elle perpétue une vision fixiste que ne renieraient pas les créationnistes. Et ce n’est pas qu’Avaaz. La plupart des gens qui se battent contre Monsanto et les OGM partagent cette vision qui n’a rien à voir avec ce que l’on sait de la nature grâce à la science….cette même science qui décrit l’évolution ou qui pointe la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique et dont se réclament tous ces gens. Si, si, c’est la même science. Je ne vois donc pas ce que la finance vient faire là-dedans…sauf peut-être qu’Avaaz est en train de demander indûment de l’argent aux internautes….

      • @Ariane.

        Tout d’abord un sincère bravo pour votre blog, bien tenu et bien documenté. Il est nécessaire et important que de tels lieux de paroles et de débats intelligents et critiques existent sur le web.

        Mais j’aimerai poser quelques limites tout de même à vos critiques que j’ai lu ici et ailleurs, et qui me semblent excessives et par trop virulentes contre la tendance lourde à l’écologie et à l’agriculture bio en générale.

        Je partage avec vous une aversion contre le charlatanisme et l’obscurantisme qui se déploie et se nourrit autour de ces tendances. Cela me donne de l’urticaire et des brulures d’estomac.

        Cependant je fais parti de ces gens à formation scientifique qui volontairement s’inscrivent malgré tout dans cette tendance et qui à leur échelle tentent de préserver certaines ressources et richesses naturelles.

        J’entends bien que vous défendez le bien fondé d’une agriculture industrielle et internationalisée qui seule serait en mesure de nourrir convenablement l’humanité. Peut être… ce que je constate aussi tout les jours autour de moi (je vis en environnement rural et agricole), c’est la spirale investissement / endettement / rendement qui rend fou l’agriculteur moyen et qui génère autant de dégâts humaines qu’environnementaux. Ce que je constate ce sont des pays qui abandonnent des cultures vivrières ancestrales au profit de monoculture industrielle, avec toutes les conséquences dramatiques pour les agriculteurs locaux … et le pays tout entier en cas de retournement du marché. Ce que j’observe c’est la financiarisation des richesses agricoles produites et de leur stock, avec le lien perdu entre le travail humain réalisé, les terres utilisées, etc. et le prix sur le marché.
        Ce que je constate aussi ce sont des problèmes graves sur les populations d’abeilles domestiques mais aussi et surtout sauvages… et dont l’origine avérée est dans l’état actuel des connaissances multi factorielle (pesticides, monocultures, réchauffement, etc.)
        Ce que je constate c’est une disparition progressive des ressources en eaux potables, avec une eutrophisation galopante en Europe mais aussi et surtout dans les pays en voie de développement.
        Ce que je constat c’est qu’on nourrit des porcs Français avec du Colza Argentin ou Brésilien, en faisant fi du bilan carbone parce qu’en fin de compte il pèse peu sur le prix final.
        Ce que je constate ce sont des bras prudents qui se lève dans la communauté scientifique pour signifier des doutes sanitaires sur les effets cocktails du bain de chimie de synthèse dans lequel on vit aujourd’hui.Et l’ignorance totale où on se trouve sur les effets d’accumulations à longs termes de ces produits ou de leurs métabolites dans les organismes vivants, voir les sols…

        Oui je pense que dans un monde qu’on sait aujourd’hui complexe et décloisonné, à l’heure d’une Anthropocène qui porte officiellement son nom, il est de mon devoir individuel de limiter mes apports et mon empreinte sur l’écosystème. Et que je pense que les modes de production les plus économes ont un avenir et qu’il faut l’inventer. Dans le même ordre d’idée je pense qu’il est aussi urgent de repenser les échanges économiques, car c’est aussi le succès du capitalisme qui a permis à la foi l’essor de nos sociétés confortables, et l’avènement des problèmes globaux auxquels on doit faire face pour aujourd’hui et demain.

        Pour nos enfants, et ma fille en particulier, je milite pour l’écologie. Mais bien sur vous avez aussi raison sur certaines de vos critiques et je suis avec vous contre l’obscurantisme. je suis contre vous quand il s’agit de dénigrer un mouvement de société qui cherche une voie de sortie.

        Et vous qui avez souvent tendance à dénigrer les compétences des écologistes (d’un point de vue politique et communication je veux bien vous suivre); je trouve encore plus grave que les problèmes environnementaux ne trouvent aucune place dans les autres parties plus conventionnels. Nos politiques sont parfaitement incultes sur la chose scientifique, et la chose environnementale en particulier.

        Théo

  2. Il me semble que l’étude de Serallini avait été en partie financée par Carrefour qui préparait justement une campagne “sans OGM” pour ses hypermarchés. Pour l’indépendance on se permettra de rire doucement.

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