Commentaire à chaud #13-1 | Le #machisme #arabomusulman…se fondant dans le machisme en Europe

Hier soir, avant d’aller me coucher, je suis tombée sur cet excellent éditorial au New York Times de Kamel Daoud, intitulé La misère sexuelle du monde arabe. Il y explique notamment à quel point les sociétés du Moyen-Orient sont encore grevées d’un machisme pesant et par un rapport maladif à la femme:

Aujourd’hui le sexe est un énorme paradoxe dans de nombreux pays arabes : On fait comme s’il n’existait pas, mais il conditionne tous les non-dits. Nié, il pèse par son occultation. La femme a beau être voilée, elle est au centre de tous nos liens, tous nos échanges, toutes nos préoccupations.

Si je ne peux qu’être d’accord avec la plus grande partie de son constat, j’ai plus de mal avec sa conclusion: 

Ce qui avait été le spectacle dépaysant de terres lointaines prend les allures d’une confrontation culturelle sur le sol même de l’Occident. Une différence autrefois désamorcée par la distance et une impression de supériorité est devenue une menace immédiate. Le grand public en Occident découvre, dans la peur et l’agitation, que dans le monde musulman le sexe est malade et que cette maladie est en train de gagner ses propres terres.

A mon sens, la réalité est toute autre. Comme je le remarquais dans un billet précédent, les hommes issus de pays arabo-musulmans n’ont de loin pas le monopole du harcèlement des femmes dans les espaces publics. Mais, en plus, il se trouve que les événements de Cologne et dans d’autres villes allemandes, le 31 décembre 2015, n’ont rien de particulièrement nouveau. 

La conclusion de Kamel Daoud donne l’impression que certains découvrent seulement maintenant la problématique du refoulement sexuel dans les sociétés moyen-orientales et du machisme qui les caractérise. Elle est pourtant magnifiquement mise en scène dans le film Halfaouine, l’enfant des terrasses de Férid Boughedir, sorti en 1990, soit, il y plus de 25 ans! Alors oui, je sais, malheureusement, ce film n’a touché qu’un public relativement confidentiel. Quand je suis allée le voir avec ma mère à Genève, il n’y avait que 10 personnes dans une salle de cinéma pouvant en contenir au moins 300. Mais enfin, il est aussi passé plusieurs fois à la TV. Ce n’est donc pas non plus un parfait inconnu au bataillon!


Trailer: Halfaouine, l’Enfant des Terrasses de… par DVDPost

De plus, même si les événements de Cologne se signalent par leur ampleur et leur aspect spectaculaire, ils n’en sont néanmoins pas si inhabituels que cela. N’importe quelle femme pourra le confirmer. D’ailleurs, cela a été confirmé il n’y a pas si longtemps, puisque l’année dernière, une vidéo tournée en caméra cachée par une jeune femme belge, a largement circulé, montrant son auteur subir un véritable harcèlement dans certaines rues de Bruxelles, notamment de la part de jeunes d’origine maghrébine. 

Cette vidéo reflète aussi des expériences que j’ai vécues, alors que j’étais adolescente, puis quand j’avais dans la vingtaine. Je me souviens ainsi d’avoir été fréquemment abordée de manière appuyée et vraiment insistante par des jeunes hommes maghrébins ou italiens dans les années 90, agissant souvent en groupe de 3-4 individus, lorsque je me trouvais seule dans les rues de Rome et de Florence. Quand on a que 13-14 ans, c’est impressionnant et effrayant! Lorsque je m’en suis plainte à mes profs (j’étais en voyage avec l’école et nous avions généralement l’après-midi de libre), la seule réponse à laquelle j’ai eu droit, c’était que je ne devais plus me déplacer seule! J’ai accepté cela, parce que je n’étais qu’une adolescente et que j’avais compris qu’une gamine seule dans l’espace public, de toute manière, ne pouvait pas être en sécurité, surtout à l’étranger.

En même temps, je ne m’amusais pas à traîner dans des « ruelles » peu recommandables. Je me déplaçais toujours avec mon « Guide Bleu » et je ne fréquentais que les quartiers de musées et de monuments culturels. Ce n’est donc pas comme si j’étais descendue seule dans des bars mal famés. Mais, c’est ainsi que j’ai progressivement intégré l’idée que les rues étaient dangereuses pour moi et que je devais donc faire systématiquement attention. Une agression, très brève, sans blessure physique, mais par surprise, a définitivement imprimé cette donne dans ma tête. Et cette agression n’était pas de la part d’un Maghrébin, mais d’un petit vieux lubrique dégoûtant, tout ce qu’il y a de plus italien. Celui-là, je ne suis pas prête d’oublier son air goguenard, son rire narquois et sa langue pendante!

Quelques années plus tard (entre 20 et 27 ans), quand je me suis de nouveau retrouvée à me balader seule dans des villes italiennes, espagnoles ou du sud de la France (Je n’y peux rien si la visite d’églises, de musées et de monuments n’intéressait pas les gens autour de moi), j’ai eu le même type de problèmes. Apparemment, une jeune femme seule, quel que soit son habillement et son comportement, reste malgré tout une proie potentielle dans ces pays. Et que je me coltine des chapelets de jeunes hommes méditerranéens (italiens, espagnols, maghrébins ou d’Afrique sub-saharienne), me sifflant dans la rue, me lançant des invitations importunes à la cantonade et des regards vraiment insistants. De nouveau, on m’a fait comprendre qu’on n’y pouvait rien et que les « pays du sud » étaient irrémédiablement bourrés de gros machos qui considèrent l’espace public comme un terrain de chasse! C’était donc à moi de me faire aussi discrète que possible pour éviter de me faire remarquer et embêter.

Mais vous savez quoi? Ce genre d’expériences désagréables ne m’est pas uniquement arrivé dans les pays méditerranéens. En Suisse, aussi. Alors, c’est vrai que les goujats qui m’embêtent sont rarement suisses. Le plus souvent, ce sont des Maghrébins, des ressortissants de pays d’Afrique sub-saharienne, mais aussi des Balkaniques et des Latino Américains. Mais, ça ne change rien au fait que jusqu’à cette histoire de Cologne, la réponse qui m’a été faite a toujours été la même: Fais tout ce qui est en ton possible pour éviter ce genre d’interactions, sous-entendu, si tu te fais draguer lourdement dans un espace public, c’est que, quelque-part, tu l’as provoqué, même involontairement. Donc, s’il le faut, rase les murs, fais-toi toute petite, marche vite, sans t’arrêter, bref, dépêche-toi de rentrer, en lieu sûr! Aujourd’hui, heureusement, je subis moins de ce genre de harcèlement. Probablement parce que j’ai l’air assez baraquée et que j’adopte une démarche résolue quand je me déplace seule dans des espaces publics. Du coup, je ne ressemble plus du tout aux proies « faciles », c’est-à-dire ayant du mal à se défendre, qu’affectionnent particulièrement les hommes s’adonnant à ce genre de petits jeux malsains.

Si les événements de Cologne illustre un choc, ce n’est pas entre les civilisations  moyen-orientales et européennes, mais entre les hommes et les femmes, d’abord, puis entre l’extrême-droite, notamment identitaire, et le monde politique confronté à une réalité complexe: l’afflux de dizaines de milliers de réfugiés fuyant la guerre au Moyen-Orient, venant s’ajouter aux rescapés économiques d’autres pays du sud, déjà stigmatisés depuis des années. Et c’est cette confrontation qui a propulsé les drames de la nuit du 31 décembre 2015 en première page! Ces événements sont donc tombés à point nommé dans l’escarcelle des xénophobes de tout acabit qui veulent simplement fermer les portes de l’Europe à tout ce qui vient de l’extérieur, y compris aux réfugiés de guerre. En effet, cela leur permet de les décrire comme des hordes de mâles en rut qui viennent menacer « nos femmes » et, par extension, de justifier leur volonté de piétiner le statut de réfugiés. Sinon, on n’en aurait pas plus entendu parler que des multiples harcèlements dont sont régulièrement victimes les femmes lors de grands rassemblements festifs, comme, par exemple, l’Oktober Fest de Münich, où la proportion d’Arabo-Musulmans est infime par rapport à celles des fêtards d’origine européenne et nord-américaine! 

Oktoberfest 2003 et machisme

Photo de la fête de la Bière 2003 (2003), Roffetn2. This file is licensed under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license.

 La réalité est que le comportement de ces jeunes arabo-musulmans dans les espaces publics ne se distinguent pas tellement de celui de nombreux hommes non-arabo-musulmans. Je ne sais pas si l’islam est particulièrement insoluble dans la démocratie occidentale (comme le veut la formule consacrée par l’extrême-droite), mais le machisme arabo-musulman, lui, est parfaitement soluble dans le machisme ambiant persistant encore dans nos sociétés. Il aura fallu un drame d’ampleur extraordinaire, sur fond de crise européenne majeure, pour que des gens commencent à se poser des questions! Et encore, à l’extrême-droite, ils ont décidé de l’empoigner par le petit bout de la lorgnette (l’islam) et le mauvais, en plus!

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

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