Factuellement correct #6-1 | Nouvelle séquence pour les anti-OGM

Il y a une semaine a eu lieu une nouvelle «Marche mondiale contre Monsanto» et contre les OGM. En 2013, j’avais rédigé un billet qui passait au crible la tribune publiée sur Huffpost par Corinne Lepage, avocate, militante anti-OGM, ancienne ministre française de l’environnement et ancienne députée européenne écologiste, pour inaugurer cette nouvelle journée annuelle. En effet, elle cumulait un certain nombre de mythes à propos de Monsanto et des OGM et il était donc intéressant de pouvoir les démonter tous en même temps.

Elle s’était notamment magistralement prise les pieds dans le tapis en relayant une rumeur particulièrement nauséabonde et totalement infondée sur la firme américaine: celle-ci aurait racheté Blackwater, une multinationale du mercenariat de triste mémoire, responsable de nombreuses exactions militaires dans diverses zones de guerre impliquant les forces de l’OTAN. Plutôt que de reconnaître son erreur, soulignée par le sceptique Wackes Seppi, bloggeur chez les Imposteurs, elle avait supprimé son commentaire posté sous l’article, puis changé discrètement son texte, ni vue, ni connue.

J’ai décidé de recommencer l’exercice avec la tribune qu’elle a publiée à l’occasion de cette 3ème journée mondiale contre Monsanto, parce qu’en deux ans, mine de rien, le discours a passablement évolué. Plus spécifiquement, il reflète un changement d’angle d’attaque chez les anti-OGM qui se rendent compte qu’ils sont en train de perdre complètement la bataille de la science, malgré la prouesse médiatique de Gilles-Eric Séralini, son camarade en blouse blanche, et leurs tentatives répétées de disqualifier les autorités ainsi que les institutions scientifiques. Ils tentent donc aujourd’hui de circonscrire le débat au terrain juridique, concernant essentiellement les question des brevets et des droits des consommateurs. Et comme Mme Lepage est avocate, elle y est donc évidemment bien plus à l’aise, sans compter que la rhétorique n’a pas de secrets pour elle.

OGM, amiante, tabac et vache folle, même combat

Et elle attaque plutôt fort:

Il est un dossier emblématique, comme peuvent l’être les dossiers de l’amiante ou du tabac, un sujet de 30 ans qui revient comme un serpent de mer de manière régulière et qui hante les institutions européennes. On nous vante les possibles vertus de plantes pouvant résister à la sécheresse, à certaines maladies ou à certains insectes nuisibles. On nous parle de nourrir 10 milliards d’humains grâce à ces plantes. En fait, on nous propose des plantes brevetées dont les seules caractéristiques sont d’enrichir ceux qui possèdent les brevets et accessoirement de créer un risque sanitaire.

Le danger des OGMC’est ainsi que le débat sur les OGM est soigneusement cadré selon un schéma cousu de fil blanc: tout comme l’industrie de la construction ou du tabac, les producteurs d’OGM essaieraient d’enfumer les citoyens-consommateurs pour faire un maximum de bénéfices tant qu’elle le peut, avant qu’un énorme scandale sanitaire ne lui explose à la figure et ne l’oblige à changer radicalement. Dans le cas des plantes génétiquement modifiées, Mme Lepage arrive à faire passer la perspective d’améliorer grandement le travail des agriculteurs et de contribuer à nourrir plus facilement 10 milliards d’êtres humains pour un problème complètement secondaire face à l’ignominie que constituerait l’enrichissement des détenteurs de brevets. Oui, parce que comme on le verra plus loin, pour la militante écologiste, l’industrie agro-alimentaire n’est pas censée faire de profits. C’est mal. Et tant pis si, en même temps, elle facilite le travail de dizaines de millions de paysans à travers le monde! D’ailleurs, même le risque sanitaire potentiel qu’elle évoque sans le préciser, n’est qu’accessoire pour elle! C’est dire à quel point, elle se soucie réellement des victimes de l’industrie!

Un maïs, selon ses caractéristiques, aura toujours besoin de la même quantité d’eau pour produire une protéine. Il existe diverses variétés qui sont plus ou moins consommatrices d’eau, cela s’appelle la sélection génétique et non un OGM. Le moyen de produire cette même protéine avec la même quantité d’eau, va être d’éliminer dans le champ toutes plantes concurrentes qui pourraient consommer l’eau à la place du maïs cultivé. L’OGM qui est développé pour répondre à des questions hydriques sera donc soit résistant à un herbicide, soit herbicide lui-même. En la matière, Monsanto avec son herbicide phare le round-up en est le meilleur exemple. Et peu importe que le glyphosate, principe actif du Round up soit classé comme probable cancérigène par l’OMS !

Alors, là, j’avoue que je suis presque tombée de ma chaise en lisant cela! En gros, elle est en train de nous expliquer que les mécanismes de résistance à la sécheresse de certaines plantes se limiteraient à éliminer toute concurrence végétale afin de monopoliser les faibles ressources en eau. Je n’ai aucune idée où elle est allée chercher une explication pareille, mais c’est totalement faux. Même Greenpeace, qui est pourtant l’un des mouvements les plus anti-OGM qui soit ne raconte pas une ânerie pareille! Oui, il existe des espèces capables d’empêcher d’autres plantes de se développer à proximité en libérant des toxines dans le sol par leurs racines, mais cela n’a rien à voir avec le processus qui intéresse les agronomes ici. Il est tout à fait possible de créer des variétés par transgenèse (ou par d’autres méthodes) qui soient capables d’agir de la même manière que des plantes capables de mieux survivre en temps de carence d’eau. Par ailleurs, comme on le verra plus bas, le fait que le glyphosate ait été récemment classé comme probable cancérigène ne change effectivement pas grand-chose au bien-fondé de son utilisation.

Mieux, pour elle, les bienfaits avérés et qu’elle ne contestent pas (!) des plantes transgéniques, ne seraient en réalité que des éléments d’une stratégie marketing, visant à circonvenir les résistances à cette technologie! Ainsi, même l’utilité confirmée et la nocivité supposée jamais démontrée de ces produits ne suffisent pas à conférer la moindre légitimité à cette industrie! Du coup, la commercialisation de plantes équipées de traits qui ne les rendent plus seulement utiles pour les agriculteurs, mais aussi pour les consommateurs, notamment dans les pays en voie de développement où des populations souffrent encore de gros problèmes de malnutrition, devient simplement un angle humanitaire qui varie dans le temps. Cette industrie machiavélique aurait même constamment mis en avant ses OGM médicaux pour tromper le public sur ses intentions réelles! Ce doit être pour cela que la plupart des gens, notamment parmi les anti-OGM, ignorent complètement que l’insuline est produite depuis 20 ans par des bactéries ou des levures génétiquement modifiées!

Et puis, quand le marketing ne suffit pas, alors, l’industrie essaierait carrément de forcer le passage, avec le soutien de l’abominable Oncle Sam! C’est ainsi que les importateurs de céréales en Europe auraient tenté de faire accoster des cargos pleins soja américain, avec une part non déterminée d’OGM à bord. Ainsi, soi-disant en réaction à ce coup, l’UE aurait alors conçu une directive, semble-t-il fort bien écrite selon Mme Lepage. Mais, la directive 2001/18/CE relative à la dissémination volontaire d’organismes génétiquement modifiés, qui imposait notamment l’étiquetage de tous les produits contenant des OGM et un mécanisme de traçabilité des ingrédients, a effectivement été modifiée pour établir un seuil au-dessous duquel les produits n’ont plus besoin d’être étiquetés comme contenant des composants à base d’OGM. Mais, cela n’a pas changé grand-chose sur le terrain. Depuis près de 15 ans, il existe une espèce de moratoire de fait sur les approbations à la culture et à la commercialisation d’OGM pour la consommation humaine.

Elle en conclut que si les populations européennes restent toujours aussi sceptiques, voire opposés aux OGM, ce ne peut qu’être pour une seule raison: les OGM annonceraient une crise sanitaire similaire à celle de la vache folle qui resterait encore dans toutes les mémoires. Parce que tout le monde sait que la transgenèse, c’est comme une infection au prion de l’Encéphalopathie spongiforme bovine! Aux USA, les consommateurs voudraient aussi que les produits à base d’OGM soient spécialement signalés, mais ils n’y parviennent pas, sauf dans le Vermont où un référendum à imposé l’étiquetage. Elle oublie commodément de préciser que les Américains ont rejeté des projets de lois visant à imposer une telle obligation dans plusieurs états où des référendums avaient été lancés par des associations citoyennes. De toute évidences, ces consommateurs qui veulent absolument « savoir » ne constituent pas la majorité des citoyens. Sauf dans le Vermont, où ils ont réussi à convaincre leurs concitoyens de les suivre.

Et du coup, Monsanto poursuivrait l’Etat devant la cour….sauf que c’est faux. En effet, ce sont des associations professionnelles telles que BIO (une association dont fait partie Monsanto), Grocery Manufacturers Association (GMA), Snack Food Association, International Dairy Foods Association et la National Association of Manufacturers, qui ont lancé cette procédure judiciaire. Naturellement, Monsanto les soutient, mais l’entreprise n’est pas du tout à l’origine de cette initiative, ni même à sa tête. Elle mentionne aussi une class action ouverte contre Monsanto, mais sans donner plus d’informations. Et le fait que tout ce que j’ai pu trouver, c’est l’annonce de le lancement d’une telle démarche en avril 2015 par un certain T. Matthew Philips, avocat à Los Angeles, mais, pratiquement personne n’en parle, à part les milieux anti-OGM et le Examiner.com. Celui-ci accuse Monsanto de publicité mensongère concernant le glyphosate, qui, selon l’homme de loi, interférerait avec l’action d’une certaine enzyme, l’EPSP, qui joue un rôle dans le fonctionnement de bactéries intestinales que l’on trouve chez certaines espèces animales, mais pas chez l’homme. Cette théorie est une vieille rengaine des anti-OGM que pratiquement plus personne ne prend au sérieux. Du coup, on peut sincèrement se demander quelles sont les chances d’une telle plainte collective. Peut-être est-ce pour cela que si peu de médias s’intéressent à cet avocat et à sa procédure.

Le principe de précaution, pour empêcher le débarquement de plus d’OGM en Europe?

Exigence d'un étiquetage des produits à base d'OGMLa grande différence entre les Américains et les Européens ne résiderait pas tant dans leur attitude vis-à-vis des plantes transgéniques que dans leur manière d’aborder la problématique. Alors que les premiers préfèreraient agir en aval après coup, au risque d’être sorry, les seconds, eux, favoriseraient une prévention en amont. Selon l’avocate, l’Union Européenne aurait développé deux outils juridiques pour éviter le pire: d’une part, le risque de développement, qui permet à un acteur industriel de ne pas être tenu pour responsable d’un dommage s’il n’était pas prévisible en l’état des connaissances scientifiques au moment de la commercialisation de son produit ou service; et d’autre part, le principe de précaution. Seulement voilà, l’industrie aurait trouvé le moyen de circonvenir ces contraintes juridiques grâce à un lobbying intensif d’organismes supranationaux comme l’office de coopération et de développement économique (OCDE) pour obtenir des protocoles très faibles, qui se limitent à des études de très court terme et qui reposent sur des principes fallacieux comme celui de l’effet-dose.

Outre que ce n’est pas l’office, mais l’organisation de coopération et de développement économique, on voit là qu’elle n’a toujours pas digéré les critiques lapidaires faites à l’étude farfelue de son compère de laboratoire, Gilles-Eric Séralini. En effet, les résultats incohérents de ses mesures, notamment d’effet-dose, mais aussi d’effets-seuil, posés comme une hypothèse ad hoc, avaient fait l’objet de nombreux quolibets (par exemple, ici et ici). Sans compter que le professeur prétendait que le principal mérite de son étude résidait dans la mise en évidence des effets cancérigènes de l’OGM testé, alors que son protocole visait à tester….sa toxicité. En dernier recours, il avait alors affirmé que si son étude ne permettait pas de tirer la moindre conclusion, alors, celles de l’industrie, qui suivraient supposément le même protocole (ce qui n’est pas le cas), non plus. Ce qui ne l’a pas empêché de continuer à claironner partout à qui voulait l’entendre que son étude, qui ne vaudrait donc rien du fait d’un protocole bancal, prouve bien la carcinogénicité DES OGM (et non pas juste du maïs NK603 testé) ainsi que du glyphosate! Du coup, comme son allié en blouse blanche n’a pas pu obtenir des mesures d’effets-dose démontrant leur thèse militante de manière crédible et reconnue, elle a décidé qu’elles étaient fallacieuses.

D’ailleurs, pour elle, c’est tout l’univers de la science qui est coupable, dans cette histoire! C’est-à-dire qu’elle suggère très lourdement que des centaines de milliers de scientifiques, dispersés dans des milliers d’institutions publiques à travers le monde, seraient tous aux bottes de l’industrie et de l’OMC.

De surcroît, les producteurs peuvent s’appuyer sur l’organisation mondiale du commerce qui œuvre à lutter contre les barrières grises. Ainsi pour lutter contre les entraves, l’OMC a adopté une formule issue directement des législations nord-américaines avec deux mots associés «science based » que l’on pourrait traduire littéralement par basé sur la science. Et c’est ainsi que depuis 15 ans, l’UE et les États-Unis s’opposent juridiquement en utilisant les bases juridiques différentes de chacune des institutions. On sait très bien que derrière les mots « science based » se cachent en réalité une organisation de l’ignorance scientifique qui permet de retarder toute évolution des législations en matière de prudence, prévention et précaution. À ce titre de livre de Stéphane Foucart «La fabrique du mensonge» explique très bien les méthodes pseudo scientifiques qu’ont utilisées les industries du tabac, de l’amiante ou les fabricants d’OGM pour empêcher la connaissance puis entretenir un doute qui n’a plus lieu d’être.

Je n’ai pas lu l’ouvrage de Stéphane Foucart, mais s’il a vraiment décrit ainsi la manière dont les risques du tabac ou de l’amiante ont été portés à la connaissance des responsables industriels et politiques ainsi que du grand public, alors, il y a un problème. En effet, contrairement aux mythes très répandus dans l’espace public, le lien entre amiante et maladies du poumon était connu…depuis la fin du 19ème siècle. Et dès les années 1900, des médecins, des experts et des syndicalistes ont commencé à tirer la sonnette d’alarme pour dénoncer les conditions de travail des ouvriers exposés régulièrement à l’amiante. Dès les années 50, il y avait un consensus généralisé sur la toxicité de cette substance pour les travailleurs. Non seulement les responsables industriels et politiques, mais aussi le grand public savaient que l’amiante pouvait s’avérer dangereuse pour la santé quand le scandale a éclaté dans les années 70.  Ce dont les gens ne se rendaient probablement pas compte, c’était de l’ampleur du problème sanitaire que causerait l’utilisation massive de ce matériau. Pour le tabac, le lien entre tabagisme et cancer des poumons a été établi plus tard, mais de nouveau, il était connu, y compris du grand public, quand l’industrie a effectivement essayé de contrer un mouvement de prévention des dangers du tabagisme en achetant certains chercheurs ou en produisant des études biaisées dans ses propres laboratoires.

Ainsi, quand l’Union européenne a tardé à autoriser des OGM, les États-Unis ont saisi l’OMC et obtenu gain de cause en 2006 estimant que les restrictions n’étaient pas fondées sur des évaluations des risques au sens de l’accord international sur les mesures sanitaires et phytosanitaires. Quand les producteurs de miel allemands veulent pouvoir produire sans OGM et qu’ils constatent une contamination de la part d’un OGM produit par Monsanto, ils saisissent la justice allemande pour obtenir une compensation. La justice allemande leur donne raison et la Cour de Justice de l’UE confirme ce jugement. Ce jugement devient très gênant pour le développement des OGM en Europe et constitue un frein. Qu’à cela ne tienne ! Une nouvelle législation poussée par l’industrie et soutenue par les groupes des libéraux, des conservateurs et l’extrême droite au Parlement européen intervient pour faire reconnaître le pollen comme n’étant pas un ingrédient du miel. Dès lors, la jurisprudence devient inapplicable.

Le hic, c’est que les choses ne se sont pas exactement passées ainsi. La justice allemande, saisie en 2006, n’a pas donné raison au plaignant. Elle a d’abord noté que le pollen n’entre pas dans la composition du miel (fabriqué par l’abeille à partir du nectar secrété par les fleurs qu’elle butine). Cependant, des traces de pollens peuvent s’y retrouver par accident. En conséquence, elle a donc consulté la Cour de Justice de l’UE pour savoir si la simple présence, dans les produits apicoles en cause, de pollen de maïs génétiquement modifié ayant perdu sa capacitéde reproduction a pour conséquence que la mise sur le marché de ces produits est soumise à autorisation. A cela, la CJUE a répondu, en septembre 2011, par la positive. Et, d’après ce que j’ai compris, c’est à peu près tout.

Mais, un tel avis pouvait avoir une conséquence importante sur la législation concernant l’étiquetage des produits contenant des ingrédients issus d’OGM, puisqu’il préconisait une indication systématique de la présence de traces de tels éléments, même s’ils constituent moins de 0,9% du contenu, le seuil minimal imposé jusque-là. Pas étonnant que l’industrie se soit battue là-contre. Mais, contrairement à ce qu’elle prétend, ce ne sont pas les semenciers qui ont lutté contre une telle évolution, mais les importateurs européens de produits alimentaires, notamment de miel. De fait, la raison a quand même fini par l’emporter au parlement européen, où les eurodéputés ont admis que le pollen peut être considéré comme un «composant naturel du miel» et qu’étant donné que le [il] n’est présent qu’à hauteur de 0,5% environ dans le miel, il ne dépasserait jamais le seuil qui nécessiterait son étiquetage.

La science ne trouve pas les OGM dangereux? On fera sans la science!

OGM qui mordPrès d’une année après, les anti-OGM allaient frapper un grand coup. Et Corinne Lepage était de la partie. Il s’agit bien entendu du cirque médiatique organisé autour de l’étude fracassante de Gilles-Eric Séralini, évoquée plus haut. La stratégie de relations publiques accompagnant la publication de cette recherche a très rapidement fait comprendre à la communauté scientifique que la communication ne s’adressait pas du tout à elle, mais au grand public, sur lequel les deux militants entendaient s’appuyer pour pousser les institutions de l’UE et de ses membres à verrouiller complètement la législation. En effet, l’interdiction faite aux journalistes de la presse généraliste de consulter d’autres experts s’ils voulaient avoir accès à l’étude avant sa sortie officielle démontrait bien que ses auteurs voulaient absolument éviter toute critique scientifique avant le lancement de leur campagne. Une fois l’opinion publique chauffée à blanc, il était alors beaucoup plus facile de faire passer tous leurs critiques pour des vendus à Monsanto.

Cependant, l’orage médiatique déclenché par cette sur-médiatisation a certes pu faire vaciller un certain nombre d’acteurs politiques et institutionnels, mais les divers instituts européens, nord-américains et australiens ont eu tôt fait de sonner la fin de la récréation, en soulignant à quel point le protocole était bancal, les résultats incohérents et les conclusions en total décalage avec les données présentées. De fait, malgré cette tentative de dévoyer complètement la science au service d’une posture purement politique, il s’est avéré qu’ils ne pourraient pas gagner sur ce terrain. Après tout, la thèse complotiste affirmant que Monsanto aurait réussi à acheter tous les universitaires du monde et tous les experts travaillant pour les autorités sanitaires ne peut vraiment convaincre que les convertis animés d’un foi aveugle. Et même si ces derniers arrivent à exercer une influence inversement proportionnelle à leur réelle représentation numérique, ils sont loin de pouvoir parler pour l’ensemble de l’humanité!

Mais, évidemment, les écologistes, Mme Lepage en tête, n’allaient pas désarmer pour autant. Puisqu’ils avaient perdu la bataille scientifique, ils allaient donc reporter tous leurs efforts sur le terrain purement juridique et socio-économique, là où le consensus des experts est souvent beaucoup moins écrasant et donc difficile à ignorer. C’est ainsi que pendant plus de 3 ans, ils vont travailler au corps toutes les institutions européennes, afin de faire admettre la possibilité pour les états membres de refuser la culture de plantes transgéniques et la commercialisation de produits contenant des ingrédients issus de ces organismes, sur d’autres bases que des preuves scientifiques. En effet, les législations internationales, notamment de l’OMC, stipulent, comme elle l’a énoncé plus haut, que le refus d’approuver la commercialisation d’une nouvelle technologie soit motivée par des résultats scientifiques récents et confirmés par la communauté des experts, démontrant un réel danger pour l’environnement et/ou pour l’homme. Or, comme on vient de le voir, les anti-OGM ont lamentablement échoué à amener une quelconque preuve scientifique en mesure de secouer véritablement l’opinion des experts sur l’innocuité des OGM en l’état des connaissances actuelles.

Nous avons changé la base légale du texte pour permettre justement une interdiction en prenant en compte les motifs environnementaux et sanitaires qui étaient déjà prévus dans la directive 2001/18, afin justement de ne pas sortir des protocoles OMC et de ne pas risquer une condamnation pour les Etats qui décideraient d’appliquer cette législation. Le Conseil de l’Union Européenne a décidé de bloquer cette directive sous l’impulsion de quelques Etats avec en tête l’Espagne – pays sur lequel on se souvient que dans le câble wikileaks, les États-Unis avaient fait pression pour le développement des OGM – et les Etats se sont retrouvés alors de nouveau bloqués par leurs interdictions.

Il fallait donc absolument arriver à exiger que d’autres critères puissent être mobilisés. Par ailleurs, contrairement à ce qu’elle prétend, les câbles wikileaks ne disent pas que l’Espagne a subi des pressions de la part des USA. En fait, ce serait même l’inverse: l’Espagne aurait demandé aux USA de maintenir leur pression sur Bruxelles!

Cette révision de directive bloquée, la décision de la cour de justice de l’Union Européenne contournée, le champ est redevenu libre pour toutes les autorisations que voudrait donner la commission européenne. Dans un souci de communication, la commission européenne a indiqué donner la possibilité pour les Etats membres d’interdire les OGM sur leur territoire sauf pour des motifs environnementaux et sanitaires. Le texte finalement adopté est revenu à la case départ, celle du piège !

En réalité, la Commission européenne n’avait plus tellement de choix, coincée qu’elle était entre ces blocages à répétition qui s’accumulaient depuis près de 15 ans et la pression d’une industrie qui a vu ses activités économiques empêchées de manière complètement injustifiée pendant tout ce temps.

Non, le principe de précaution ne permet pas d’écarter les OGM résistant au glyphosate

Mais, Corinne Lepage n’est jamais à bout d’idées:

Pourtant la Commission européenne bénéficiait d’une récente décision qui venait la renforcer dans le cadre légal de l’UE et de l’OMC, c’est-à-dire tant sur la base du principe de précaution que sur celui de « based science ». En effet, le classement par l’OMS du glyphosate dans les produits probablement cancérigènes permettait d’écarter sur la base d’un principe comme de l’autre les demandes ou les renouvellements d’OGM tolérants au glyphosate.

Sauf qu’elle base son analyse sur une conception complètement erronée de la fameuse catégorie probablement cancérigène de la classification des substances chimiques par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC). En effet, une substance peut-être rangée dans la catégorie 2A sur la simple base d’indices concordants de sa cancérogénicité pour l’homme et des preuves suffisantes de sa cancérogénicité chez les animaux de laboratoire. De fortes présomptions que la cancérogenèse est induite par un mécanisme qui fonctionne également chez l’homme peuvent aussi mener à cette catégorisation d’une substance. Enfin, dans des cas exceptionnels, le CIRC peut se baser sur des preuves limitées de sa cancérogénicité pour l’homme. En d’autres termes, il soupçonne l’existence d’un lien entre exposition au glyphosate et certains types de cancer, mais n’en a, pour l’instant, aucune preuve. Et ce n’est pas pour dire, mais dans cette catégorie, on trouve des substances aussi courantes que les acrylamide, un composé fréquemment utilisé dans les plastiques, mais qui se se forme aussi au moment de la friture d’aliments. Sans compter que des professions, telles que coiffeur, sont aussi considérées comme «probablement cancérigène». Qui parle de ne plus renouveler les licences ou les diplômes de coiffeurs? De fait, la plupart des produits classés dans la catégorie 2A représentent un risque potentiel essentiellement pour les professionnels en contact régulier et éventuellement à assez hautes doses avec ceux-ci.

Il en ressort que même en invoquant le principe de précaution, il ne serait pas possible de refuser les demandes ou les renouvellements d’approbation d’OGM RR (RoundUp Ready). En effet, il semblerait que Mme Lepage s’appuie sur une conception de cette notion qui est courante dans l’opinion publique, ce qui explique qu’elle ne la précise pas, mais qui est en fait assez éloignée de sa définition juridique. Pour beaucoup de gens, le principe de précaution se réduit à l’idée de s’abstenir de toute action qui pourrait déboucher sur des conséquences néfastes, même si leur probabilité est extrêmement faible. Il devient alors une espèce de principe d’immobilité. Mais, pour l’UE (ainsi que pour la France), il s’agit avant tout d’un élément de l’analyse du risque (qui comprend aussi la gestion du risque et la communication du risque). Le principe de précaution requiert donc avant tout une évaluation scientifique des effets potentiellement négatifs, des données scientifiques disponibles et de l’étendue de l’incertitude scientifique. En d’autres termes, l’«imaginaire» du risque potentiel est strictement circonscrit aux connaissances scientifiques du moment, ce qui en exclut d’office les fantasmes issus de préjugés personnels. De plus, la définition légale du principe de précaution exige une proportionnalité entre l’étendue de l’incertitude scientifique et les actions de prévention, c’est-à-dire, moins les experts sont capables de prédire les risques potentiels, par manque de données ou parce qu’il s’agit d’un tout nouveau domaine, plus les mesures de précautions devront être importantes. Cela ne signifie cependant toujours pas qu’il faille s’abstenir d’utiliser une technologie en cas de grande incertitude, mais plutôt qu’il faut investir dans la recherche pour la réduire.

Pour revenir au glyphosate, il se trouve que l’incertitude des scientifiques sur ses dangers potentiels est assez faible, puisque cela fait maintenant plus de 40 ans que le produit est utilisé comme herbicide dans le monde entier et de très nombreuses recherches, aussi bien publiques et donc indépendantes que par l’industrie, ont permis de l’étudier de manière assez exhaustive. Jusqu’à maintenant, le consensus généralisé est qu’il s’agit d’un des herbicides les moins toxiques sur le marché, ce qui lui donne un excellent rapport avantage-désavantages. Même la dernière requalification du glyphosate en substance «probablement cancérigène» par le CIRC ne change pas grand-chose à ce consensus. De fait, les mesures préconisées par Mme Lepage vont à l’encontre de certaines règles directrices du principe de précaution et sont complètement disproportionnées par rapport aux risques potentiels. Au mieux, ce qu’elle pourrait exiger, c’est que l’usage du glyphosate soit encadré de manière encore plus stricte et soumis à divers contrôles, notamment dans le cadre professionnel. Car ce ne sont pas les jardiniers amateurs qui épandent du roundup une ou deux fois par saison sur des petites surfaces qui sont le plus à risques, mais bien les agriculteurs.

De fait, les accusations, à la limite du diffamatoire, que Mme Lepage s’abaisse à relayer ici contre l’EFSA et la commission européenne ne servent que d’enfumage pour éviter de devoir reconnaître qu’en réalité, les anti-OGM n’ont aucun argument valable pour s’opposer aux variétés obtenues par transgenèse. Ni scientifique, ni juridique, ni même politique! En effet, quand un militant se rend compte que tous ses arguments sont battus en brèche, il ne lui reste plus qu’à accuser ses adversaires d’être corrompus.

Mais en attendant, l’étau se resserre sur la toxicité des OGM et le fait d’avoir refusé de refaire l’étude de G.E. Séralini, même pour la mettre en cause, témoigne d’une carence coupable.

L’étau politique et des campagnes encourageant la population à avoir peur et à faire pression sur le législateur, oui. Mais, certainement pas de la science, comme on vient de le voir. Sans compter que la réplication de l’expérience de Gilles-Eric Séralini n’a non seulement pas été refusée, mais elle a été lancée en 2013 et est en cours. Les résultats sont attendus pour 2018. (Elle était annoncée là en 2013)

Compte tenu de la décision de l’OMS, les responsables européens engagent leur responsabilité personnelle mais les Etats membres peuvent parfaitement saisir la CJUE d’un recours en annulation pour le non-respect des principes européens garantis par les traités.

De fait, non seulement les autorités sanitaires et politiques européennes ont pleinement pris leurs responsabilités vis-à-vis des populations, mais on peut même dire qu’elles font de l’excès de zèle. Quand on sait les difficultés qu’ont les chercheurs à trouver des fonds pour des recherches souvent bien plus urgentes, on peut comprendre que certains ne voient pas d’un très bon œil près de 4 millions d’Euros de fonds publics mobilisés pour reproduire un protocole dont l’inanité a été largement démontré. On peut certes espérer que les équipes qui s’y sont attelés auront corrigé les défauts les plus rédhibitoires de celui-ci. Mais, à ce moment-là, on peut se demander si c’est encore une « réplication » de l’étude!

Au-delà, la bataille qui se joue est aussi celle du futur TAFTA dans la mesure où l’un des objectifs des Etats-Unis est précisément d’anéantir la législation européenne sur ce point et quelques autres, même si nous avons baissé dangereusement la garde sur les animaux clonés. Le Parlement européen était parvenu sous l’ancienne mandature à bloquer les aliments chlorés, la colle à viande et quelques autres « innovations » sans oublier la viande aux hormones. En définitive, au-delà de la mobilisation indispensable contre le TAFTA, le combat majeur est celui de la transparence et de l’étiquetage qui permettront aux consommateurs d’être le vrai contre-pouvoir face à des multinationales sans scrupules et des Etats défaillants dans l’objectif majeur, celui de veiller à l’intégrité physique et à la santé de leurs ressortissants.

Dans cette dernière tirade, l’avocate mélange de nouveau pas mal de choses. En fait, TAFTA pose problème à de nombreux acteurs politiques pour ce qu’il risquerait de sérieusement diminuer le niveau de protection des données privées et des libertés individuelles des citoyens européens, au nom, justement de la transparence. Il est donc amusant de voir l’avocate se plaindre que ce traité réduirait la transparence. Par ailleurs, contrairement à ce qu’elle prétend, ce traité ne vise pas à imposer aux Européens les règlements américains, mais à mettre en place des mécanismes de négociation devant favoriser la compatibilité entre les systèmes européens et nord-américains. En l’état des choses, rien ne permet d’affirmer à ce stade que les Européens seront obligés de manger des OGM, des aliments chlorés ou de la colle à viande, pas plus qu’ils perdraient le droit de signaler la présence d’OGM dans les produits alimentaires. Quant à la capacité de mobiliser les citoyens en leur faisant peur, qu’elle se rassure. Ce ne sont pas les Américains qui risquent d’empêcher cela, puisqu’ils ont une longue tradition de militantisme basé sur le « fear-mongering » (l’encouragement à la trouille).

En conclusion

OGM, le grand dangerIl n’est pas possible dire précisément à quel point cette tribune reflète les discours de l’ensemble de la nébuleuse anti-OGM. Cependant, on y trouve un glissement discursif progressif, par lequel le terrain de la science est abandonné à la faveur des questions juridiques et politiques, que je remarque de plus en plus souvent dans les conversations avec des gens issus de ces groupements. Dans ce texte, Corinne Lepage voile à peine son mépris, ou du moins son profond agacement, pour cette communauté scientifique qui s’entête à ne pas corroborer les craintes des opposants aux plantes transgéniques, même quand ceux-ci se présentent en blouse blanche et gants de laboratoire. Non seulement cela, mais que les biotechnologies aient un avantage quelconque pour les agriculteurs et les consommateurs n’est finalement que secondaire.

Pour elle, le problème est totalement ailleurs: tous les malheurs du monde proviennent d’un milieu industriel transnational qui profiterait de la nonchalance de politiciens plus ou moins corrompus pour essayer d’imposer une modernité capitaliste écrasant tout sur son passage au nom du seul profit d’une petite élite bourgeoise. La motivation principale de son combat ne me semble donc pas le désir de garantir une agriculture respectueuse de l’environnement ou de l’être humain, mais de mettre un maximum de bâtons dans les roue des multinationales, en manipulant les citoyens pour qu’ils fassent pression sur les institutions étatiques et les poussent à établir toujours plus de normes, de contraintes et de contrôles. Pour elle, les USA, de même que tout pays européen, qui n’essaient pas de coincer les acteurs économiques dans un carcan rigide de régulations et de surveillance, est un Etat défaillant.

Elle et les autres militants écologistes ont alors beau jeu de dépeindre une filière agro-chimico-alimentaire dominé par les multinationales. Mais, quelle petite entreprise a les ressources humaines, matérielles et financières pour accomplir l’invraisemblable gymkhana requis pour obtenir l’approbation de commercialiser la moindre innovation, même la plus minime? Non seulement cela, mais les mêmes qui exigent que la sécurité des citoyens soit toujours mieux garantie sont les premiers à se plaindre quand l’UE limite alors les autorisations de mise sur le marché à des produits correspondant strictement aux normes sécuritaires les plus sévères. C’est ainsi qu’en 2013, des militants écologistes avaient mis le Web en émoi en annonçant paniqués que les nouvelles directives européennes concernant les contrôles de sécurité sur la filière agroalimentaire auraient pour conséquences «l’illégalité de la pousse, la reproduction ou la vente des semences de végétaux qui n’ont pas été testées et approuvées par une nouvelle autorité, l’Agence européenne des variétés végétales.» Ils prétendaient alors que désormais, seules les semences homologuées seraient autorisées pour la culture potagère privée, ce qui était évidemment complètement faux. Par contre, et c’est évidemment cela qui les embêtait grandement, l’UE décidait alors qu’il ne serait plus possible de commercialiser des produits agricoles issus de semences qui n’étaient pas ou plus dans le catalogue des variétés homologuées et cela, pour des raisons de contrôle de sécurité agroalimentaire. Une telle directive mettait donc un certain nombre de praticiens de l’agriculture écologique et autres adeptes de semences traditionnelles en difficulté, puisque celles-ci risquaient de ne pas être dans la liste des variétés autorisées. Mais, évidemment, plutôt que de reconnaître que cette situation ubuesque résultait de leur propre jusque-boutisme idéologique, au nom des consommateurs, ils ont préféré accuser Monsanto et l’industrie semencière de vouloir mettre, une fois de plus, le grappin sur toute la chaîne alimentaire! Et naturellement, Corinne Lepage fait exactement pareil ici.

*Pour continuer dans la voie de l’information scientifique sur les OGM:

En français:

Du côté de chez Marc Robinson-Recchavi, professeur en bioinformatique à l’Université de Lausanne:

  • Retranscription du très long et excellent entretien (près de 2 heures) qu’il avait donné au PodcastScience (au passage, je recommande aussi le travail de cette géniale équipe) l’année dernière au sujet des OGM. Pour l’écouter, c’est par ici!
  • A la fin de l’année dernière, il avait aussi proposé une discussion calme, posée et raisonnée, avec plusieurs chercheurs et enseignants dans divers domaines de la biologie au sujet des OGM. Voici le résultat fort intéressant et exhaustif.

Sceptom, qui, comme son nom l’indique, est un blogueur de la mouvance sceptique, a publié, récemment, un excellent billet traduisant un article s’interrogeant sur l’accusation faite régulièrement à Monsanto d’être démoniaque. En matière de démontage de mythe, ça vaut le détour!

La théière cosmique, un autre blog sceptique très sympa et joliment fait que j’ai découvert ces derniers mois, a publié, il y a quelques semaines, un très bon billet regroupant plusieurs mythes récurrents sur les OGM et des synthèses d’études scientifiques qui les contredisent.

Marcel Kuntz, biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale et enseignant à l’Université Joseph Fourier, Grenoble, tient un blog régulier d’information sur les débats concernant les OGM et les l’évolution des législations européennes en la matière.

Finalement, l’Association française d’information scientifique, produit régulièrement des articles d’informations sur le sujet. On peut trouver un dossier réunissant une partie d’entre eux ici.

En anglais:

Il existe de nombreux sites proposant une information vulgarisée fiable sur les OGM, mais ma préférence va régulièrement au Genetic Literacy Project, qui propose une sorte de veille d’actualité sur la question.

Il y a aussi Skeptiforum, le site d’une équipe de passionnés se consacrant à la communication scientifique et à la promotion d’une pensée rationnelle. Ils ont rédigé pas mal de billets intéressants concernant divers aspects du débat sur les OGM.

Sinon, financé par Monsanto et d’autres firmes du domaine, il y a le site GMO answers qui est pas mal du tout. Et non, ce n’est pas parce qu’il reçoit des fonds de l’industrie que ce qu’il dit est forcément faux. L’avantage de ce site est que les gens peuvent y poser leur question avec leurs propres mots, leur propre vision des choses et compréhension du sujet. Les responsables y répondent alors dans les heures ou les jours qui suivent. On a ainsi une espèce de florilège des interrogations sur les OGM, ce qui est évidemment très intéressant.

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

12 commentaires

  1. Ping :[S&M] Le Monde et les OGM, l’obscurantisme et la science (encore) | La Théière Cosmique

  2. Ping :GMO, the next sequence (transl. of Corinne Lepage's column)

  3. Mille bravos pour la qualité de vos démonstrations. Vous avez donc fait des études en sciences de la communication et vous comprenez visiblement les sciences. Preuve que les journalistes le pourraient aussi, avec peut-être un peu de courage et de rigueur dans la tête. Merci !

    • Merci beaucoup pour vos encouragements! En fait, j’ai aussi fait des études en science (j’ai même commencé en biologie, avant de me réorienter vers l’anthropologie et la sociologie) et c’est grâce à cela que j’ai une certaine compréhension du fonctionnement de la science en tant que méthode. J’ai aussi un peu plus de facilité à lire des articles publiés dans les revues académiques, même s’il me faut aussi m’accrocher pas mal, parce que chaque domaine est devenu tellement spécialisé! Enfin, j’ai la chance de pouvoir corriger le français des travaux d’étudiants non-francophones, ce qui me permet d’apprendre pas mal de choses sur d’autres domaines que je n’ai pas étudié (en ce moment, par exemple, sur l’éducation spécialisée). Donc, disons que j’ai un avantage sur pas mal de journalistes qui, eux, n’ont jamais approché un seul cours de science à l’université.

      Cependant, dans ce cas précis, ce n’est pas une journaliste qui a écrit cette tribune, mais une militante, ancienne députée européenne, ancienne ministre et avocate d’une organisation citoyenne, disons, souvent très soupçonneuse à l’égard de la science en général. Il n’est donc pas étonnant qu’elle n’en aie qu’une compréhension limitée.

      Mais merci de votre commentaire très sympathique! J’espère que j’aurai le plaisir de vous revoir par ici (ou sur les réseaux sociaux)!

  4. Je ne pense pas que les écolos lâchent jamais l’argument des atteintes à la santé ou à l’environnement. Ce sont les seuls qui permettent d’invoquer le principe de précaution pour interdire. On a là 3 ingrédients à réunir absolument pour empêcher toute autorisation. Aucun produit n’a jamais été interdit pour des problèmes de brevets: dans ce cas, on parle plutôt de licences forcées!

    Cela dit, la peur qu’ils ont instillée sur les OGMs se maintiendra longtemps, et je ne m’attends pas à ce que des OGMs soient cultivés largement en Europe dans les 10 années qui viennent.

    Quant aux arguments pipo sur le principe de précaution, les traités de libre-échange, etc. ils n’ont rien de nouveau. J’irai jusqu’à dire que ça doit faire partie du bagage de tout bon activiste, quelque soit la cause défendue, d’ailleurs! Sur le principe de précaution, spécifiquement, dès qu’il est avancé dans un débat très médiatisé, vous pouvez être sûre qu’il l’est à mauvais escient et qu’il s’agit avant tout de trouver un moyen de bloquer quelque chose.

    • Pourtant, dans un débat avec une contradiction un peu solide, les anti-OGM lâchent très rapidement les questions de science pour se concentrer presque exclusivement sur les questions de propriété intellectuelle, de revenus des petits paysans et de droits des consommateurs.

      Le cas de Corinne Lepage est assez emblématique à ce titre. En 2012, elle et Séralini pensaient probablement vraiment tenir le bon bout pour convaincre le public que la science pouvait être de leur côté. Mais, je pense qu’ils ne s’attendaient pas à ce qu’autant de scientifiques se mobilisent contre leurs délires et surtout, que les autorités sanitaires de dizaines de pays industrialisés se penchent sérieusement sur leur étude et prennent la peine de la retoquer dans des communiqués de presse en cascade. D’où sa tirade contre Monsanto qui tenterait d’écraser les scientifiques dans sa tribune de 2013. Là, elle opère un nouveau déplacement en décidant purement et simplement que la science a tort, puisqu’elle n’est pas de leur côté et elle expédie la problématique en quelques lignes, pour se concentrer presque exclusivement sur des questions de commerce international et de droits des consommateurs.

      Il faut aussi dire que les anti-OGM ont obtenu la suppression du poste d’Anne Glover, qui était conseillère scientifique auprès du président de la Commission européenne. Pour eux, c’est une grande victoire, mais qui signifie aussi qu’ils semblent avoir plus ou moins décidé de déserter le terrain de la science. Simplement, avoir des scientifiques sérieux auprès des responsables de la CE leur posait un vrai problème, parce que ces personnes pouvaient interférer avec leur effort pour imposer une vision uniquement philosophique de la problématique.

      • D’une certaine façon, le combat politique consiste aussi à éviter que ses opposants puissent être entendus. Ça limite la compétition des idées! Il y a plusieurs exemples en la matière sur les OGMs: campagne contre les scientifiques qui contredisent les écolos, campagne contre l’EFSA, etc. Le fait que le principe de précaution joue un rôle central dans l’argumentaire anti-OGM explique aussi cela: c’est plus facile de faire valoir un point de vue apocalyptique si les contradicteurs sont absents ou discrédités.

        Je ne pense pas que C. Lepage & co soient de mauvaise foi. Ils sont totalement convaincus d’avoir raison et croient sans doute véritablement à la corruption de leurs contradicteurs. C’est d’ailleurs un fait particulièrement inquiétant, ils sont pris dans une démarche de type « théorie du complot ».

        Quant à l’argumentaire changeant, ça a toujours été le cas sur les OGMs: les opposants ont eu pour tactique constante de submerger les pros- d’arguments, parfois contradictoires d’ailleurs. Par exemple, ils disent que la rentabilité n’est pas au rendez-vous (OGMs inutiles) mais alors pourquoi en demander l’interdiction?

        Cette masse d’arguments permet un certain nombre de choses:
        * vous créez une montagne à gravir pour les contradicteurs rationnels qui ont à répondre séparément à une multitude d’arguments. Ça demande du temps et des efforts. Pour contredire C. Lepage vous avez écrit plusieurs milliers de caractères…
        * dans la masse des arguments que vous avancez, il y en a sans doute quelques uns qui sont vrais: difficile d’avoir tort sur tout! Dans ce cas, vous pouvez créer l’impression que si vous avez raison sur ça, peut-être que vous avez raison sur le reste… On peut tenir le même raisonnement avec des arguments faux mais qui résonnent dans une partie de la population pour des raisons idéologiques.
        * vous pouvez changer d’argumentaire suivant les évènements et les interlocuteurs!

        Bref: il me semble que dans les médias « mainstream », la dangerosité supposée des OGMs est toujours présente en filigrane. Même si nombre d’écolos admettent maintenant ouvertement qu’il n’y a aucune preuve scientifique … c’était ainsi le cas de José Bové dans une interview au Figaro en août 2013 après la dernière annulation de l’arrêté anti-MON810. Même si ce n’est peut-être qu’une façade, maintenir cet argumentaire est nécessaire pour recourir au principe de précaution.

        Mais en fait, ce n’est pas le fond du problème. La base de l’opposition aux OGMs, c’est l’opposition à l’agriculture comme industrie. Pas uniquement à cause des volumes produits, mais aussi à cause du processus amenant la nouveauté. La recherche sur les OGMs est réalisée par un petit nombre pour être ensuite diffusée vers un grand nombre. En l’absence de bureaucratie, ça pourrait aller très vite après la confirmation de l’efficacité. En présence de bureaucratie, ça nécessite d’énormes capitaux!

        • On est tout à fait d’accord et oui, je pense bien que les objections de fond des anti-OGM n’ont rien à voir avec la sécurité de ces plantes ou leur efficacité, mais avec une conception philosophique de la nature qui pose toute intervention humaine comme fondamentalement non-naturelle et donc comme potentiellement dangereuse. En fait, c’est toute une vision de l’homme dans la nature qu’ils déploient et dans laquelle, en fait, la place de l’être humain est assez limitée.

          • Vous devriez voir les travaux de Francis Cousin sur l’argent et la marchandise, cela vous aiderai à comprendre la méfiance envers les multinationales. Mais grâce au Traité Transatlantique vous pourrez goûter aux produits OGM, Hormones, Chlore ect…. Quand aux OGM je vous ai déjà dis ce qu’il en était. Il me semble que comme vous dites, vous êtes assise souvent. Avez-vous des terres, les avez-vous travaillées ne serait-ce qu’une fois? Connaissez-vous les plantes, la nature, les animaux? Avez-vous seulement utilisé du Roundup dans votre vie? J’en déduit que non. Les études sont bien jolies mais les pharmas et les labos sont responsables de plus de mort (Vioxx, Acomplia, Mediator ect…..) que toutes les plantes naturellement conçues (sans intervention humaine). La science ne peu masquer les faits (d’ailleurs la science est le briser du savoir). C’est peut-être une des raisons qui explique que vos articles n’attirent personne. Je vous le dis sincèrement et sans animosité aucune ; cultivez-vous et lisez un peu.

            • En quoi cet ouvrage m’aiderait à comprendre la méfiance envers les multinationales? Ai-je dit quelque-part qu’il fallait leur faire une confiance aveugle ou même laissé entendre cela?

              Ensuite, je ne vois pas en quoi le TISA m’obligerait à manger des OGM ou du poulet chloré. De nouveau, vous vous contentez d’affirmer des choses en pensant que je n’ai qu’à prendre vos propos comme parole d’évangile.

              Ensuite, vos questions sur mon expérience de la nature et de l’agriculture n’ont aucune espèce de pertinence. Et vos déductions complètement gratuites et sans objet. Votre expérience et votre ressenti personnel ne permettent pas de remettre en cause le consensus scientifique. Et sur les OGM, il est assez clair. Ceux qui ont été commercialisés ces 20 dernières années ne représentent pas plus de danger pour l’environnement ou la santé de l’homme que les variétés obtenues par d’autres méthodes que la transgenèse. Non, les études très mal conçues de Séralini et al. ne pourront jamais faire tomber ce consensus.

              Votre déclaration sur les pharmas soi-disant responsables de plus de morts que toutes les plantes « naturellement » conçues est totalement gratuite. Montrez-moi des études sérieuses qui prouvent cette comparaison et on en reparlera. Ah oui, évitez de confondre intoxication médicamenteuse due à une prise ne respectant pas les posologie (y compris dans les tentative de suicide) et le nombre de mort causés par des médicaments utilisés selon les instruction du fabricants et des médecins. Et par étude sérieuse, j’entends des études réalisées par des institutions publiques reconnues, publiées dans des revues de références et ayant été répliquées. Pas des livres publiés par des conspirationnistes seuls dans leur coin qui se prennent pour des Don Quichotte, affrontant le monde en solitaire! Les Galilée-wannabe, j’en ai soupé! Et oui, quand on lance des accusations pareilles, vaut mieux avoir des preuves blindées pour les soutenir.

              Je ne répondrai pas à vos petites piques inutiles concernant mon blog.

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