Au fil des débats #10-2 |Quelle différence entre homophobie et simple critique?

Peut-on critiquer les homosexuels et l’homosexualité sans se faire aussitôt traiter d’homophobe? D’après M. Windisch et d’autres commentateurs de la vie publique, la réponse es clairement NON. Selon l’ancien professeur de sociologie, les militants homosexuels abuseraient de la notion d’homophobie pour essayer de faire taire tous ceux qui osent leur adresser des critiques qu’il juge légitimes et même indispensables. Pourtant, rien n’est moins sûr, et il faut dire que dans son dernier billet en date, dénonçant cette soi-disant censure exercée par les « lobbies LGBT », il échoue assez lamentablement à démontrer que ces accusations d’homophobie soient gratuites et injustifiées. En effet, on assiste à nouveau ici à ce petit tour de passe-passe rhétorique consistant à faire passer des affirmations littéralement incorrectes, c’est-à-dire inexactes, voire complètement fausses ou même malhonnêtes, pour du « politiquement incorrect », c’est-à-dire des vérités ébouriffantes. C’est ainsi qu’il va tenter de valider, à l’aide d’expériences personnelles qu’il interprète de manière toute aussi personnelle, l’idée qu’il y aurait un lien de causalité entre homosexualité et délits sexuels. Ce « fait » expliquerait alors qu’il ne soit pas béat d’admiration devant tous les homosexuels tout en admettant cette réalité mais avec une exigence forte de discernement ! Et justifierait aussi qu’il les enjoigne à rester entre eux!

Qu’est-ce que l’homophobie?

Homophobie: la peur qu'un autre homme vous traite comme vous traitez les femmes....

L’homophobie: Cette peur qu’un homme vous traite comme vous traitez les femmes. Credits: Andy Singer. Source: Cartoon Politics.

Cela devient un grand classique. Parce que les militants et certains citoyens ne laissent plus passer sans réagir des propos outranciers tenus publiquement à l’égard des homosexuels, un certain nombre d’anticonformistes auto-proclamés accourent immédiatement au secoure de celui qu’ils dépeignent en malheureux martyr du « lobby LGBT », pour dénoncer la chape de plomb que celui-ci imposerait à l’espace citoyen. M. Windisch, lancé depuis 3 ans dans une croisade contre le politiquement correct (entendez, tout ce qui vient de la gauche de l’UDC), ne pouvait donc évidemment pas rester les bras croisés, alors que ce pauvre Evêque de Sion, Mgr Lovey(-dovey?), se trouvait au cœur d’une tempête (dans un verre d’eau) qu’il a pourtant lui-même déclenchée après une interview au Nouvelliste, le 18 mai dernier. Pour savoir si les propos de Mgr Lovey et, en passant, ceux de M. Windisch, sont homophobes ou pas, il faut d’abord définir l’homophobie. Or, à aucun moment, il ne prend la peine de le faire. Alors, certes, comme d’ailleurs pour les termes racisme, antisémitisme, xénophobie, homophobie fait l’objet depuis toujours de grosses batailles sémantiques. Néanmoins, il existe malgré tout un certain consensus de base sur sa définition.

L’homophobie désigne les manifestations de mépris, rejet, et haine envers des personnes, des pratiques ou des représentations homosexuelles ou supposées l’être. L’homophobie englobe donc les préjugés et les discriminations (emploi, logement, services), et cela peut se manifester par de la peur, la haine, l’aversion, le harcèlement, la violence ou encore de la désapprobation intellectuelle intolérante envers l’ensemble de la communauté LGBT. « De même que la xénophobie, le racisme ou l’antisémitisme, l’homophobie paraît être une désignation de l’autre comme le mauvais contraire, inférieur ou anormal. » (Wikipédia, au 26.05.2015)

En d’autres termes, il s’agit d’une représentation essentialisante de l’autre qui se voit attribuer arbitrairement des caractéristiques négatives qui le détermineraient complètement et auxquelles il ne peut échapper quoi qu’il arrive, ce qui justifierait alors son rejet. Ainsi, défendre l’idée que l’homosexualité, par nature, mène à des délits sexuels constitue bien une posture homophobe. Du coup, on peut alors se demander si c’était vraiment une bonne idée que M. Windisch vole ainsi au secoure de Mgr Lovey avec un texte pareil!

Désolés de déranger votre petit confort routinier!

Dans ce billet donc, le Rédac’ chef des Observateurs n’y va pas par quatre chemins et exprime sa consternation que l’on puisse trouver homophobes des propos [assimilant] l’homosexualité à une maladie psychologique. Selon lui, il ne serait simplement aujourd’hui plus possible d’émettre la moindre critique sur le sujet sans se retrouver immédiatement excommunié:

Personne ne s’étonne du fait que l’homosexualité, les homosexuels ne peuvent faire l’objet du moindre questionnement ; plus grave, de la moindre critique, sous peine d’être assimilé immédiatement, sans condition, à l’homophobie, bientôt condamnable.

On retrouve bien là notre pourfendeur de la « bien-pensance » dans sa posture habituelle: seul à détenir la vérité et à la crier à la face du monde! Ce doit être pour cela que l’extrême-droite n’arrête pas de dénoncer le « lobby LGBT » un peu partout en Europe et aux USA!

Mais, en gros, on comprend que les homosexuels non seulement devraient accepter d’encaisser ce genre d’affirmation publique stoïquement (voire en tendant carrément la joue gauche), mais en plus, ils devraient aussi arrêter leur lobbying qu’il décrit comme absolument incroyable, général, omniprésent, constant et permanent et qui a atteint une ampleur qu’aucun autre groupe minoritaire n’a réussi à obtenir. Le pauvre! A l’en croire, il ne peut plus regarder où que ce soit sans se retrouver nez-à-nez avec un drapeau arc-en-ciel! De toutes évidences, quelques campagnes ici ou là réclamant les mêmes droits pour les homos que pour les hétéros, ainsi qu’une célébration carnavalesque annuelle du militantisme LGBT, généralement en été, c’est déjà beaucoup trop!

C’est ainsi qu’il s’étonne qu’au niveau parlementaire, certains politiques, sans être nécessairement homosexuels, militent même pour que l’homophobie soit mise sur le même pied que le racisme. Il se garde bien de préciser sa pensée sur ce point-là, nous laissant spéculer sur l’éventuelle distinction qu’il semble vouloir opérer entre rejet épidermique et hystérique des homosexuels et le rejet tout aussi épidermique et hystérique des personnes en raison de leur race supposée (ou de leur appartenance ethno-religieuse).

Tout cela le pousse à se demander si à trop en faire on ne risque [ne risque-t-on] pas de créer une lassitude énervée, voire de faire contre-effet ? Pourtant, si on y réfléchit bien, la question est absurde. En effet, tous les combats civiques ont toujours causé pas mal d’agacements chez ceux qu’ils visaient ou dont ils remettaient en cause les convictions. Si les personnes de couleur, les minorités religieuses et les handicapés avaient agi avec « retenue », comme il semble le préconiser, je ne suis pas sûre que leurs causes auraient autant avancé en si peu de temps dans nos sociétés! Les minorités étant généralement, par définition, moins visibles par manque d’effet-masse, elles doivent donc se faire remarquer et cela passe par des stratégies compensant le désavantage numéraire. La provocation, la répétition, la multiplication des campagnes, etc., sont ainsi justement ce qui définit le militantisme et même si ces actions ne sont de loin pas les seuls facteurs de changements sociétaux, ceux-ci ne seraient jamais advenus sans ces aiguillons. Si on parle de combat civique, ce n’est pas pour rien. C’est parce que les partisans du changement se heurtent à des résistances et souvent à de violentes résistances.

De fait, l’ex-sociologue ne comprend pas pourquoi les LGBT en Suisse ou ailleurs sen Europe ressentent encore le besoin de revendiquer quoi que ce soit. Après tout, leur situation est tout à fait satisfaisante, en tout cas dans nos pays où l’on ne torture pas, ne tue pas et ne jette pas les homosexuels du haut des immeubles (un gros clin d’œil bien marqué à ces salauds d’homophobes musulmans en Syrie et en Iraq!)! Non seulement cela, mais ils sont même représentés au niveau politique dans les hémicycles parlementaires! De quoi peuvent-ils bien encore se plaindre? Est-ce que ça ne leur suffit pas? Ils ne devraient donc plus s’attendre à la moindre concession de la part de la « majorité » des hétérosexuels, comme s’ils formaient un groupe soudé dont on exigerait des faveurs inacceptables! A la fin de l’article, il lance même ce cri: Reconnaissance de la réalité de l’homosexualité, oui, propagande ostentatoire et unilatérale, NON. Pour être honnête, on se demande bien à quoi peut ressembler une propagande discrète et bilatérale ou même multilatérale!

Non seulement cela, mais il serait temps, selon M. Windisch, de clamer haut et fort qu’il existe une dimension [qu’il ne peut] accepter de la part de certains homosexuels et qui est bel et bien une réalité, une réalité tue, mais à dénoncer avec la plus ferme énergie et détermination.

Les hétérosexuels bien plus souvent condamnés pour agressions sur les jeunes que les homosexuels!

Quelle est cette réalité que le lobby LGBT tairait, probablement avec la complicité de tous les bien-pensants qui ne pensent pas comme M. Windisch?

Je vais parler de deux de mes expériences personnelles qui m’ont profondément marqué. Elles sont un exemple de ce à quoi peut conduire l’homosexualité, lorsque certains homosexuels veulent utiliser, abuser et initier à leur forme de sexualité des jeunes qui ne sont en rien susceptibles d’être ou de devenir homosexuels.

Pour certains, je dis bien certains,  homosexuels il n’y a rien de plus attirant et excitant que des jeunes garçons, et de chercher à en abuser, quitte à détruire leur avenir affectif, et même leur vie entière.

En d’autres termes, il tente de nous convaincre, à l’aide d’exemples personnels, de la validité de l’association entre homosexualité et propension à agresser sexuellement des jeunes. Certes, à force de tortillements et de précautions rhétorique, il arrive à rester dans une certaine ambiguïté, n’exprimant pas directement ce sempiternel amalgame entre homosexualité et déviances criminelles. Mais, même s’il ne l’écrit pas de manière explicite, le message est reçu 5/5, comme le montrent certains commentaires sous son billet:

 Capture d'écran commentaire homophobie

Capture écran des commentaires homophobie

Gros problème: des récits individuels ne sont pas généralisables et un témoignage personnel invérifiable ne saurait constituer une preuve de quoi que ce soit!

Mais surtout, il passe complètement sous silence le fait que la majorité des actes d’agression sexuelle contre des jeunes sont commis par…des hétérosexuels! En réalité, des études montrent depuis maintenant une vingtaine d’années que la proportion des hétérosexuels par rapport aux homosexuels parmi les auteurs d’agressions sur des mineurs est de 20:1, c’est-à-dire qu’il y a 20 fois plus d’hétérosexuels parmi les auteurs de ces délits que d’homosexuels (ici, ici et ici)! S’il y a une quelconque relation entre l’orientation sexuelle et la propension à s’en prendre à des jeunes, il semblerait que l’on ait beaucoup plus à craindre des hétérosexuels!

Au lieu de cela, il préfère nous parler des homosexuels soi-disant connus pour profiter de la misère des enfants et des jeunes de pays pauvres pour les corrompre au moyen de l’argent, sans égard aucun pour leur devenir et dont certains sont même des habitués de ces voyages et s’en vantent en en décrivant les « délices ». En fait, il se trouve qu’il fait référence ici au fameux livre semi-autobiographique de Frédéric Mitterand, La mauvaise vie, dont un chapitre raconte les relations sexuelles qu’il aurait eues en Thailande, non pas avec des enfants, mais avec de jeunes adultes. Alors certes, il s’agit toujours de prostitution et donc d’exploitation de la misère de l’autre, mais pas de pédophilie, comme l’auteur du billet semble vouloir le suggérer. Mais, loin de se vanter d’avoir couché avec des enfants, Mitterand décrit exactement le contraire. Sans compter qu’il me semble que la prostitution ne pose pas beaucoup de problème à M. Windisch …. enfin, seulement quand elle concerne des homosexuels.

Résultats des courses: les précautions rhétoriques qu’il prend en faisant semblant de ne viser que « CERTAINS » homosexuels sont sans pertinence, puisqu’il a décidé que les penchants à la débauches avec des « jeunes » font partie de l’homosexualité. Et d’ailleurs, il en a la preuve, puisqu’il prétend avoir lui-même vécu deux expériences qui le prouveraient. Je n’ai pas l’intention de trop m’étaler sur les mésaventures de jeunesse de M. Windisch, dont il s’est de toute évidence sorti avec plus de peur que de mal, mais plutôt sur les conclusions qu’il en tire.

Deux exemples qui démontrent surtout les préjugés de leur auteur

Il nous raconte d’abord comment, à l’âge de 13 ans, alors qu’il exerçait un petit boulot dans un hôtel pour gagner de l’argent de poche, il s’est fait lourdement draguer et harceler par un « efféminé » aux comportements effectivement indécents. Il semblerait que ses collègues, à qui il s’était confié, aient réussi à convaincre l’importun de le laisser en paix, sans qu’il sache comment ils s’y sont pris. Mais, il a déduit de cette histoire que le client de l’hôtel aurait tenté de le forcer à des relations sexuelles et même à se convertir à l’homosexualité. Il conclut sur ce constat lapidaire, mais complètement faux:

Je ne pense pas qu’il y a beaucoup d’hétérosexuels qui cherchent à séduire des homosexuels pour tenter de les amener à leur sexualité !

Non, il y a juste que pendant près de deux siècles, on a considéré que l’homosexualité était une maladie mentale, une perversion psychique ou un trouble psychiatrique, suivant les typologies, que l’on pouvait soigner et guérir par toutes sortes de moyens plus ou moins barbares! Parmi le top 10 des méthodes les plus « dingues » recensées, on a des réjouissances telles que:

  • les électrochocs,
  • l’exorcisme,
  • l’overdose d’homosexualité (non, il ne s’agit pas de proposer au patient de coucher avec un maximum de personnes du même sexe, mais de le faire vomir pendant qu’il écoute des ébats entre deux homosexuels)

Ce n’est que depuis les années 90 que la communauté scientifique a décidé qu’il n’y avait plus aucune raison de considérer cette orientation sexuelle comme une pathologie. De plus, il a été reconnu que la plupart des thérapies mises en place pour soigner l’homosexualité causaient beaucoup plus de mal que de bien. Mais, cela n’empêche pas certaines bonnes âmes, chrétiennes notamment, de continuer à causer des ravages abominables chez des jeunes homosexuels en les embrigadant dans des procédés pseudo-médicaux qui détruisent complètement leur estime d’eux-mêmes et les laisse dans un état permanent de dépression quand ils ne les poussent pas carrément au suicide!

Il y a donc bien plus d’hétérosexuels qui cherchent à amener les homosexuels à leur sexualité que le contraire. Et pour une bonne raison: la plupart des homosexuels ont probablement cherché à un moment ou un autre de leur adolescence/de leur vie de jeune adulte à devenir hétérosexuel pour se conformer aux attentes de leur entourage, en vain. Ils ne peuvent qu’en déduire, en toute logique, que l’orientation sexuelle n’a rien d’un choix personnel, ni d’une mode et encore moins d’un mode de vie dont on peut changer à volonté ou auquel on peut « convertir » les gens. Ils se rendent donc bien compte qu’il serait complètement absurde d’essayer de pousser un hétérosexuel à devenir homosexuel! En tous cas bien plus que tous ces dangereux apprentis-sorciers qui prétendent libérer les homosexuels de leur « tare » tout en se faisant un fric fou sur le dos de ces malheureux et de leur famille!

Passant à sa deuxième mésaventure, M. Windisch nous raconte comment lui et un ami, dans leur jeunesse (ils avaient entre 16 et 19 ans), ont une fois failli se faire violer par un couple d’homosexuels italiens à Florence qui avait tenté de les droguer. Il termine sa narration en rappelant qu’il y a bien des jeunes qui n’ont pas échappé à de telles situations, qui ont été pervertis et dont la vie a été détruite par de tels homosexuels criminels.

Là, on reste un peu perplexe sur ce qu’il cherche à démontrer. En quoi l’homosexualité du couple qui les a agressés joue-t-elle un rôle quelconque dans cette histoire? Des récits similaires impliquant des hétérosexuels sont bien plus fréquents. Il ne vient pourtant à l’idée de personne d’accuser l’hétérosexualité ou les hétérosexuels!

Il termine en se demandant pourquoi ces crimes ne sont pas plus dénoncés. Là aussi, de nouveau, on se gratte la tête. Depuis l’affaire Dutroux (dont il faut rappeler qu’il n’est pas du tout homosexuel et que ses victimes étaient toutes de l’autre sexe) en Belgique et l’affaire Fourniret (qui est aussi hétéro), pratiquement la moindre agression contre un mineur fait la Une des médias! La panique populaire autour de la pédocriminalité est telle que même les instances judiciaires ont été entraînées dans le tsunami moral des années 90 au point de générer l’énorme pataquès d’Outreau en France, avec des condamnations en séries sur la base de témoignages recueillis en complète violation des procédures établies pour ce genre d’enquêtes et dont il s’est finalement avéré qu’ils n’étaient pas fiables ou même recevables. Or, dans la plupart des cas, les agresseurs sont hétérosexuels et les affaires impliquant des homosexuels sont rares. Mais, ce n’est quand même pas de la faute des militants LGBT si la réalité ne correspond pas aux fantasmes de M. Windisch!

En réalité, les deux récits supposés illustrer concrètement ses thèses ne permettent en rien de démontrer qu’il y aurait un quelconque lien entre l’homosexualité et les actes de détournement de mineurs ou d’agressions sexuelles sur des jeunes. En fait, comme on ne sait strictement rien des agresseurs, on en est réduit à des conjectures qu’on ne pourra jamais confirmer ou infirmer. On reste donc bien dans le fantasme et les préjugés les plus crasses. Cette confusion entre homosexualité et tendances perverses est assez bien résumées par Wikipédia:

L’homosexualité masculine était autrefois appelée en français : sodomie, bougrerie, amour des garçons, amour grec, antiphysique, inversion sexuelle ou uranisme. Certains de ces termes perdurent jusqu’au début du XXe siècle. Le terme pédérastie, qui désigne, selon l’étymologie, l’attirance d’hommes adultes envers les garçons adolescents, a fini par désigner aussi l’attirance entre des hommes d’âges semblables, ou encore, par métonymie, l’acte de sodomie. Cet amalgame linguistique s’est poursuivi en ce qui concerne les relations avec des enfants, si bien que les homosexuels masculins sont parfois assimilés à des pédophiles. Or, la sexologie moderne ne retrouve, chez des homosexuels masculins, aucune tendance particulière à la pédophilie, par comparaison avec des hommes ayant des pratiques hétérosexuelles. (Wikipédia, 26.05.2015)

Et une dernière petite provocation gratuite, juste pour la route!

Avec tout ça, on en aurait presque oublié ce pauvre Mgr Lovey et ce qui nous a valu cette avalanche de hargne anti-homosexuelle, à savoir les propos de ce dernier, soi-disant injustement traité par ces méchants militants LGBT, selon M. Windisch. Lequel, pour montrer sa solidarité avec son compatriote valaisan et chrétien (même s’ils ne sont pas de la même église), ne trouve rien de mieux que d’en rajouter une couche. Alors, l’homosexualité, guérissable ou pas? Il n’est pas un expert, mais il semble que dans certains cas cela soit possible. Pas tous, hein, mais bon, c’est pas vraiment son rayon. Ce qui explique aussi probablement pourquoi il ne nous dit pas où il aurait entendu parler de ces soi-disant guérisons! Puisqu’il faut être incorrect, autant l’être jusqu’au bout, hein! Ou bien?

L’article se termine sur un très étrange paragraphe proposant un raisonnement qui ne manquera pas de plonger dans la perplexité la plus totale n’importe quel lecteur un tant soit peu attentif:

Comme pour le racisme, il ne suffit pas de supprimer le mot homosexualité pour qu’il n’y ait plus d’homophobie. Mais interdire de questionner l’homosexualité, voire de parler et de s’élever contre l’inacceptable, NON.

En d’autres termes, retirer du vocabulaire un signifiant ne fera pas disparaître le phénomène qu’il désigne (le signifié). Jusque-là, on suit. Le problème vient de l’analogie qu’il essaie de faire entre ce raisonnement appliqué au problème du racisme et son application à celui de l’homophobie. Si on décortique le paragraphe, ça donne ceci:

De même qu’il ne suffit pas de supprimer le « mot racisme » pour qu’il n’y ait plus de racisme,
de même, il ne suffit pas de supprimer le « mot homosexualité » pour qu’il n’y ait plus d’homophobie.

En d’autres termes, cette phrase nous dit que l’homosexualité est le signifiant….pour l’homophobie (signifié)….Ce qui ne veut évidemment rien dire du tout. A moins bien sûr que M. Windisch soit en train de nous expliquer que c’est l’homosexualité qui génère l’homophobie et qu’interdire de questionner l’homosexualité ne peut qu’alimenter l’homophobie. Ce qui, de nouveau, n’est pas plus logique. En effet, blâmer les homosexuels pour l’incapacité de certaines personnes à les considérer comme des concitoyens à part entière revient purement et simplement à dédouaner les homophobes de toute responsabilité. Ce qui est non seulement moralement faux, mais aussi factuellement incorrect. Même si on interdisait l’homosexualité (et pas juste le mot), les réflexes de rejet des pratiques sexuelles entre hommes ou entre femmes ne disparaîtrait pas, tout simplement parce que nos sociétés sont complètement hétéro-centrées, présentant toute autre de type de pratiques comme forcément déviante.

Donc, soit M. Windisch s’est complètement mélangé les pinceaux (mais, ce n’est pas comme s’il avait vraiment les idées très claires sur le sujet de toute manière), soit il est en train de démontrer un esprit particulièrement tordu.

Conclusion:

La position de M. Windisch repose en gros sur deux arguments. Primo, il considère que les militants homosexuels, en tant que représentants d’un groupe démographique minoritaire, imposeraient à la population une propagande hystérique totalement injustifiée, d’une ampleur et d’une fréquence proprement insupportable, jusqu’à écœurement total. En effet, comme ils ne risquent plus ni leur vie, ni leur intégrité physique, les LGBT suisses devraient donc se satisfaire de la situation actuelle et arrêter d’embêter leurs concitoyens hétérosexuels avec des exigences illégitimes. Ce serait donc leur entêtement à réitérer sans cesse de nouvelles demandes qui causerait les réactions de rejet épidermique qui continuent de s’exprimer sur la toile, dans la presse, et simplement dans la rue et dans tout espace de communication. Dit autrement, les homosexuels sont en grande partie responsable de l’homophobie ambiante.

Ensuite, les accusations d’homophobie seraient particulièrement mal dirigées et viseraient essentiellement à réduire au silence toutes critiques envers les homosexuels ou l’homosexualité, même celles qui seraient non seulement légitimes, mais mêmes indispensables et urgentes, selon M. Windisch. Ainsi, il considère que ce qu’il voit comme une espèce de propagande totale aurait pour principal objectif de permettre aux associations LGBT d’empêcher certaines vérités d’émerger concernant les déviances auxquelles peut mener l’homosexualité.

Le problème est qu’il n’arrive à aucun moment à démontrer que l’homosexualité peut « mener » aux comportements criminels qu’il dénonce dans son article, ses deux expériences personnelles qu’il interprète de manière toute aussi personnelle, ne constituant en rien une preuve d’une telle thèse. Du coup, il ne parvient pas non plus à démontrer en quoi les accusations d’homophobie à l’encontre de discours comme le sien serait inappropriées ou injustifiées. En effet, sa thèse ne repose sur aucun fait, ni aucun consensus scientifique, uniquement sur des préjugés et des fantasmes péjoratifs remontant au moins au 19ème siècle. Or, qu’est-ce que la définition de l’homophobie, si ce n’est un discours réduisant les homosexuels à des traits essentialisants et à des tares inhérentes attribuées arbitrairement à l’homosexualité? Le problème ne vient donc clairement pas des homosexuels ou des militants LGBT, mais bien de M. Windisch et des gens qui tiennent ce genre de discours. Désolée, mais vous n’avez pas fini d’être accusés d’homophobie.

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

4 commentaires

  1. +1, très bon article.
    Petit commentaire ceci dit là-dessus: « En réalité, des études montrent depuis maintenant une vingtaine d’années que la proportion des hétérosexuels par rapport aux homosexuels parmi les auteurs d’agressions sur des mineurs est de 20:1, c’est-à-dire qu’il y a 20 fois plus d’hétérosexuels parmi les auteurs de ces délits que d’homosexuels ».
    En réalité, il faudrait comparer ce ratio au ratio hétéro/homo dans la population générale. Si l’orientation sexuelle n’est pas associée (dans un sens ou dans l’autre) à la propension aux agressions, on devrait retrouver grosso modo ce même ratio.

    • C’est vrai, mais je suppose qu’il n’est pas facile de définir ce ratio dans la population en général, pour la simple et bonne raison que, même aujourd’hui, il reste encore difficile pour nombre d’homosexuels de se révéler, notamment dans les pays qui condamnent encore pénalement cette orientation. De plus, ce ratio devra aussi prendre en compte les bisexuels. Or, entre guillemets, ils entrent dans les deux catégories en même temps, donc, ça complique évidemment les calculs.

  2. Un bonheur à lire, et une analyse toujours aussi poussée et riche !

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