Bloggo #2: le véritable politiquement incorrect

Petit retour sur la 1ère année de ce blog

Cela fait maintenant près d’une année que j’ai ouvert ce blog avec un url reprenant mon nom et mon prénom. Mon but était double. D’une part, je voulais une place véritablement à moi, à mon nom et qui soit répertorié comme tel par les moteurs de recherche. En effet, de nos jours, si vous n’avez pas de présence Web, c’est à peine si vous existez. Et il vaut mieux essayer d’avoir une présence aussi cohérente que possible et qui reflète ce que vous avez envie de montrer sur le Web. Il faut aussi éviter qu’elle ne se réduise à ce que les autres postent de vous. D’autre part, je voulais continuer le journal de mes observations des débats en ligne et notamment d’un élément qui m’est apparu récemment de plus en plus déterminant dans leur déroulement: la revendication, toujours plus fréquente, au “politiquement incorrect”. Apparemment, de nos jours, pour exister dans l’espace public, il faut lancer des polémiques tout-azimut et pour cela, il faut absolument être “anticonformiste” et “provoquer”, c’est-à-dire, choquer les “bonnes consciences” que certains semblent voir à chaque coin de rue et détour de phrase. Or, le plus souvent, ces tentatives me donnent une forte impression de gratuité et de vacuité totale, dans la mesure où elles ne génèrent que des polémiques stériles, ne faisant en rien avancer une quelconque réflexion. De fait, cette manière de se présenter soi-même comme un héros de la vérité, du bon sens et de la parole “libérée” (voire carrément déchaînée), en geignant le plus souvent qu’on “ne peut plus rien dire” quand vient le retour de bâton, m’apparaît toujours plus comme une imposture intellectuelle, ce qui m’interpelle particulièrement.

Découverte de la communauté sceptique

Je ne dirais pas que ce blog a été un succès d’audience phénoménal, loin de là. En fait, seuls quelques articles ont attiré du monde (quelques dizaines à quelques centaines de visiteurs) et ont été relativement bien relayés sur les réseaux sociaux. Mais, faire du chiffre n’est pas ma priorité. Je préfère la qualité. Naturellement, si j’arrivais à faire du “qualitatif en quantité”, comme dit très bien Bertrand Bergier dans son ouvrage de sociologie sur les sans-télé, ce serait l’idéal. A mon sens, le meilleur moyen pour y arriver est encore de s’inscrire dans les activités en-ligne de communautés avec lesquels on partage un certain nombre d’affinités et d’intérêts, ce qui prends malgré tout pas mal de temps et d’exercices. Dans mon cas, il s’agit des sceptiques ou “zététiciens”, que j’ai rencontrés sur la toile, pour la première fois, il y a maintenant un peu plus d’une année. Qu’est-ce que la zététique? Vous trouverez une définition ici, fournie par l’Observatoire de la Zététique, qui constitue une des autorités en la matière dans le monde francophone.

D’une certaine manière, ça a été une sorte de révélation pour moi, parce que cela faisait longtemps que je ressentais une forme d’insatisfaction avec la manière dont sont menés les débats publics, notamment ceux qui concernent des thèmes relevant en grande partie des sciences, comme les questions de bioéthique. En fait, j’ai remarqué que très souvent les gens ont du mal à débattre sans partir dans les attaques ad hominem, un peu comme s’ils n’avaient pas suffisamment réfléchi à leurs opinions avant de se confronter au jugement d’autres personnes et en voulaient alors à leurs interlocuteurs de leur révéler ces lacunes! Il me semble que ce n’est pas seulement un problème de technique de débat, mais vraiment d’approche plus générale du monde. L’usage d’une méthode se rapprochant autant que possible des principes la base de la science moderne, y compris dans les domaines politiques sans aspects liés strictement à des disciplines scientifiques, permet en partie d’éviter ces écueils. En effet, elle permet de garder son propre esprit alerte non seulement aux erreurs des autres, mais aussi et surtout aux siennes propres.

Mes confrontations amicales avec les “zététiciens”, surtout francophones (je ne me suis pas encore vraiment frottée aux anglophones) ont ainsi alimenté mes réflexions non seulement pour ce blog, mais aussi sur ce que je voudrais faire pour la suite de ma carrière. En effet, durant tous ces mois où j’ai abordé divers débats sur les questions de la place de la science dans les discours aussi bien des journalistes que des militants en tous genres, je me suis progressivement aperçue de l’ampleur du phénomène qui m’a initialement interpellée. Le livre de Gérald Bronner, La démocratie des crédules, montre particulièrement bien comment les logiques socio-techniques qui président au fonctionnement du Web, notamment des moteurs de recherche, mais aussi des réseaux sociaux, sont favorables à la diffusion de croyances complètement irrationnelles et à leur renforcement dans les esprits de millions de personnes, constituant des pans parfois importants de l’opinion publique. Des millions de personnes qui votent (ou s’abstiennent de voter, ce qui a aussi un impact sur les résultats d’élection), qui signent des pétitions, manifestent et s’investissent dans des ONG et associations, dont certaines ont des relais hauts-placés, dans les parlement ou dans les gouvernements, et sont donc capables de fortement influencer l’orientation de nos sociétés.

Développement récent du blog

C’est ainsi que mon projet initial, qui a motivé le lancement de ce blog, s’est progressivement affiné et précisé. En fait, même si dans mon premier plan, la question du “politiquement correct” constituait déjà un symptôme épidermique de l’évolution actuelle de l’«hypersphère» publique (c’est-à-dire, une extension dans l’espace numérique des lieux de formation et d’apparition des opinions publics que l’on connaissait jusqu’au milieu des années 90, à savoir les espaces semi-publics, comme les cafés ou le lieu de travail, ou publics, comme les lettres de lecteur, les participation aux émissions de radio et de TV ainsi que les élections-votations), il me semble au contraire qu’il est un élément constitutif des logiques de guerre de tranchée qui se manifestent de plus en plus souvent dans les polémiques, en ligne ou hors ligne. En effet, je me suis rendue compte que derrière cette revendication au “politiquement incorrect”, se voulant anticonformiste, se cache en réalité une réelle difficulté à aborder le monde actuelle du fait de l’augmentation vertigineuse des paramètres à prendre en compte, même pour des sujets à priori classiques. Cette difficulté, soit dit en passant, nous affecte tous et la tentation de la facilité nous assaille tous constamment. C’est y résister qui représente un vrai défi. Or, plutôt que de devoir se satisfaire d’une explication forcément incomplète et comprenant de nombreuses incertitudes, il y a une tendance à vouloir se réfugier derrière des évidences supposément endossées par la doxa (“Tout le monde sait que….”) et à les défendre coûte que coûte face à ceux qui voudraient faire entendre un récit plus complexe, en les accusant de vouloir inutilement couper les cheveux en quatre. D’où ce tour de passe-passe consistant à essayer de faire prendre des idées reçues, des préjugés simplistes, voire simplets, ou même carrément de la propagande fallacieuse, pour des vérités évidentes, mais allant à contre-courant d’une orthodoxie scientifique, élitiste ou bourgeoise mensongère qui tenterait de s’imposer comme “pensée unique” “bien-pensante”. Cette stratégie s’accompagne généralement aussi d’un cadrage du débat ne laissant qu’un choix à l’interlocuteur: être d’accord avec le champion auto-proclamé du “politiquement incorrect” ou se faire qualifié de victime, voire même de complice de la “pensée unique” “bien-pensante”. Cette manière d’aborder une discussion contradictoire ne peut évidemment que faire douter de la volonté de ces pourfendeurs du “politiquement correct” de véritablement débattre de tous les sujets, même les plus tabous, comme ils le prétendent constamment.

Les nouveautés du blog

J’ai beaucoup hésité à créer un nom de domaine et à ouvrir un nouveau blog. En effet, idéalement, je voudrais créer une plateforme de promotion de la méthode scientifique pour la réflexion sur des sujets relevant aussi bien de ce que l’on appelle les sciences “dures” que des sciences sociales et humaines. Je pense effectivement que le scepticisme scientifique s’applique aussi à ces domaines. Finalement, compte tenu de mes moyens actuels et de ma disponibilité professionnelle, mais aussi de l’étape actuelle du développement de mon projet, je pense qu’il est plus raisonnable d’en rester à un blog personnel. Je manque encore d’expériences et je ressens le besoin d’approfondir ma réflexion sur le cadre de ma démarche ainsi que sur le projet lui-même. Je pense donc commencer avec ce petit blog personnel, qui reste à l’url reprenant mon nom et mon prénom. Mais, à terme, mon but est de monter un autre site web avec une forme plus définie et son propre nom de domaine. Simplement, je ne sais pas encore quelle forme je veux donner à ma démarche: commerciale, associative, entreprise sociale ou autre? Après tout, même si mon but est bien académique et socio-culturel, il faut bien que je mange aussi. Il me reste donc à voir si je mène ce site à côté d’un travail alimentaire (si possible lié de près ou de loin aux objectifs de ce blog) ou bien si j’arrive à le transformer en activité rémunérée.

Nouveau modèle de mise en page et réorganisation des rubriques

Au niveau de l’apparence, j’ai changé de modèle de mise en page, mais il s’agit d’une création par les mêmes personnes ayant conçu celui que j’ai utilisé jusqu’à tout récemment. J’ai réussi à trouver une extension plus esthétique et pratique à utiliser pour la mise en valeur des photos et des images utilisées dans mes billets ou sur mes pages. Les plus gros changements concernent naturellement l’organisation du site et les rubriques, dont j’ai renommé plusieurs pour les faire mieux coller à l’état actuel de ma conception de ce blog. Je mets ainsi beaucoup plus l’accent sur la question du “politiquement correct” et j’ai inventé quelques corollaires ironiques pour illustrer la manière dont cette revendication à l’anticonformisme peut s’incarner dans différents domaines. J’en ai choisi trois qui correspondent en réalité aux trois grandes problématiques qui façonnent ce blog depuis ses débuts: les usages de la notion de science et des éléments de science dans les débats portant sur des thèmes scientifiques (scientifiquement correct), la question des manipulations dans les débats (politiquement correct) et, enfin, le démontage des démarches de “ré-information” qui se multiplient sur le Web (factuellement correct). Il reste naturellement possible d’avoir une vue d’ensemble du site grâce à la page comprenant un plan complet du site.

Quelques explications sur mes étranges créations graphiques

Vous l’aurez peut-être remarqué, mais je ne suis pas graphiste et je n’ai pas non plus de formation dans ce domaine. En fait, j’ai autant de fibre artistique qu’une machine à brouter. Du coup, vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il m’a fallu plusieurs heures pour arriver à réaliser péniblement ma bannière d’en-tête de ce blog. Néanmoins, aussi incroyable que ça puisse paraître, elle ne me déplaît pas trop et j’y suis attachée. Elle restera donc en place jusqu’à ce que je trouve ou que j’arrive à créer quelque chose de mieux! Concernant la symbolique du mouton, elle renvoie ironiquement à la notion de conformisme. En effet, les anticonformistes se présentent souvent comme des individualistes refusant de suivre le troupeau, par principe. Or, s’opposer systématiquement au groupe simplement par esprit de contradiction est aussi stupide que de le suivre constamment sans jamais se poser de questions. Dans les deux cas, la personne ne réfléchit pas et agit par simple réflexe ou habitude. Du coup, dans un espace public où la prétention au “politiquement incorrect” semble devenu le nec plus ultra en même temps qu’une espèce de réflexe pavlovien, il en découle que pour aller à contre courant, il faut donc être….”politiquement correct”, donc un mouton. Mais, pas n’importe quel mouton, un mouton noir, c’est-à-dire, un mouton qui ne fait pas forcément ce que fait tout le monde. Les deux formes un peu étranges apparaissant sur la bannière sont des empreintes de mouton (oui, elles sont vraiment comme ça) et désigne un tampon d’approbation: correct!

En bref….

A ce stade, qu’est-ce que j’espère réaliser avec ce blog? Et bien, assez simplement, je voudrais promouvoir une approche que je qualifierais de “correcte” dans le premier sens de l’adjectif tel qu’on le trouve dans le Larousse, c’est-à-dire “Qui est conforme aux règles, à la normale, qui ne contient pas de fautes ; exact : Un calcul correct. Le déroulement correct d’une course.”. Mon effort consistera donc à être aussi conforme que possible aux règles et aux normes déontologiques qui président à toute recherche académique et travail journalistique, à éviter les fautes et à être aussi exacte que possible. Je m’efforcerai d’être fidèle aux faits et à la réalité du monde dans mes comptes-rendus et mes analyses. Je m’opposerai donc directement à cet “incorrect” que revendiquent tant d’acteurs du débat public et qui très souvent se réduit à du littéralement inccorect, c’est-à-dire, entre autres synonymes, abusif, vicieux, déplacé, malhonnête et souvent simplement grossier.

J’espère aussi pouvoir contribuer à ma manière aux efforts de promotion de l’esprit critique et du scepticisme scientifique dans lesquels la communauté des sceptiques/zététiciens est engagée depuis longtemps. Je suis d’avis que ces outils intellectuels peuvent être utilisés non seulement dans l’examen d’affirmations sur des sujets relevant de la science ou de l’ingénierie, mais aussi dans le domaine de l’analyse politique ou socio-anthropologique. J’aimerais notamment encourager l’accroissement du nombre de sceptiques en Suisse où, il me semble que nous ne sommes pas très nombreux. Il y a certes la formidable équipe du PodcastScience et d’autres groupes tout aussi dynamiques actifs dans l’association PodcastSuisse, mais à ma connaissance il n’existe en Suisse aucune association ou structure organisée du genre de l’AFIS ou de l’Observatoire Zététique. Je commencerai naturellement par la Suisse romande, mais j’espère bien arriver, un jour, à proposer des contenus en allemand et entrer en contact avec des sceptiques alémaniques.

politiquement incorrect

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

Un commentaire

  1. Ping :Les petits #Voltaire de pacotille

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