Au fil des débats #10 | Non, les propos racistes ne sont pas un délit!

Voilà un très bon billet de blog qui met certains points sur les « i », à commencer par la distinction entre la haine et l’appel à la haine, mais aussi les actes et les opinions, et enfin, sur le choix des armes pour combattre les idées destructrices et « nauséabondes »: le débat, pour contrer, pied à pied, ces idées/opinions, ou la censure et l’interdiction légale.

Vous pouvez vous douter que si j’adhère à ce texte, c’est en grande partie parce qu’il exprime, souvent plus éloquemment que je ne l’ai fait jusqu’à maintenant, ma conviction que ces lois contre l’incitation à la haine constituent finalement une forme de renoncement et de démission démocratique face aux citoyens qui expriment des idées problématiques. Sa conclusion énonce assez bien ma position actuelle:

Si nous choisissons la première alternative (la censure et l’interdiction des incitations à la haine), nous ne ferons gagner qu’un peu de répit sur les digues que le balancier du temps et de la transgression finiront toujours par renverser.

Si nous choisissons la seconde (le débat public), nous travaillerons sur les hommes eux-mêmes, en les prenant comme des intelligences aptes à se rendre compte par elles-mêmes du chaos auquel la haine nous mène. Plus fastidieux et moins spectaculaire que de cloisonner les idées de haine dans des enclos… tout comme il est plus laborieux d’apprendre à un homme à pêcher que de lui donner un poisson par jour.

Bagarre_MangaA entendre certains, on a l’impression que la démocratie telle que nous la connaissons aujourd’hui serait si ancienne et la culture du débat tellement profondément enracinée dans les mentalités de nos concitoyens, qu’il ne serait plus excusable que certains d’entre eux puissent encore exprimer des idées aussi absurdes et destructrices, ce qui justifierait la nécessité de les punir. D’où la nécessité de ces lois, si le débat ne suffit plus à circonvenir ces idées. Or, la démocratie moderne a véritablement moins de 200 ans et le sport de combat intellectuel qu’est le débat est loin d’avoir vraiment pris sa place parmi la panoplie des moyens de discussions dans l’espace public. La plupart des gens conçoivent le débat comme un ring de boxe dans lequel l’important est de mettre son adversaire K.O., par tous les moyens, même les plus déloyaux, tels que la diffamation ou la calomnie, ou les plus vicieux, comme le harcèlement et la déstabilisation verbale. Dans ce cadre, les lois contre l’incitation à la haine sont comprises comme un moyen légal supplémentaire pour réduire l’autre au silence. Et à entendre certains de leurs partisans, c’est bien à cela que serviraient ces lois.

Cela dit, l’auteur ne semble pas dénoncer ces lois qu’il estime justifiées pour ce qu’elles signalent en grosses lettres le risque impliqué par la faiblesse de l’esprit humain et la facilité avec laquelle il est possible de pousser les gens à adhérer à des idées simplistes et potentiellement dangereuses, ce qui les rend alors susceptibles de se laisser entraîner par la foule, si celle-ci devait se constituer. Il s’agit d’indiquer aux gens une limite claire et nette à ne pas dépasser dans l’abjection. Si je peux suivre cette ligne de raisonnement et le comprend assez bien, il me semble que cela ne résout pas le problème de l’arbitraire du tracé de cette limite et dans la tentation, très forte, que souligne l’auteur, d’en faire un outil de lissage de l’espace public par crainte des divisions que ce genre de débat pourrait générer.

Or, cette peur de la division me sembler renvoyer à une idée de la démocratie qui peut sembler idyllique à première vue, mais ne l’est pas vraiment, soit, une démocratie où tout le monde il est gentil avec tout le monde, où tout le monde il est d’accord avec tout le monde et où tout le monde ne fait qu’un avec tout le monde. Or, ce n’est pas de la démocratie, mais plutôt « Le meilleur des mondes ». La démocratie, ce n’est pas la négation des dissensions et des désaccords, même vifs et durables. C’est un moyen de gérer ces occasions de frictions en respectant les droits fondamentaux des uns et des autres. Faire taire une partie de la population au prétexte que leurs idées pourraient potentiellement mener à des actes destructeurs (mais à condition que toutes les autres structures de la société se désagrègent, ce qui n’est pas exactement pour demain non plus) ou simplement parce qu’elles écorchent la sensibilité ou la susceptibilité des autres ne me paraît pas la bonne méthode pour maintenir la démocratie.

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

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