Factuellement correct #6c | Pour essayer de mettre un point final à une rumeur malveillante

Web_PecheDepuis février 2008, une rumeur malveillante et totalement gratuite circule sur le Web concernant Louis-Marie Houdebine et Marcel Kuntz, tous deux membres de l’Association française pour l’information scientifique (AFIS) et contributeurs réguliers à sa revue Science & pseudo-sciences. En effet, comme le relaient de nombreux sites de militants anti-OGM, dont Combat Monsanto, un ancien membre de l’AFIS, Marcel-Francis Kahn a accusé les deux scientifiques de faire partie d’un réseau lié à Monsanto et d’intervenir sur le Web ainsi que dans les médias en service commandé par la multinationale. Bien sûr, l’AFIS a publié sur son site une mise au point démentant ces allégations et demandant à M. Kahn de bien vouloir reformuler ses critiques relatives à l’introduction des biotechnologies végétales dans l’agriculture ainsi qu’au statut de l’expertise scientifique sous une forme dans laquelle les insinuations et attaques ad hominem seraient écartées car telle est leur [notre] conception de « l’éthique de la discussion ». Il a refusé.

En effet, au lieu de proposer une contre-argumentation scientifique, il a préféré aller se plaindre auprès du biologiste et militant Christian Vélot de ce que l’AFIS, dont il était aussi un contributeur jusqu’en 2008, était devenu un véritable lobby pro OGM et que la rédaction de Science & pseudo-sciences avait refusé de publier sa lettre ouverte demandant que Marcel Kuntz et Louis-Marie Houdebine indiquent leurs liens avec Monsanto et ses filiales, comme en médecine (je m’occupe d’un journal scientifique médical) il est devenu obligatoire de préciser ce qu’on nomme conflits d’interêt. Il terminait alors sa lettre à M. Vélot en indiquant qu’il autorisait ce dernier à utiliser cette lettre et son [mon] nom. Autant dire qu’il encourageait le biologiste militant anti-OGM à largement diffuser cette missive et de toute évidence, c’est ce qu’il a fait, puisqu’on la retrouve sur des dizaines de sites Web anti-OGM! Même Le Monde aurait relayé ces accusations sans les vérifier, comme le signale Marcel Kuntz!

Petit problème: M. Kahn n’a jamais eu aucune preuve de ses allégations, ni n’en a cherchées. Il l’a reconnu dans un bref entretien avec Dan Israël, journaliste chez Arrêt sur Images, qui semble d’ailleurs être le seul à avoir tenté de le contacter pour lui demander de développer un peu ses accusations. Voici ce qui est ressorti de la conversation:

Monsanto aurait donc des réseaux, nous certifie la journaliste [Marie-Monique Robin, NDA], qui détiendrait « la preuve » que l’Afis est financée par Monsanto. Une preuve qui circule bien sur le net, et qui est en fait un message du rhumatologue Marcel-Francis Kahn, expliquant qu’il démissionne du comité scientifique de l’Afis.

La raison ? Ses dirigeants ont refusé de publier ses lettres demandant que deux des membres de l’association, Marcel Kuntz et le chercheur de l’Inra Louis-Marie Houdebine (auteur d’un livre mesuré sur la question) s’expliquent sur leurs « conflits d’intérêts » sur les OGM.

Sous-entendu : Kuntz et Houdebine sont payés, ou font financer leurs travaux scientifiques, par Monsanto.

L’accusation est grave… mais sans fondement ! Interrogé par @si, Marcel-Francis Kahn confirme bien volontiers qu’il est « opposé à la campagne de défense inconditionnelle des OGM menée l’Afis depuis deux ans » et qu’il juge « probable que des liens existent entre ces deux chercheurs et Monsanto ou ses filiales ». Mais le médecin ajoute aussitôt qu’il n’a pas connaissance de « fait précis » et qu’il ne possède « pas de preuve matérielle » pour étayer ses propos.

L’article n’étant disponible qu’aux membres d’@si, à la demande de Wackes Seppi, qui vient de publier un article sur la rhétorique de Marie-Monique Robin, ayant elle aussi largement relayée les accusations infondées de Francis-Marcel Kahn, j’ai décidé de reproduire ici in extenso cet extrait révélateur, parce que c’est vraiment la seule trace fiable de son aveu. En effet, il s’est bien gardé de préciser à ses alliés anti-OGM qu’il ne s’agissait que de soupçons à diffuser comme tels, avec les précaution d’usage dans ce genre de cas.

Naturellement, dans la sphère militante, personne ne s’est offusqué de la manière dont M. Kahn a tenté de jeter le discrédit sur ses collègues de l’AFIS, puisque dans ces milieux, il est devenu normal de considérer que toute personne, qui ne s’oppose pas par principe aux OGM, ne peut qu’être corrompue par l’industrie et donc un ennemi. Mais bon, lorsqu’on lit le témoignage de Mark Lynas, an ancien militant anti-OGM britannique qui a changé complètement d’avis sur la base de lectures scientifiques sérieuses, on comprend mieux ce qu’il en coûte à ceux qui veulent s’opposer à des militants dogmatiques!

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

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