Au fil des débats #2-2 | Les mécanismes de la diffusion de l’irrationnel dans le grand public

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Gérald Bronner est professeur de sociologie à l’université Paris-Diderot. Auteur de plusieurs ouvrages, dont La Démocratie des crédules (Ed. PUF, 360 pp., 19 €.), il développe une réflexion sur les mécanismes sociologiques et intellectuels qui, selon lui, biaisent les délibérations collectives mêlant citoyens, élus et scientifiques sur l’usage des technologies. Voici une interview publié dans Libération et en fin de note une de ses interventions sur France Culture.

Commentaire d’Ariane Beldi:

Dans cet entretien, le sociologue Gérald Bronner résume une partie de sa recherche sur les mécanismes socio-culturels d’appréhension de la science et des technologies par les citoyens dans un contexte de méfiance accrue vis-à-vis de tout risque potentiel. Il souligne tout particulièrement deux problématiques qui déterminent en grande partie l’orientation actuelle des débats publics sur les (dés)avantages du progrès moderne:

– D’une part, nos concitoyens évoluent dans une société qui n’a jamais été aussi sûre depuis des siècles, ce qui semble paradoxalement les rendre particulièrement sensible à la perspective du moindre danger. L’exigence de sécurité est telle que l’on en vient à exiger l’activation d’office du principe de précaution dès lors que les scientifiques ne sont pas capables de garantir qu’il n’y aura aucun risque avec une nouvelle manière de faire les choses. Or, comme il est impossible à tout scientifique honnête d’offrir une telle garantie, les représentants de l’état préfèrent souvent mettre un terme à des recherches et des développement technologiques qui semblent inquiéter les citoyens. Ou alors, mettre des balises de sécurité si strictes qu’elles en viennent à handicaper fortement l’activité économique qui s’est développée autours d’un ensemble de technologie. Les difficultés croissantes que rencontrent les opérateurs de téléphonie mobile à placer des antennes relais là où elles sont nécessaires, parce que les riverains s’y opposent avec l’aide d’élus qui peuvent empêcher l’installation de ces dispositifs.

– D’autre part, la gigantesque progression des connaissances scientifiques fait qu’il n’est plus possible pour qui que ce soit, même de très bien éduqué et formé, d’avoir même une vision superficielle de l’ensemble des savoirs du moment, comme ça l’était pour des intellectuels polyvalents des 18ème et 19ème siècles. Comme l’explique bien Gérald Bronner, la plupart des scientifiques sont spécialisés dans un domaine restreint et ne peuvent prétendre, s’ils sont honnêtes, s’exprimer avec le même degré de certitude et d’expertise, sur d’autres domaines, même voisins. Ainsi, un géochimiste peut difficilement remettre en cause un physicien. Et celui-ci aura tout aussi peu de légitimité scientifique à discourir sur les questions de transgenèse (donc d’OGM), même s’il s’est un peu renseigné sur la question. Il en découle qu’il est naturellement encore plus compliqué pour un citoyen qui n’a aucune formation en science (au-delà de ce qu’il a appris à l’école) de se faire une opinion avisée sur des sujets relevant de la science ou de l’ingénierie. C’est pourquoi, lorsqu’il est sollicité d’une manière ou d’une autre pour exprimer un avis sur telle ou telle avancée scientifique/technologique et à participer à une prise de décision démocratique la concernant, il a alors tendance à se raccrocher à des opinions préformées (et parfois préformatées) ou, s’il n’en a pas, à s’orienter en fonction de ce qui lui apparaît comme des évidences et qui sont souvent simplement des idées reçues ressassées sous une forme légèrement différente. Ainsi, parmi les citoyens refusant les OGM, bien peu seraient capables de décrire vaguement ce que l’on entend par cet acronyme, mais ils ont intégré que la génétique était la base du vivant et que toucher à celle-ci constituerait une forme d’intervention humaine dans le fonctionnement de la nature, allant potentiellement contre ses « lois », perçue comme établie une fois pour toute et donc immuable.

Il y a donc une réflexion importante à mener sur ces deux problématiques afin de trouver des moyens de détendre, en quelque sorte, les relations entre scientifiques et non-scientifiques et entre science et institutions démocratiques (incluant les espaces de débats publics). Certains, dans les commentaires à ce billet de blog, reprochent au sociologue de ne considérer les conséquences de cette méfiance que sous l’angle économique, comme si l’économie n’était qu’un élément accessoire de la vie en société, voir une tare matérialiste de celle-ci. Pourtant, ce rejet absolu de ce qui est « matériel », c’est-à-dire, non seulement d’une forme d’avidité pour les biens physiques de ce monde, mais aussi de sa réalité, n’est en lui-même qu’une illusion idéologique extrémiste pas particulièrement raisonnable, ni saine.

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Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

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