Sur mes écrans #1 | Les Studios Ghibli: entre force audiovisuelle et faiblesses scénaristiques

ghibliManga Sanctuary nous annonce que le tout dernier-né des Studios Ghibli et du cinéaste Hayao Miyazaki, Le vent se lève, va bientôt arriver sur les écrans japonais. Et comme ces productions sont aujourd’hui considérées comme des valeurs sûres par les distributeurs internationaux, on peut donc s’attendre à ce qu’il finisse par arriver en Europe d’ici à quelques mois, peut-être au début 2014.

De toute évidence, cette annonce sera accueillie comme un événement cinématographique par nombre de personnes, aussi bien dans le grand public que parmi les journalistes et les critiques. Pourtant, je n’arrive plus à partager cet enthousiasme pour les films des Studios Ghibli, dont la qualité baisse régulièrement ces dernières années. Pas la qualité visuelle. Mais bien scénaristique et narrative. En effet, les techniques d’animation sont parfaitement maîtrisées et mises au service d’une réelle sensibilité artistique, mais il semblerait que de moins en moins de temps soit consacré au travail sur le récit. De fait, depuis Le château ambulant, en 2004, tous leurs films, y compris Ponyo sur la falaise (2008), souffrent de défauts scénaristiques plus ou moins importants, rendant parfois même l’histoire incompréhensible, comme c’est le cas des Légendes de Terremer (2006). Pour moi, le meilleur film jamais réalisé par Hayao Miyazaki et les Studios Ghibli reste encore Le Voyage de Chihiro (2001). Là, on atteint la quasi-perfection, aussi bien visuelle que narrative!

C’est un peu comme si Hayao Miyazaki et les autres membres de son studio avaient décidé depuis quelques années que le cinéma se définit comme un mode d’expression purement (audio)visuel et que le scénario n’est qu’un prétexte à des prouesses esthétiques époustouflantes, comme on en trouve dans Ponyo sur la Falaise ou dans Arietty, le petit monde des chapardeurs (2010). Le problème, c’est qu’à mon sens, le cinéma sert quand même à raconter des histoires et que si le scénario est bancal, on sort du film avec une impression d’inachevé, d’un manque réel que l’extraordinaire beauté de l’animation ne parvient pas à combler. Si ces films étaient annoncés comme des performances purement audiovisuelles, je pense que l’on pourrait comprendre les lacunes scénaristiques souvent importantes (par exemple, on ne comprend rien du tout à la fin du Château ambulant). Mais, ils sont commercialisés comme des mondes imaginaires merveilleux, avec, supposément, une certaine profondeur narrative, voir philosophique. Or, cette profondeur ne peut pas se manifester si la structure-même de l’histoire est incomplète ou mal construite.

Arietty a été le dernier film des Studios Ghibli que j’ai vu (au cinéma) et je dois dire que si j’ai été vraiment touchée et impressionnée par certaines scènes, absolument magnifiquement réalisées, du point de vue aussi bien visuel que sonore, j’en suis sortie en me grattant la tête. Je pense notamment à celle où un corbeau s’est pris dans une moustiquaire et se débat comme un fou, risquant à tout moment de faire tomber la minuscule Arietty du toit sur lequel elle a grimpé. Mais, on ne comprend pas d’où sortent ces espèces de « minipouss« , ni même pourquoi ils seraient en voie d’extermination. On a juste droit à un vague discours écologique qui part dans tous les sens. Ainsi, malgré l’intelligence et la sensibilité de la réalisation audiovisuelle, notamment les très subtils jeux sonores, qui accompagnent les fréquents changements d’échelles de grandeur tout au court du film (puisqu’il s’agit de l’histoire d’une espèce d’humains minuscules, plus petits encore que certains insectes), j’ai eu l’impression d’un simple exercice de style, sans aucune substance narrative. Et bien que j’aie acheté le DVD, surtout par habitude de collecter les films des Studios Ghibli sous forme vidéographique, je doute que je le regarde chez moi, parce qu’aucun dispositif technique domestique ne pourra rendre justice à l’extraordinaire feu d’artifice audiovisuel qu’est ce film et que l’histoire est tellement maigre que je n’ai pas non plus de raison de le visionner dans des conditions qui dégradent l’expérience sensorielle originelle.

Cela signifie que si les premières affiches officielles du nouveau film de Hayao Miyazaki semblent nous promettre une nouvelle expérience esthétique de toute beauté, je me montre plus circonspecte sur ce que pourrait être le résultat scénaristique. Et cela, évidemment, la publicité ne nous le précise pas du tout. Néanmoins, je ne résiste pas au plaisir de relayer au moins une de ces belles images. Il faut le reconnaître, quelles que soient les faiblesses scénaristiques des films des Studios Ghibli de ces dernières années, la beauté de leur réalisation vous rend malgré tout enthousiaste! C’est d’ailleurs probablement là la principale force, à la fois artistique et commerciale, de cette entreprise!

LeVentSeLeve_AfficheOfficielle1

Pour voir les autres affiches officielles du film, rendez-vous sur le site de Manga Sanctuary.

Edit du 24 juin 2013:

J’ai découvert une bande-annonce du film. Comme prévu, l’aspect visuel est toujours aussi réussi. Pour l’histoire, il faudra juger sur pièce!

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Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

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