Au fil des débats #3-2 | Scepticisme: entre rationalité sélective et déraison totale

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ArianeBeldi commente:

J’ai décidé de relayer cette page regroupant quelques lettres de lecteurs à la revue Science & pseudo-sciences entre juillet et septembre 2012 parce qu’elle contient deux réactions assez emblématiques aux démarches sceptiques, oscillant entre rejet intégral de la méthode scientifique et scepticisme sélectif.

Ce qui est notable dans deux des lettres publiées ici, c’est qu’elles émanent de personnes se disant scientifiques. L’une serait médecin et l’autre ingénieur et physicien. On peut donc être étonnée que ces deux lecteurs aient un problème avec la démarche rationnelle adoptée par l’AFIS pour évaluer les diverses disciplines revendiquant un statut de science et sa reconnaissance en tant que tel. En lisant leurs arguments, on se rend alors compte de la puissance du phénomène de dissonance cognitive, même sur les esprits se considérant comme bien éduqués et donc avertis. En effet, confrontés à des faits qui contredisent fortement leurs convictions personnelles, même des personnes s’affichant comme détentrices d’une connaissance validée scientifiquement, peuvent alors se montrer aussi butées que n’importe quel fanatique.

Le médecin est ainsi stupéfait de la manière dont l’AFIS traite de la psychanalyse. A l’entendre, elle serait dogmatique et purement idéologique. Les arguments qu’il avance pour dénoncer ce qu’il perçoit comme un acharnement de l’AFIS contre cette discipline sont d’ailleurs les mêmes que ceux que propose tout sceptique pris en flagrante situation d’irrationalité. Ainsi, même si la psychanalyse ne peut pas prétendre au statut de science, ce n’est pas de la faute de Freud et des premiers psychanalystes, et il n’y aurait aucune raison de la dénoncer en bloc (juste les « dérives » sectaires, qui seraient les mêmes que dans n’importe quel autre domaine), puisqu’elle a quand même fait du bien à pleins de gens, lesquels en témoignent régulièrement. Comme d’habitude, la preuve est remplacée par le témoignage individuel, personnel et forcément subjectif.

Le physicien, lui, fait encore plus fort. Il refuse purement et simplement le doute quant à des pratiques largement répandues, comme la croyance religieuse. Pour lui, tant de gens ne sauraient se tromper. Ce sont donc les sceptiques, ou plutôt les « hyper-« sceptiques qui se trouvent à côté de la plaque. De fait, plus le nombre de gens ayant adopté une croyance (OVNI, homéopathie, spiritualisme) est importante, moins il y a de raisons de la mettre en doute. Pire, ceux qui le font sont des salauds qui « font du mal à l’humanité ». On retrouve ici le reproche larvé de « scientisme », soit d’une foi aveugle dans la science et pas n’importe quelle science, mais une science insensible et imperméable aux besoins fondamentaux de l’être humain, voir nuisible à celui-ci. Il ne s’agit alors ni plus ni moins que d’un retournement d’argument. Ce ne sont pas les croyants qui sont irrationnels, mais les adhérents au « dogme » scientifique.

Dans les deux cas, ces « scientifiques » n’ont retenu qu’un aspect de la science: le corpus de connaissances validées non seulement par la communauté, mais surtout par leurs applications concrètes (ça marche et tout le monde le voit, donc inutile de remettre en cause, sauf, bien sûr, si des risques sérieux sont associés aux technologies ou pratiques qui en résultent). Pour eux, la science se réduit donc à une sorte de doxa largement acceptée par la société, mais ils ne semblent pas vraiment avoir intégré la manière dont ces connaissances ont été constituées, soit la méthode scientifique, basée sur un scepticisme que l’on peut définir comme le refus d’à priori ou du moins, la capacité à les remettre en cause. Or, pour ces gens, la remise en cause d’idées reçues se réduit essentiellement à la remise en cause de faits scientifiques qui viennent contredire leurs opinions personnelles. On est donc bien plus dans l’esprit partisan que dans l’esprit critique, qui doit normalement gouverner toute approche scientifique. Un petit détour par le Baloney Detection Kit de Carl Sagan s’impose donc!

Ce que cet exemple montre c’est que, contrairement à ce que l’on entend souvent, l’accumulation de connaissances scientifiques ne préserve absolument pas de la naïveté ou de la crédulité. Au contraire, même. Certains en viennent à confondre ce corpus de savoirs avec un dogme, tout simplement parce qu’ils ont fait leurs preuves et sont largement acceptés par la société. A ce sujet, je ne peux qu’adhérer à la conclusion de Nima Yeganefar, sur le scepticisme, qui propose d’enseigner plus systématiquement la méthode scientifique au lieu d’alourdir le programme des cours de science.

See on www.pseudo-sciences.org

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

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