Factuellement correct #3 | Le Canard enchaîné à ses à-priori anti-OGM au point de s’emmêler les pattes

Us_them1_transCet article est, semble-t-il copié-collé du Canard Enchaîné. Si cette reprise a été fidèlement faite, alors, je dois dire que je suis particulièrement déçue par les propos de la journaliste Brigitte Rossigneux. Je croyais que le créneau de ce journal satirique était justement le recul intellectuel par rapport à l’actualité, surtout quand elle se fait aussi polémique. En effet, il est impossible de croquer et caricaturer les acteurs de la vie publique si l’on est incapable de prendre de la hauteur par rapport à elle, voir à soi-même. J’avais effectivement aussi l’impression que l’auto-dérision était une des recettes du volatile imprimé! Je me souviens d’excellents dossiers réalisés sur diverses personnalités politiques de tous bords (mon intérêt pour la res publica, même française) et le fonctionnement des médias (mon domaine d’études).

Mais, apparemment, quand il s’agit de science, les « canardeurs » semblent aussi désarmés et désarçonnés que n’importe quel autre forçat de l’information généraliste. Du coup, incapable de juger du contenu du texte et de sa pertinence, la journaliste tombe dans le même réflexe que n’importe quel canard pékinois (désolée, je n’ai pas pu m’empêcher, même si ça vole bas….oulaa, je suis en forme aujourd’hui!) qui n’a plus que de vagues souvenirs de ses cours de math et de science en secondaire: se préoccuper du contexte. Et uniquement du contexte. Refusant d’évaluer le contenu de l’étude en question et, apparemment, des reproches qui lui sont adressées, il ne lui restait plus qu’à considérer les informations qui lui étaient facilement disponibles: la question des éventuels conflits d’intérêts.

Sauf que même en abordant le débat sous cet angle, la journaliste semble ne pas vouloir prendre la distance qui s’imposerait pourtant, tant la notion-même de conflit d’intérêts est régulièrement galvaudée. C’est même tellement caricatural que l’on a du mal à comprendre qu’elle n’ait pas saisi cette occasion pour s’en moquer au moins un peu! En effet, dans les discours qui nous sont régulièrement servis dans le cadre de ce genre de polémique scientifico-médiatique, le moindre contact entre un scientifique et des industriels constitue un marquage indélébile et permanent du premier, le rendant à jamais suspect. Du coup, dans ces domaines dont l’Etat s’est progressivement et partiellement désengagé en laissant la charge de la recherche aux entreprises, n’importe quel expert devient douteux, puisqu’il n’en existe pratiquement aucun qui n’a pas eu des contacts avec l’industrie à un moment ou un autre de sa carrière. La distinction entre « bons » et « mauvais » scientifiques devient alors sacrément corsée.

Pour la simplifier, les acteurs militants de ce débat ont réussi à imposer dans l’espace public et politique une définition qui leur donne la part belle, puisqu’ils ont décidé de distinguer entre les « bons » scientifiques, soit les chercheurs-militants à la Gilles-Eric Séralini, qui se rachètent en développant une science « citoyenne », et les « mauvais », corrompus et vendus aux multinationales (Monsanto & Cie), soit tous les autres. Ce qui explique que Brigitte Rossigneux ne s’intéresse pas du tout aux éventuels conflits d’intérêts du prof. Séralini et de son équipe et se focalise uniquement sur ceux des scientifiques critiques de cette étude. Cette approche permet alors fort commodément d’évacuer facilement tout ce qu’ils pourraient avoir à dire. Même si leur message est factuel et fondé. En effet, qui s’intéresse à une vérité scientifique émise par des salauds? Surtout si elle va contre ses propres à-priori? Comme cela, on peut se dispenser à bon prix de l’effort de confronter ses propres préjugés à la réalité.

Non seulement cela, mais on peut aussi alors se libérer de l’exigence de précision et de vérification. C’est ainsi que la journaliste s’abaisse à relayer une accusation dont son propre auteur a pourtant reconnu qu’il n’avait pas le moindre début de bout de preuve pour l’appuyer. En effet, le fameux rhumatologue Marcel-Francis Kahn a précisé, dans une interview avec un des journalistes d’Arrêt sur Image en avril 2008, que s’il « est opposé à la campagne de défense inconditionnelle des OGM menée l’Afis depuis deux ans et qu’il juge probable que des liens existent entre ces deux chercheurs et Monsanto ou ses filiales » […], il n’a pas connaissance de fait précis et [qu’il] ne possède pas de preuve matérielle pour étayer ses propos. Il est vrai que cette information n’apparaît plus directement sur la première page des résultats de Google, mais elle existe. Surtout, à cette lumière, on se rend compte que l’accusation est totalement infondée et même carrément de nature calomnieuse. Mais bon, comme il s’agit de dénoncer des salauds, inutile de s’embarrasser de vérifications futiles!

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

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