Commentaire à chaud #1 | Quand l’UDC nie aux autres la liberté d’expression trash qu’il revendique pour lui-même

Je viens de tomber sur cet article de la Tribune de Genève: Plainte: Drapeau suisse sur du papier WC: Olivier Jornot ouvre une enquête. Apparemment, lors de la fête nationale du 1er août, des petits rigolos d’extrême-gauche anti-fasciste se sont amusés à placarder des affiches représentant un rouleau de papier de toilette aux couleurs du drapeau suisse, avec l’exclamation suivante: Le nationalisme aux chiottes! Pas de guerre entre les peuples! Pas de paix entre les classes! Ni une, ni deux, nos champions auto-proclamés de la défense du peuple suisse et de tout son attirail, surtout le drapeau, ont immédiatement porté plainte! Le député et conseiller municipal UDC, Christo Ivanov, justifie cette décision en nous expliquant, la bouche en cœur, que [L]la provocation a des limites car on n’a pas le droit d’utiliser le drapeau pour salir son pays et qu'[I]il faut un minimum de respect! Ben voyons! Ainsi, selon ces chers UDC, la liberté d’expression en Suisse ne serait pas uniquement limitée par le droit à sa réputation et à son image (calomnie, diffamation, utilisation abusive de photos) et par la sécurité publique, mais aussi par l’amour inconditionnel des symboles nationaux chez leurs électeurs. Et il ne faut pas plaisanter avec le sentiment patriote, hein! Sauf bien sûr quand c’est l’UDC qui s’exprime…..

L'objet du délit....

L’objet du délit….

De fait, on n’a pas vraiment l’impression que les dirigeants et pontes de notre dernière ligne de défense nationale (comme ils aiment à se présenter), ne ressentent ce genre de prévenance, quand il s’agit de leurs propres communications politiques En effet, qui représentait les « bons » Suisses en moutons blancs (avec tout ce que cela implique comme sous-entendu) gambadant sur un drapeau Suisse (et chassant le méchant « mouton noir » hors du drapeau d’un gros coup de pattes arrières)? Qui s’est permis, sur une autre affiche, de parsemer ce même drapeau de minarets en forme de missiles? Qui a osé représenter Ben Laden sur une cartes d’identité suisse, en prétendant que nos lois permettraient bientôt à n’importe quel terroriste, même le plus recherché au monde, d’obtenir la nationalité helvétique? Qui a conçu une affiche sur laquelle des pieds piétinent le drapeau suisse? Qui passe son temps à dénigrer nos institutions politiques, symboles de la particularité de notre pays, jusque dans ses campagnes électorales, en insultant au passage un pan entier de la population (qui ne vote naturellement pas UDC)? De toute évidence, pour l’UDC, les symboles patriotiques et tout ce qu’ils représentent peuvent être utilisés comme de vulgaires bouts de chiffon qu’on manipule et tord à tout-va, sans autre soucis des sensibilités du reste de la population.

Mais surtout, qui est régulièrement le premier à crier au martyr d’une liberté d’expression que la soit-disant toute puissante bien-pensance essaierait de leur nier quand des associations de l’autre bord portent plainte contre ces diverses affiches au noms de l’article 271bis du code pénal (concernant l’incitation à la haine raciale et à l’antisémitisme)? Toujours l’UDC! Apparemment, ce n’est pas le soucis de la cohérence qui risque de l’étouffer. Ainsi, leur liberté d’expression devrait être totalement garantie, mais celle des autres, lorsqu’elle heurte leur « sensibilité » (et non pas leur personne ou même leur image) et celle de leurs électeurs, devrait être limitée? Et qu’en est-il de la sensibilité des 75% de citoyens qui ne votent pas UDC et, parmi eux, des quelques 30-40% de ceux qui ne votent jamais pour leurs initiatives, mais qui doivent se coltiner les campagnes trash de l’UDC à longueur d’années, et ce depuis maintenant près de deux décennies? L’UDC s’assied lourdement dessus! Et bien, il va falloir que la justice leur rappelle que ce qui est valable pour eux en matière de liberté d’expression l’est aussi pour les autres! Dit autrement, ils ne sont pas les seuls habilités à faire des campagnes trash et choquantes! Si les citoyens suisses de diverses sensibilités doivent accepter d’être exposés à leurs horreurs propagandistes plusieurs fois par an, ils doivent bien pouvoir supporter ponctuellement les quelques malheureuses petites affiches représentant de petits drapeaux suisses sous forme de papier de toilette!

Affiche de la campagne fédérale de l'UDC en 2007

Affiche de la campagne électorale fédérale de 2007 appelant à voter pour les listes UDC, afin d’assurer non seulement la ré-élection de Christophe Blocher au Conseil Fédéral par le parlement (qui échouera sur toute la ligne grâce à un coup politique des autres partis, vache mais tout ce qu’il y a de plus légal) et son renforcement au sein de cet exécutif. Où l’on a pu voir à quel point l’UDC est une machine au service de quelques pontes, dont Christophe Blocher, à tel point que le parti n’a pratiquement aucune relève suffisante à présenter pour des postes à responsabilité à l’exécutif national ou même dans les gouvernements cantonaux. © 2007 20Minutes.ch

Sinon, qu’ils aillent demander l’asile en Corée du Nord! Avec leur culte du chef de parti, ils ne devraient pas se sentir trop dépaysés!

Edit du 28.09.2012: Drapeau suisse sur papier WC: l’UDC Christo Ivanov débouté

Sans aller dans les détails, il apparaît que le procureur de Genève a simplement refusé d’entrer en matière. De fait, le drapeau arboré sur l’affiche n’est pas un des symboles officiellement affichés par la configuration. Il n’y a donc pas eu de profanation des armoiries fédérales. Pour la simple et bonne raison qu’il s’agit d’une représentation du drapeau suisse et non pas du drapeau suisse en lui-même. Il faut aussi revenir au message de l’affiche incriminée. Que l’on soit d’accord avec celui-ci ou pas, il est un fait que ce n’est pas le drapeau qui est visé, mais l’usage qui en est fait par les partis d’extrême-droite. En l’occurrence, on est donc en face d’un pur problème de liberté d’expression. Les arguments plaidant pour une imitation de la politique de pays étrangers concernant l’usage des symboles nationaux me semblent ironiques de la part de gens qui passent leur temps à refuser tout élément politico-culturel venant de l’extérieur de la Suisse.

Ariane Beldi

Assise à la fois sur un banc universitaire et sur une chaise de bureau, une position pas toujours très confortable, ma vie peut se résumer à un fil rouge: essayer de faire sens de ce monde, souvent dans un gros éclat de rire (mais parfois aussi dans les larmes) et de partager cette recherche avec les autres. Cela m'a ainsi amené à étudier aussi bien les sciences que les sciences sociales, notamment les sciences de l'information, des médias et de la communication, tout en accumulant de l'expérience dans le domaine de l'édition-rédaction Web et des relations publiques. Adorant discuter et débattres avec toutes personnes prêtes à échanger des points de vue contradictoires, j'ai découvert quelques recettes importantes pour ne pas m'emmêler complètement les baguettes: garder une certaine distance critique, éviter les excès dans les jugements et surtout, surtout, s'astreindre à essayer de découvrir le petit truc absurde ou illogique qui peut donner lieu à une bonne blague! Je reconnais que je ne suis pas toujours très douée pour cet exercice, mais je m'entraîne dur….parfois au grand dame de mon entourage direct qui n'hésite pas à me proposer de faire des petites pauses! Je les prend d'ailleurs volontiers, parce qu'essayer d'être drôle peut être aussi éreintant que de réaliser une thèse de doctorat (oui, j'en ai fait une, incidemment, en science de l'information et de la communication). Mais, c'est aussi cela qui m'a permis d'y survivre! Après être sortie du labyrinthe académique, me voici plongée à nouveau dans celui de la recherche d'un travail! Heureusement que je m'appelle Ariane!

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